Temple et pagode de Dame Tâm (Cendrillon) en banlieue de Hanoï. Photo: ST/CVN

Hanoï (VNA) - Notre histoire compte des femmes illustres dans différents secteurs. Dans le domaine politique, la plus grande femme d’État est sans aucun doute Y Lan, première concubine royale (Nguyên phi), qui vécut au XIIe siècle.

Il n’y a pas encore eu de sondage d’opinion à ce sujet, mais je pense que mon choix rallierait sans difficulté les suffrages de la majorité des Vietnamiens.

Le peuple, depuis longtemps, a exprimé son sentiment en l’adorant dans une centaine de temples, bâtis en particulier dans sa province natale de Bac Ninh (Nord), l’ancien Kinh Bac doté de riches traditions culturelles. Il a fait d’elle un mythe en l’identi-fiant avec la douce et vertueuse Tâm, Cendrillon vietnamienne d’un conte populaire.

Temple et pagode de Dame Tâm

Au début de l’automne 1998, je me suis joint à un groupe d’une quarantaine de pèlerins hanoïens, surtout des femmes, venus au village de Duong Xá (village natal d’Y Lan, district de Gia Lâm, banlieue de Hanoï, Ndlr) pour assister au 880e anniversaire de la mort d’Y Lan. La célébration se déroulait dans le temple et la pagode attenante, situés dans un vaste jardin, édifices baptisés Temple et pagode de Dame Tâm (Cendrillon) par les villageois.

La pagode, construite pour la première fois en 1115 par Y Lan elle-même, porte son nom de Reine: Linh Nhân. Le temple dédié à son culte par la population date de la même époque, construit à la manière des palais royaux de la dynastie des Lý (1010-1225), il possède soixante-douze portes. Parmi les objets d’art anciens dont le complexe temple-pagode est dépositaire, figurent un perron, les Bouddhas des Trois Eres assis sur deux lions, et surtout un magnifique lion (1,20 m de haut), tous en pierre et datant peut-être du XIIe siècle.

On nous a aussi montré le puits censé être celui où, selon la légende, Tâm aurait nourri chaque jour son petit poisson au pouvoir magique en prononçant la phrase sacramentelle:

"Hé petit Bông, petit Bông! Émerge pour manger mon riz d’or et d’argent.
Ne prends pas le riz moisi et la soupe clair d’autrui".

Y Lan, un personnage historique

La statue d’Y Lan dans le district de Gia Lâm, en banlieue de Hanoï. Photo: VNA


Loin d’être une figure de légende, Y Lan est un personnage historique. Son vrai nom est Lê Thi Yên. Elle est née dans l’ancien village Tho Loi, devenu Siêu Loai (district de Thuân Thành, province de Bac Ninh) puis Duong Xá, intégré dans la banlieue de la capitale. Elle a perdu sa mère à l’âge de douze ans. Son père, un paysan, s’est remarié. C’est sans doute à cause de ces événements que l’imagination populaire devait l’assimiler à la Cendrillon Tâm.

Selon les annales, le roi Lý Thánh Tông qui, à quarante ans, n’a pas encore eu d’enfant mâle pour lui succéder, fait un pèlerinage à la pagode Dâu à Duong Xá pour implorer Bouddha de lui donner un fils. Comme il se promène dans la campagne, il aperçoit dans un champ de mûriers une jeune fille ravissante appuyée à un magnolia. Il se dirige vers elle, l’aborde et engage avec elle la conversation. Nullement intimidée, elle répond à toutes ses questions avec calme et intelligence. Intrigué et enchanté, le roi emmène Lê Thi Yên à la Cour pour lui accorder le titre de "Première concubine royale Y Lan" (Y Lan signifiant celle qui s’appuie contre un magnolia).

Loin de ressembler aux autres femmes du harem dont les soucis majeurs sont la toilette et les faveurs royales, Y Lan s’intéresse aux affaires d’État et à la vie publique. Elle se dépense sans compter pour lire, étudier et se familiariser avec les problèmes concernant le peuple, si bien qu’en peu de temps, elle émerveille la Cour par ses connaissances et son savoir-faire.

Ce n’est point étonnant si en 1069, le roi, son mari, partant en guerre contre les Chams agressifs, lui confie la régence. En l’absence du souverain, le pays connaît des inondations accompagnées d’une grave disette de vivres et de nombreux troubles sociaux. Alarmé par la situation intérieure, le Roi remet le commandement du corps expéditionnaire au général Lý Thuong Kiêt pour rentrer précipitamment à la capitale. En cours de route, il apprend que par une politique audacieuse et pertinente, sa femme Y Lan a réussi à franchir le cap de la disette et à rétablir l’ordre et la sécurité. Le peuple reconnaissant a surnommé Y Lan "Bodhisattva Quan Âm", lui élevant des temples. Rassuré et aiguillonné par l’exemple de cette femme, il fait demi-tour, regagne la frontière pour continuer la guerre jusqu’à la victoire finale.

En 1072 la mort de Lý Thánh Tông jette le pays dans une nouvelle crise. De nouveau, Y Lan devenue Reine-régente tient la barre avec une rare maîtrise. Ce qui a permis au vaillant général Lý Thuong Kiêt de faire face victorieusement à l’invasion chinoise des Song. -CVN/VNA