Hanoi (VNA) Les États-Unis et la Chine sont entrés dans un conflit latent augurant une future guerre commerciale de grande ampleur. Analyse de Vu Tiên Lôc, président de la Chambre de commerce et d’industrie du Vietnam (VCCI), concernant les effets de cette situation sur l’économie nationale.

- La confrontation commerciale entre les deux plus grandes puissances économiques du monde a officiellement commencé. Ce sont aussi les deux premiers marchés d’import-export pour notre pays. D’après-vous, quels seront les impacts pour les entreprises vietnamiennes?
 
Le président de la VCCI Vu Tiên Lôc (à gauche) et le président américain Donald Trump. Photo : VNA

Pour le moment, les influences directes et immédiates sur les exportations vietnamiennes ne sont pas très importantes car les produits visés par les mesures de rétorsion de Washington et de Pékin ne sont pas considérables pour le Vietnam.

Cependant, il sera difficile de prédire les retombées sur le long terme si cet affrontement dégénère en guerre commerciale ouverte et que tous les pays décident de prendre des mesures protectionnistes.

L’économie vietnamienne étant relativement petite et très liée aux mastodontes américain - premier marché d’exportation pour le pays - et chinois - plus grand marché d’importation -, il est clair qu’elle sera profondément affectée par les troubles commerciaux.

Mais finement abordée, la situation pourra profiter aux entreprises vietnamiennes si elles parviennent à faire habilement jouer la concurrence Chine/États-Unis pour s’imposer sur les deux marchés.

Cependant, il existe le risque de voir le surplus de produits chinois ne pouvant accéder au marché américain pour des raisons de prix non concurrentiels du fait des taxes se déporter vers le Vietnam. Cela impactera forcément la balance commerciale vietnamienne de façon négative. De plus, il faut prévoir que la Chine devra consommer ce qu’elle ne peut exporter et que, par conséquent, cela peut entraver les exportations vietnamiennes vers la Chine, alors que celles-ci ont connu une croissance de 30% l’année dernière.

À l’échelle mondiale, une guerre commerciale réorientera sans aucun doute les chaînes d’approvisionnement et de production, aggravant de ce fait la concurrence entre les pays, voire même entre les différentes régions du globe.

- Quelles sont les mesures mises en place par les sociétés nationales en vue de minimaliser les risques et les impacts néfastes?
 
Le pangasius, un produit d'exportation phare du Vietnam. Photo : VNA

Le Vietnam est une économie en développement avec une "grande ouverture", dépendant donc en grande partie des fluctuations du marché mondial. Il paraît clair que nous n’avons pas beaucoup de choix dans ce contexte.

D’après moi, pour atténuer les effets défavorables, les compagnies exportatrices devraient surveiller étroitement les fluctuations du marché, non seulement aux États-Unis ou en Chine, mais aussi sur d’autres marchés. Elles devraient également établir des scénarios permettant d’ajuster rapidement leur production et leur activité ainsi que pour se redéployer vers d’autres pays.

En ce qui concerne le marché domestique, les entreprises devraient mettre en place des mécanismes de protection mutuelle et de solidarité afin de répondre avec plus de force aux attaques commerciales déloyales comme le dumping ou les subventions à l’exportation.

Encore une fois, je souligne qu’avec une population de près de 100 millions d’habitants, le Vietnam est un marché prometteur auquel de nombreuses sociétés étrangères s’intéressent. C’est pourquoi les entreprises vietnamiennes ne devraient pas le délaisser.

Ces dernières années, le gouvernement, les ministères et les services ont déployé beaucoup de programmes de promotion commerciale dédiés aux consommateurs vietnamiens, notamment "Les produits vietnamiens à la conquête des consommateurs vietnamiens" et "Les Vietnamiens consomment vietnamien". Il est absolument évident que la préférence nationale et le patriotisme économique seraient deux piliers de l’économie du pays en cas de crise majeure.

Afin d’améliorer la compétitivité de nos agents, nous devrions investir davantage dans l’application des technologies avancées aux besoins économiques ainsi que dans la formation de la main-d’œuvre. Ce sont des ressources internes permettant aux entreprises de "survivre" et de surmonter toutes les difficultés dans toutes les circonstances, surtout à l’ère technologique et de la révolution industrielle 4.0.

- Comment la VCCI pourra-t-elle aider les importateurs et les exportateurs à s’adapter aux fluctuations défavorables?

Dans cette confusion, nos dix accords de libre-échange, au premier desquels le Partenariat transpacifique global et progressiste (CPTPP) ou l’Accord de libre-échange Union européenne-Vietnam (EVFTA), que nous espérons voir entrer en vigueur bientôt, représenteront une issue importante pour les exportations nationales.

Par ailleurs, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) autorise ses membres à prendre des mesures commerciales correctives ou de défense commerciale visant les importations pour protéger leurs industries nationales contre des pratiques déloyales, telles que dumping et subventions, ou pour faire face à une poussée soudaine des importations de marchandises étrangères.

La VCCI s’efforce d’aider le milieu entrepreneurial à profiter efficacement de cette autorisation de l’OMC. De plus, nous fournissons suffisamment d’informations, d’analyses, d’évaluations et de conseils concernant les accords de libre-échange et les mesures de protection autorisées. Tout est publié gratuitement sur www.trungtamwto.vn et www.chongbanphagia.vn.

En outre, la VCCI continue d’offrir ses conseils au gouvernement dans le but d’améliorer l’environnement des affaires du pays.

Espérons que grâce à nos efforts et aux initiatives des capitaines d’industrie, nous pourrons relever ensemble les défis que l’avenir ne manquera pas de nous imposer. – CVN/VNA