Hà Myo, une jeune passeuse de musique traditionnelle

Hà Myo est nommée affectueusement l’“ambassadrice” qui rapproche les jeunes et la musique traditionnelle. Un moyen rapide et efficace de préserver la culture nationale.
Hà Myo, une jeune passeuse de musique traditionnelle ảnh 1Hà Myo a été honorée comme l’une des “Dix jeunes exemplaires du Vietnam 2022”.
Photo : CTV/CVN

Hanoï (VNA) - Première artiste à avoir “osé” combiner le xâm (chant des aveugles), le rap et l’electronic dance music (EDM), Hà Myo est nommée affectueusement l’“ambassadrice” qui rapproche les jeunes et la musique traditionnelle. Un moyen rapide et efficace de préserver la culture nationale.

Hà Myo, de son vrai nom Nguyên Thi Ngoc Hà, est une artiste du Théâtre national de chant, de danse et de musique du Vietnam. La chanteuse de 30 ans, d’ethnie Muong, est une militante engagée dans la préservation de la musique traditionnelle, cherchant toujours à lui donner une vitalité et à réveiller de l’intérêt parmi la jeunesse.

Grâce à ses contributions et à son dynamisme, Hà Myo a été élue parmi les “Dix jeunes exemplaires du Vietnam 2022”, un prix du Comité central de l’Union de la jeunesse communiste Hô Chi Minh et du Fonds de soutien aux jeunes talents du Vietnam.

Fusion de genres musicaux

La jeune artiste a réussi à mêler le xâm(chant des aveugles), le hát xoan (chant printanier) et le chant populaire de son ethnie avec le rap et l’electronic dance music (EDM).

Après le lancement de la production musicale Xâm cho Ðông Xuân (Xâm du marché de Ðông Xuân) il y a quatre ans, la chanteuse a commencé à se faire connaître comme un OVNI de la musique contemporaine. Par la suite, l’obtention du 2e Prix du concours “Giong hát hay Hà Nôi” (Belles voix de Hanoï) en 2020, grâce à la combinaison des styles de musique traditionnelle et moderne, l’a aidé à être plus déterminée que jamais.

“S’engager dans cette voie, je sais que c’est un parcours long et difficile qui nécessite beaucoup de temps et d’efforts. Je suis consciente qu’il faut être extrêmement prudente lorsque l’on mélange la culture contemporaine et les valeurs traditionnelles, non seulement en termes de technique mais aussi d’esthétisme”, affirme-t-elle.

our le xâm, la façon de chanter et de gérer la respiration est complètement différente de celle de la musique légère. “Cependant, pour moi, les défis s’accompagnent toujours d’opportunités et je pense que mon choix me rend particulière et unique dans l’industrie musicale vietnamienne”.

Bien que jeune, Hà Myo est très exigeante dans son travail. Ses œuvres sont toujours bien soignées. Par exemple, pour Xâm de Hanoï, elle a dû essayer jusqu’à 38 versions pour atteindre la finale. Dans ce clip vidéo, si la partie du rap et de l’EDM attire les jeunes par l’ambiance vibrante et l’esprit juvénile de la musique contemporaine, celle du xâm ramène les auditeurs à l’espace traditionnel mêlé d’un peu de fantasmagorie. Cela peut sembler être une contradiction, mais en réalité, la jeune artiste a réussi à rendre ces trois genres de musique bien assortis, créant un effet extrêmement attrayant qui “ravit” l’oreille.

D’après Hà Myo, au début, son initiative osée a suscité des avis divergents, notamment de la part du public âgé. “Lors de la première sortie de ma vidéo musique, j’ai lu pas mal de commentaires négatifs sur mon compte Facebook. J’étais triste, déçue, j’ai même beaucoup pleuré. Mais ensuite, je me suis sentie reconnaissante de ces opinions exigeantes qui m’ont aidé à comprendre que le public se préoccupait encore de la musique traditionnelle. C’est ainsi que j’ai pu remédier à mes imperfections pour progresser dans chaque production”.

“L’âge de la créativité”

Avant de réussir, la jeune femme d’ethnie Muong a suivi un parcours semé d’embûches. Par chance, elle reçoit le soutien et les encouragements de sa famille, lui permettant d’être plus courageuse et confiante dans ses choix de vie. Optimiste, entreprenante et hardie, elle affirme rester fidèle à la voie qu’elle s’est tracée.

Lors des moments difficiles, Hà Myo se rassure : “Tous les débuts sont difficiles. Mais vous êtes jeune, il faut aller de l’avant, oser affronter les défis et accepter les échecs. La jeunesse, c’est l’âge de la créativité. Sans être audacieux, vous n’appartenez pas à cette génération. Si vous n’êtes pas pionnier, qui le sera ?”.

En juillet 2022, la chanteuse a interprété Xâm de Hanoï à Vientiane pour célébrer la Semaine de la culture Vietnam - Laos.

Après deux ans à se consacrer au xâm avec des chansons de grande résonance telles que Xâm de Hanoï, Xâm xuân xanh (Xâm du printemps), Xâm bôn mùa hoa Hà Nôi (Xâmdes quatre saisons de fleurs de Hanoï)..., Hà Myo continue de conquérir le hát xoan et le chant populaire de son ethnie.
La chanson Trò choi í a Troi cho (Le jeu donné par Dieu) est une combinaison entre l’EDM et le hát xoan - un art du spectacle, comprenant du chant, de la danse, des percussions et des cliquettes de la province de Phú Tho, inscrit en 2017 par l’UNESCO sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Avant de lancer cette œuvre, la chanteuse s’est rendue à An Thái, l’un des quatre berceaux du hát xoan de Phú Tho, pour apprendre d’anciennes mélodies auprès de l’“Artisane du Peuple” Nguyên Thi Lich.

Sorti en novembre 2022, le clip vidéo a immédiatement enthousiasmé le jeune public, devenant la seule chanson à ce jour combinant le hát xoan avec la musique contemporaine. Elle ramène les jeunes au passé avec des jeux populaires attractifs pour les persuader de remettre en question leur habitude des réseaux sociaux et de perte de contact.

Évoquant ses tournées, Hà Myo se souvient notamment de ses deux voyages à Truong Sa (Spratly) qui ont laissé en elle de beaux souvenirs. Elle et son équipe ont réalisé le clip vidéo Ký su Truong Sa (Mémoire de Truong Sa) associant l’EDM aux chants folkloriques du Centre méridional.

“Dans ma vie, je ne pourrai pas oublier le moment de me produire en mer pendant mon voyage de dix jours à Truong Sa. Un jour, les vagues étaient si fortes que nous n’avons pas pu monter dans une plateforme pour rencontrer les soldats et chanter pour eux... Nous n’avons pu que chanter en mer, via les téléphones et les talkies walkies et les regarder de loin. Je me suis produite sur une scène installée dans le navire agité par la forte houle”.

Dans les écoles

L’artiste dévoile que l’un de ses grands projets cette année est d’amener le xâm dans les écoles pour inspirer les élèves. “Plus j’étudie profondément la culture vietnamienne, plus j’ai des idées. Nous avons un riche trésor d’airs folkloriques. En tant que jeune chanteuse, je suis consciente de mes responsabilités de garder leur vitalité. Je cherche à explorer et valoriser leur beauté. Pour moi, préserver la culture par la musique est un moyen rapide et efficace à grande échelle”.

Hà Myo fait toujours des efforts pour pouvoir apporter les musiques patrimoniales du pays sur les plus grandes scènes, tant au niveau national qu’international. “Je veux montrer aux amis internationaux un Vietnam qui est beau non seulement en termes de population et de paysages, mais aussi de culture et d’art, digne d’un rayonnement mondial”. -CVN/VNA

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