Go Co, le village où le temps semble s’être arrêté

Venez vous imprégner de la culture de Sa Huynh, l’une des trois plus anciennes du Vietnam, au cœur du village de pêcheurs de Go Co. Un lieu authentique où le temps semble s’être arrêté.
Quang Ngai (VNA) – Venez vous imprégner de la culture de Sa Huynh, l’une des trois plus anciennes du Vietnam, au cœur du village de pêcheurs de Go Co. Un lieu authentique où le temps semble s’être arrêté.
Go Co, le village où le temps semble s’être arrêté ảnh 1Vue aérienne du village de Go Co, à Quang Ngai (Centre). Photo : CTV/CVN
Il s’agit d’un petit village Cham, une des 53 ethnies minoritaires du pays, habitant principalement le Centre. D’une superficie de 105 ha, coincé entre deux montagnes, il relève de la commune de Phô Thanh, district de Duc Phô, province de Quang Ngai (Centre).

Un village de pêcheurs écarté des agglomérations animées et qui n’a guère changé depuis des siècles. Pour s’y rendre, il n’y a qu’un petit chemin en pierre, agrémenté ici et là de vieux ponts et de puits en pierre. Dans une ambiance très bucolique, les maisons couvertes de chaume sont bâties sur des tertres rocheux, les sentiers sont bordés de massifs de bambou, de rangées de cocotiers... Un lieu où le temps semble arrêté, à l’écart du temps qui passe.

Préserver les traditions

"Il est probable que Go Co soit l’unique village du Centre où il est encore possible de sentir le parfum de la culture de Sa Huynh (une des trois cultures ancestrales du Vietnam : Dông Son au Nord, Oc Eo au Sud et Sa Huynh au Centre - ndlr) datant de 3.000 ans avant J.-C. à la fin du Ier siècle", selon les archéologues.

"Mon village compte quelque 80 maisons, la plupart très anciennes. La mienne, détruite par la guerre (avant 1975), a été rebâtie selon le modèle architectural ancien. Aucune  réfection n’a été faite jusqu’ici", confie Bùi Thi Vân, 71 ans.

Durant la guerre, pour échapper aux bombardements, les villageois s’abritèrent dans des tranchées-abris construites en pierre, ou abandonnèrent leur village. Après la guerre, désireux de garder leurs traditions, les habitants se mirent à restaurer leur village, tout en respectant l’architecture séculaire. C’est pourquoi les constructions Cham existent toujours. Elles sont les témoins de la culture de Sa Huynh.

Hermétique à l’urbanisation galopante et au mode de vie moderne qui s’emparent du Vietnam, Go Co est toujours aussi tranquille avec ses petites maisons en toits de chaume. Entourée d’un jardin de fleurs et de légumes, chaque maison dispose d’une véranda agrémentée d’une tonnelle de bougainvillées. Les bancs en pierre sont les lieux de rendez-vous des membres de la famille et des amis. Les petits sentiers en pierre amènent aux ouvrages publics comme temple, pagode, maison communale - tous centenaires. Sans oublier une douzaine de vieux puits en pierre qui fournissent encore aujourd’hui de l’eau aux villageois. Un environnement de vie très paisible.

Mode de vie d’antan

De pair avec l’architecture, le mode de vie des habitants n’a aussi guère évolué. On y pratique des modes de production et de pêche traditionnels. "Comme d’autres pêcheurs locaux, j’ai une barque en bambou tressé avec laquelle je pars pêcher en mer, confie M. Tinh, 65 ans. Le soir, ma femme transporte au marché local le fruit de ma pêche, avec deux paniers accrochés à une palanche qu’elle porte sur les épaules. Notre vie s’écoule paisiblement, comme autrefois, et cela nous convient bien".  
Go Co, le village où le temps semble s’être arrêté ảnh 2Représentation du "bài choi" à Quang Ngai. Photo : CTV/CVN
 
La vannerie est pratiquée un peu partout à Go Co. Vo Dinh Chiên, 72 ans, est un expert dans la fabrication de barques en bambou tressé, de paniers et corbeilles en feuilles de pandanus. "Le bambou et le pandanus poussent en forêt. Je les cueille, les sèche au soleil et les tresse pour créer des objets de la vie quotidienne. Ce métier, je l’ai hérité de mes parents et grands-parents", explique-t-il.

Si le mode de production demeure rudimentaire dans ce village isolé, la vie culturelle, elle, s’avère très animée. Après une journée de travail, les habitants ont l’habitude de se réunir en  soirée chez Mme Lan, une chanteuse. "Je connais de nombreux chants folkloriques du Centre comme hat bai choi, hat sac bua, hat dôi… Mon répertoire comprend aussi nombre de chansons que j’ai composées moi-même, inspirées de la vie de notre village", s’enthousiasme la dame de 68 ans.

Elle est renommée aussi pour la fabrication d’instruments de musique traditionnels faits à partir de bambou, comme monocorde, cithare… Par ailleurs, elle enseigne la musique aux jeunes. "Lors des jours de fêtes, les jeunes partis travailler loin n’oublient pas de rentrer pour participer aux festivités communautaires. La communauté de Go Co est très soudée", s’enorgueillit la vieille chanteuse.   

"Le village a tous les atouts  pour développer le tourisme. Un objectif prometteur auquel chacun de nous doit apporter sa part", considère Doàn Sung, président de la coopérative Go Co. Et de révéler son projet de faire de Go Co une destination touristique en répartissant les villageois en trois groupes selon trois missions : "homestay", c’est-à-dire séjour chez l’habitant ; "shows" autour de la fabrication de barques en bambou et de la pêche ; spectacles de bài choi, sorte  de jeu de bingo accompagné de musique, pratiqué dans le Centre, reconnu patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

"Notre projet a été soutenu par le docteur Guy Martini, secrétaire général du Réseau global des Géoparcs de l’UNESCO. De plus, il a établi un plan d’actions pour la participation de tous à la protection du patrimoine de ce village de caractère", dévoile Doàn Sung. En août 2019, Go Co a accueilli ses premiers visiteurs : des étudiants venus du Japon, des États-Unis, de Dà Nang et de Hô Chi Minh-Ville. L’avenir s’annonce sous les meilleurs auspices. – CVN/VNA

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