Fête de la mi-automne: À la recherche des jouets perdus

Si les cygnes en coton, figurines en pâte de riz colorée et masques en papier étaient autrefois les jouets préférés des enfants à l’occasion de la Fête de la mi-automne, ils se font rares aujourd’hui.
Fête de la mi-automne: À la recherche des jouets perdus ảnh 1Les lanternes traditionnelles en papier cellophane sont omniprésentes dans la rue Hàng Ma à l'approche de la Fête de la mi-automne.

Hanoi (VNA) - Si les cygnes en coton, figurines en pâte de riz colorée et masques en papier étaient autrefois les jouets préférés des enfants à l’occasion de la Fête de la mi-automne, ils se font rares aujourd’hui. La préservation de cet artisanat est donc remise en question.

La Fête de la mi-automne ou Fête de la lune, célébrée le soir du 15e jour du 8e mois lunaire, est l’une des plus importantes des Vietnamiens, faisant partie intégrante de leur vie.

Quelques semaines avant l’événement, la rue Hàng Ma, dans le centre-ville de Hanoï, est illuminée jour et nuit de couleurs vives, de jouets et d’objets votifs. En banlieue, les villages d’artisanat spécialisés dans la fabrication de gâteaux de lune, de lanternes magiques en cellophane transparentes ou de statuettes en terre cuite sont en effervescence.

Mais depuis que le vent du changement souffle sur le pays, les Hanoïens, surtout les jeunes, ne portent plus vraiment d’intérêt à ces jolis jouets traditionnels que les artisans s’acharnent encore à concevoir.

Un savoir-faire particulier

Il y a une trentaine d’années, à l’approche de la Fête de la mi-automne, les rues Hàng Luoc et Hàng Ma du Vieux quartier de Hanoï regorgeaient de jouets artisanaux. À l’époque, posséder un panier en bambou rempli de cygnes en coton était le rêve de toutes les petites filles.

Aujourd’hui, seule la famille de Vu Thi Thanh Tâm maintient la vente et la production de ces jouets traditionnels, un métier qu’elle pratique depuis plus de sept décennies. À chaque saison de la fête, à Hàng Luoc, apparaît un petit stand niché modestement à côté d’autres de jouets modernes. Il est composé simplement d’une table en bois sur laquelle trônent des paniers en bambou de cygnes en coton.

Chacun contient deux cygnes blancs, fixés à côté de fleurs scintillantes colorées. Ils sont tous créés par les mains habiles de Vu Thi Thanh Tâm et de sa belle-fille, Quách Thi Bac, considérées comme les dernières artisanes de ce métier traditionnel.

Pour réaliser un panier, il faut passer par plusieurs étapes où une patience et une attention particulière doivent être portées à chaque détail. À l’origine, Mme Tâm faisait de tels jouets afin d’améliorer les revenus de sa famille. Puis sa passion pour cet artisanat a grandi au fil du temps.

À l’instar de la famille de Mme Tâm,  Nguyên Thi Tuyên est l’unique artisane du village de Hâu Ai, district de Hoài Duc, à Hanoï, à perpétuer la confection d’effigies des Docteurs des concours mandarinaux en papier. Dans la croyance des Vietnamiens, ce Docteur symbolise la réussite scolaire. Les familles déposent cette figurine sur le plateau d’offrandes de la Fête de la mi-automne dans l’espoir que leurs enfants réussissent bien à l’école et deviennent des personnes talentueuses. Jadis, ces figurines étaient très populaires.

Les artisans utilisent des papiers recyclés. Par la suite, ils les colorent et peignent leur visage avant de les parer de vêtements en papier vert, jaune ou rouge.

Une survivance du passé

Mme Tâm raconte : "Autrefois, je faisais des jouets pour gagner ma vie. Maintenant, les conditions de vie s’améliorent mais je continue ce travail car je l’aime et j’en ai l’habitude. Confectionner un panier de cygnes prend assez de temps. Chaque jour, j’en fais quatre ou cinq que je vends entre 50.000 et 100.000 dôngs chacun. Parfois je me dis que je devrais arrêter. Mais après plus de 70 ans dans le métier, mon travail me manquera si je ne le pratique plus".

C’est pourquoi, jusqu’à ce jour, au milieu des jouets modernes importés de Chine, les paniers de cygnes en coton de Mme Tâm sont toujours présents dans le Vieux quartier de la capitale comme les témoins d’une époque révolue. Malheureusement, sa famille est aujourd’hui la dernière représentante de cet artisanat.

Sa belle-fille, Mme Bac, ne cache pas sa tristesse face à ce déclin : "Aujourd’hui, je suis la dernière à exercer ce métier. Plus tard, lorsque je me retirerai, je ne sais pas si quelqu’un d’autre prendra la relève. Penser que les générations futures ne puissent pas connaître ces jouets traditionnels me fait beaucoup de peine".

Bien que ces dernières années aient vu un regain d’intérêt pour ceux-ci, cet artisanat ne pourra pas retrouver sa gloire d’antan. "Lors des occasions festives, je suis invitée au Musée d’ethnographie ou dans des écoles pour enseigner la confection de jouets aux enfants. Bien qu’ils ne créent pas de beaux objets, je les trouve enthousiastes. De nombreux touristes étrangers sont aussi curieux et cherchent à comprendre la signification de ces objets tout en essayant d’en fabriquer. C’est cette motivation qui me pousse à préserver cet artisanat", confie Mme Bac.

Mais les efforts individuels ne suffisent pas car "il s’agit d’un métier saisonnier dont les recettes sont modestes. De ce fait, mes enfants ne s’y intéressent pas beaucoup", partage Mme Tuyên.

Lors de la Fête de la mi-automne, la rue Hàng Ma se pare de vives couleurs.

"Mes enfants ont leur propre travail, ils ne m’aident que pendant la haute saison. Je crains que personne ne me succède et préserve les jouets traditionnels de la Fête de la mi-automne", avoue-t-elle. Rêveuse, elle espère qu'"il y aura des jeunes passionnés par ces objets qui voudront apprendre ce métier. Je suis prête à le leur transmettre pour que les générations futures n’oublient jamais l’image de ces Docteurs en papier sur le plateau d’offrandes lors de la nuit de pleine lune".

La famille de Mme Tâm et de Mme Tuyên partagent les mêmes préoccupations des autres familles cherchant à préserver l’artisanat populaire, sans vraiment savoir comment. Mais une chose est certaine : elles savent nourrir leur métier d’une passion infinie et transmettre leur ferveur avec l’espoir de préserver une tradition ancestrale pour les générations futures. -CVN/VNA

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