Hanoi (VNA) – Sur des terres gagnées sur la mer il y a deux siècles, les villageois de l’ancien district de Kim Son, à Ninh Binh (Nord), ont préservé des techniques ancestrales tout en s’ouvrant à l’innovation, transformant de modestes tiges de carex en produits artisanaux exportés dans le monde entier.
D’après les anciens de la région, l’histoire du tressage de carex à Kim Son remonte à près de 200 ans, en 1829, lorsque Nguyên Công Tru (1778-1858), un mandarin influent du règne du roi Minh Mang, lança une vaste campagne de mise en valeur des terres dans la province de Ninh Binh. De vastes étendues de marais côtiers sauvages, entre les rivières Can et Day, furent transformées en terres fertiles, formant ainsi l’actuelle région de Kim Son.
Reconnaissant le potentiel de ces sols alluviaux salins, Nguyên Công Tru introduisit la culture du carex comme moyen de subsistance stratégique pour les communautés nouvellement installées. Marchant sur les traces de leurs ancêtres, des générations d’habitants de Kim Son repoussèrent progressivement le littoral, créant des centaines d’hectares de riches terres alluviales dédiées à la culture de carex de haute qualité.
À ses débuts, le tissage de carex de Kim Son se concentrait sur la fabrication d’objets ménagers durables tels que des nattes et des paniers. Au fil du temps, cet artisanat s’est transformé en un art raffiné. Aujourd’hui, les artisans produisent une vaste gamme d’articles contemporains, allant des lanternes et plateaux décoratifs aux sacs à main, chapeaux et même jouets pour enfants.
Qu’ils soient fonctionnels ou décoratifs, chaque produit conserve la durabilité et la beauté naturelle du carex. Le métier du tissage du carex de Kim Son a été officiellement inscrit au patrimoine culturel immatériel national en 2024, une reconnaissance des efforts constants des artisans pour préserver et innover leur savoir-faire.
Du carex brut à l’artisanat raffiné
Le parcours d’un produit en carex de Kim Son commence par une préparation méticuleuse de la matière première. Les tiges de carex fraîches sont triées par longueur, puis fendues et séchées. Selon des techniques ancestrales, elles doivent sécher sous une forte chaleur et exposées à la rosée pendant environ une semaine, jusqu’à ce qu’elles prennent une couleur blanc crème de la racine à la pointe, devenant ainsi souples et résistantes. Le carex est ensuite trempé dans l’eau pendant un à deux jours pour prévenir la formation de moisissures, avant d’être soigneusement sélectionné en fonction de son usage. Les brins épais et longs sont réservés aux nattes, tandis que les fibres plus fines et plus lisses sont utilisées pour les paniers, les vases et les objets décoratifs – des choix qui déterminent en définitive la durabilité et la qualité esthétique.
L’essence même de cet artisanat réside dans la teinture. Plutôt que de tisser des produits finis, les artisans de Kim Son assemblent des fibres déjà teintes, faisant du traitement des couleurs une compétence essentielle. Les tisserands doivent comprendre comment les différentes fibres absorbent les pigments et surveiller attentivement les conditions météorologiques et la température lors de chaque étape de fabrication.
Nguyên Ngoc Thach, artisan émérite et tisserand de troisième génération originaire de la commune de Phat Diêm, dévoile un aperçu de ces techniques jalousement gardées. Il partage la méthode traditionnelle de sa famille pour fixer les couleurs.
Des outils en fer rouillé sont nettoyés et bouillis pour obtenir une solution, à laquelle on ajoute des colorants naturels avant de cuire les fibres de carex. L’oxyde de fer permet de fixer les pigments, conférant aux produits de sa famille une vivacité qui les distingue des autres.
Au-delà de la technique, le savoir-faire repose sur la patience et l’expérience. Ayant appris à tisser dès l’âge de six ans et fort de cinq décennies d’expérience, Nguyên Ngoc Thach souligne que chaque détail compte, depuis le placement de la face la plus lisse du carex vers l’intérieur jusqu’à l’élimination de l’extrémité la plus épaisse de la racine afin de préserver l’uniformité des fibres. Des techniques telles que les jonctions invisibles garantissent des connexions à la fois solides et discrètes.
La richesse de cet artisanat s’exprime également à travers une grande variété de styles de tissage. Les artisans utilisent des motifs ondulés, en grains de riz, à chevrons et à œillets pour créer des sacs, des boîtes et des tapis décoratifs. Si le tissage uni offre solidité et douceur, les techniques ajourées apportent respirabilité et intérêt visuel, et les tissages torsadés une touche de modernité, démontrant ainsi comment un artisanat séculaire continue d’évoluer sans renier ses racines.
Sur des terres gagnées sur la mer, le tissage du carex de Kim Son est devenu un patrimoine vivant, ancré dans des savoir-faire ancestraux, perpétué par un artisanat patient et constamment renouvelé pour répondre aux exigences d’un monde en mutation. – VNA