Hanoi, 24 décembre (VNA) – Xuân La est un village rattaché à Phuong Duc, une commune du district de Phu Xuyên, en banlieue hanoienne. Sa particularité ? D’être l’unique village, au Vietnam, dont la spécialité artisanale consiste en des figurines en pâte, des figurines qui se rattachent bien souvent à l’Histoire de notre pays et qui, de ce fait, sont à considérer comme de véritables petits objets didactiques.  

Photo: VOV

Les figurines en pâte sont des jouets populaires, dont raffolent tous les enfants vietnamiens. Il faut dire qu’étant faites avec de la farine de riz gluant et un peu de sucre, elles peuvent faire la joie des plus gourmands d’entre eux. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Loin s’en faut. Au départ, ces figurines étaient destinées aux génies. Elles prenaient alors la forme d’animaux tels que le poulet, le buffle, le bœuf, le cochon ou le poisson. Mais il leur arrivait aussi de représenter des bananes, des noix d’arec, du riz gluant… Tout, pourvu qu’elles puissent être présentées en offrande.   

Plus surprenant encore, elles peuvent servir de… sourdine ! Eh oui ! Imaginez une sorte de petite clarinette, toute simple. Vous en obstruez le pavillon avec une figurine en pâte et en enduisez l’embouchure de sucre d’orge… Eh bien lorsque vous soufflez, vous obtenez un son un peu nasillard qui fait à peu près « to-he »… Et c’est d’ailleurs pour cette raison que nos fameuses figurines sont parfois appelées « to he ».  

Quoiqu’il en soit, quel que soit l’usage qui en est fait, des figurines en pâte, on en fabrique un peu partout, mais il n’y a qu’à Xuân La qu’on en fait tant et si bien, surtout. Il faut dire que c’est une tradition solidement ancrée dans les mœurs, comme nous l’explique Dang Van Khuong, un artisan du village.

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«Oh, ici, ça fait bien 300 ans qu’on en fabrique, des figurines en pâte, nous dit-il. C’est en tout cas l’activité artisanale numéro un. Le jour de la fête du village, il y a toujours des concours. C’est à qui fabriquera les plus belles figurines ! Il y a un club, aussi, qui compte 120 membres et dans lequel on échange des expériences… Normal, parce que quand même, nos figurines, elles s’exportent un peu partout : en Asie du Sud-Est, au Japon, en République de Corée, en Chine, aux Etats-Unis…»

Alors, contrairement à ce qu’on pourrait être tenté de croire, fabriquer des figurines en pâte, c’est tout un art. Ça demande de l’habileté, de la créativité et de la précision. 

« Il faut d’abord faire bouillir la farine. En hiver, il faut préparer une farine plus gluante qu’en été. Et tant qu’à faire, pour ce qui est du riz gluant, il vaut mieux utiliser du « Nêp cai hoa vàng ». Avant, on utilisait des colorants naturels: des pommes, du curcuma, différentes feuilles… Maintenant, on utilise des colorants de pâtisserie », nous raconte Dang Van Hâu, un autre artisan de Xuân La.    

Les produits de Xuân La se diversifient de plus en plus : à mesure qu’évoluent les goûts de la clientèle. C’est ainsi que petit à petit, les animaux et les fruits ont dû accepter la concurrence - rude, il faut bien le dire - de personnages des contes de fée ou de bandes dessinées comme Aladin, Doraemon, Pokemon... 

Mais ce n’est pas tout. En octobre 2010, à l’occasion du millénaire de Thang Long-Hanoï, les artisans de Xuân La ont enregistré trois records nationaux : celui de la plus grande figurine de dragon (300 kg), de la plus grande figurine de tortue (250 kg) et du plus grand plateau à 5 fruits (25 kg). 

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Pour Chu Van Chiên, ce n’est pas un problème : le client, même tout jeune, est roi.  «Aujourd’hui, les figurines sont plus variées, c’est vrai. Si un enfant a une idée en tête, il faut essayer de se mettre tout de suite au diapason, sans oublier que c’est quand même un jouet folklorique qu’on fabrique, avec tout ce que ça suppose d’habileté artisanale», nous confie-t-il.    

Les figurines en pâte sont la grande affaire des artisans de Xuân La, c’est une chose entendue, comme il est entendu que leurs carnets de commande se noircissent considérablement à l’approche des fêtes, et plus particulièrement quand arrive la mi-automne. C’est avec enthousiasme qu’ils mettent alors la main… à la pâte, contribuant ainsi à créer une magie qui n’a rien à envier à celle de Noël !  - VOV/VNA