Un trésor littéraire unique dans la Cité royale de Huê

Les rois de la dynastie des Nguyên (1802-1945) étaient des poètes doués passionnés de littérature. En plus des livres et esquisses, ils présentaient leurs œuvres sur murs et toits des palais impériaux.
Un trésor littéraire unique dans la Cité royale de Huê ảnh 1L'entrée du mausolée du roi Minh Mang. Photo : VNA

 Hue (VNA) - Les rois de la dynastie des Nguyên (1802-1945) étaient des poètes doués passionnés de littérature. En plus des livres et esquisses, ils présentaient leurs œuvres sur murs et toits des palais et temples impériaux.

Pendant la période féodale, il y a des siècles, une personne était considérée comme talentueuse en fonction de sa capacité à écrire des poèmes et des essais. De nombreuses œuvres de poètes et d’écrivains de cette époque restent aujourd’hui très populaires et précieuses.

La plupart des poèmes ou textes littéraires étaient inscrits dans des livres. Mais à l’ancienne Cité royale de Huê, province de Thua Thiên-Huê (Centre), il existait un moyen particulier de présenter les poèmes et de les préserver d’une manière digne de son statut de patrimoine mondial inscrit à l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Les rois Nguyên ont autorisé la gravure de leurs poèmes sur les palais, les mausolées, les temples de leurs ancêtres et les pagodes liées à la dynastie. «C’est un style décoratif omniprésent dans la Cité royale de Huê. On le voit sur toutes les parois, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des édifices, ce qui donne l’impression que la littérature était omniprésente dans la cour huéenne», informe Phan Thanh Hai, directeur du Centre de conservation des vestiges de l’ancienne Cité impériale de Huê.

Un grand musée de poèmes

Les poèmes ou textes littéraires en han (écriture démotique chinoise) gravés sur les palais royaux de Huê montrent la pensée des rois Nguyên sur l’histoire, l’indépendance et la gouvernance nationales, ainsi que sur la culture.

Ces textes ont été sélectionnés à partir des écrits des rois, princes et mandarins des Nguyên. Rédigés dans un style poétique respectant les règles classiques de versification (ngu ngôn ou thât ngôn - c’est-à-dire vers de cinq ou sept pieds), ils ont été sculptés sur le bois, puis laqués et dorés. Ils apparaissent également sur des objets en céramique.

Issue de la passion pour la poésie des rois, la sculpture des poèmes est devenue une innovation dans la décoration des monuments architecturaux dans l’ancienne Cité impériale de Huê. Elle a également transmis le message du patriotisme et des normes sociales en faisant de l’ancienne capitale du Vietnam un musée unique de poèmes de caractère han.

«Il reste aujourd’hui 2.967 panneaux de bois où sont gravés des poèmes et des textes, dorés ou nacrés, 146 panneaux de cuivre et 78 panneaux où les textes prennent la forme de mosaïques. Tous sont intacts, informe M. Hai. Ces milliers de poèmes et textes en +han+ sont des traces de l’histoire, de la culture et des arts d’une époque de l’histoire du Vietnam».

Les textes littéraires gravés suivent une norme ornementale unique appelée «nhất thi nhất họa» ou «nhất tự nhất họa», selon laquelle un poème (nhất thi) serait accompagné d’une peinture (nhất họa) ou d’un mot calligraphique (nhất tự) d’une peinture. «Chaque poème s’accompagne d’une peinture, chose qu’on ne trouve qu’à Huê», indique le directeur du centre.

La déclaration des rois sur la souveraineté

Le palais Thai Hoà (Harmonie suprême) compte 242 panneaux où sont gravés des poèmes dorés, dont trois dans la salle principale. Ils sont considérés comme la déclaration des rois de la dynastie des Nguyên sur la souveraineté, l’édification et la défense du pays.

En outre, le palais Long An - aujourd’hui le Musée des antiquités de la cour royale de Huê - est l’un des plus beaux de Huê. C’est Thiêu Tri (1807-1847), l’un des rois les plus connus de l’histoire pour son talent littéraire, qui l’a fait construire en 1845. Facile donc d’imaginer la richesse et l’originalité de ce palais qui passe pour être un musée de la littérature de la dynastie des Nguyên. Toutes les œuvres qui y sont gravées ont été signées par les rois, les mandarins ou les écrivains les plus éminents. Les deux œuvres les plus remarquables sont Vu trung son thuy  (Paysages sous la pluie) et Phuoc viên van hoi luong da man ngâm (Soirée de poésie à Phuoc Viên) qui comptent une bonne centaine de caractères han.

«Malgré les affres du temps, ces œuvres littéraires restent intactes, d’où leur immense intérêt pour les historiens. Outre sa valeur littéraire et historique, ce patrimoine est unique. Les Vietnamiens peuvent en être fiers», conclut Phan Thanh Hai. En mai 2016, les poèmes et textes en han qui ornent les monuments royaux de Huê ont été inscrits au Registre mémoire du monde de l’UNESCO. Il s’agit du 5e patrimoine reconnu ces 20 dernières années à Huê.

Auparavant, l’ensemble des monuments de l’ancienne capitale royale, le nha nhac (musique de cour), les môc ban (tablettes de bois de la dynastie des Nguyên) et les châu ban (un ensemble de documents administratifs présentant les activités de la gestion d’État des rois Nguyên) avaient aussi été reconnus en tant que patrimoines mondiaux par l’UNESCO.-CVN/VNA

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