Ho Chi Minh-Ville (VNA) - Dotée d’un patrimoine culturel abondant et diversifié, Ho Chi Minh-Ville peine toutefois à le valoriser de manière structurée et stratégique.
Exploitée de façon fragmentée, la culture reste aujourd’hui un élément "annexe" du tourisme urbain, sans encore s’imposer comme un véritable moteur économique du secteur.
La culture, encore un produit "d’accompagnement"
La mégapole du Sud dispose pourtant d’un écosystème culturel et historique rare dans la région. Les traces du Saïgon d’antan sont visibles à travers les édifices emblématiques de l’époque coloniale française, tels que la Poste centrale, le Palais de l’Indépendance ou la cathédrale Notre-Dame. L’espace de Cho Lon, avec son réseau de maisons de congrégations, ses fêtes traditionnelles et sa gastronomie typique de la communauté chinoise, constitue un autre pôle patrimonial majeur. À cela s’ajoutent de nombreux musées et sites historiques et révolutionnaires, comme le Musée des vestiges de la guerre, le Musée d’Histoire de Ho Chi Minh-Ville, le Musée des Femmes du Sud, les tunnels de Cu Chi ou la base révolutionnaire de la forêt de Rung Sac.
La ville abrite également des formes artistiques traditionnelles telles que le don ca tai tu du (chant amateur du Sud), le théâtre de marionnettes sur l’eau ou les fêtes populaires, autant de "ressources immatérielles" à forte valeur culturelle et narrative. Pourtant, la plupart de ces atouts demeurent à l’état de potentiel dispersé, insuffisamment structuré et rarement transformé en produits touristiques cohérents, capables de générer une réelle valeur économique.
Dans la pratique, le tourisme culturel à Ho Chi Minh-Ville se limite le plus souvent à un rôle secondaire.
Selon Huynh Phan Phuong Hoang, directrice générale adjoint de Vietravel, les produits culturels actuels manquent de profondeur et de capacité à susciter une expérience émotionnelle forte, condition pourtant essentielle pour prolonger la durée de séjour des visiteurs. Les musées et sites historiques sont généralement intégrés comme des étapes complémentaires dans des circuits urbains ou des programmes MICE, plutôt que comme le cœur d’itinéraires spécialisés.
Ce constat est largement partagé par les acteurs du marché. Pour Pham Anh Vu, directeur de Vietnam Tourism & Media JSC, des lieux emblématiques comme le Palais de l’Indépendance, les tunnels de Cu Chi, le Musée des vestiges de la guerre, le port de Nha Rong ou Cho Lon sont souvent associés au shopping, à la gastronomie ou à la découverte urbaine, au lieu d’être développés en circuits thématiques autonomes, dotés de récits et de durées spécifiques. Les arts traditionnels et les fêtes communautaires suivent la même logique, étant le plus souvent intégrés à des événements ou à des dîners de gala.
Les entreprises expliquent cette situation non seulement par des contraintes d’offre, mais aussi par les comportements de consommation. Beaucoup de visiteurs, notamment nationaux, perçoivent encore Ho Chi Minh-Ville avant tout comme un centre économique et de loisirs, avec des séjours courts et flexibles. Dans un contexte de marges bénéficiaires limitées, les voyagistes privilégient donc des produits "sûrs", faciles à vendre et à rentabiliser.
Un besoin de politiques incitatives pour stimuler l’investissement
Malgré ces difficultés, certaines entreprises amorcent un changement d’approche. Des acteurs comme Chim Canh Cut Travel ou Du Lich Viet misent progressivement sur des circuits culturels thématiques, centrés sur l’histoire de Saïgon, la culture de Cho Lon ou l’alliance entre patrimoine, gastronomie et arts traditionnels. Ces produits, conçus pour de petits groupes et fondés sur une narration immersive, visent une clientèle internationale et nationale en quête d’expériences culturelles approfondies.
Toutefois, les freins structurels demeurent importants : manque d’expériences interactives dans les musées, coordination limitée avec les gestionnaires de sites, contraintes liées aux horaires, aux procédures ou à l’application des technologies numériques.
Ho Chi Minh-Ville a besoin d’une stratégie globale et de long terme pour le développement du tourisme culturel, dans laquelle la ville jouerait un rôle de "chef d’orchestre", en définissant clairement les axes patrimoniaux et culturels prioritaires, tout en investissant dans les infrastructures, les espaces piétonniers, les circuits nocturnes et de véritables mécanismes de partenariat public-privé. -VNA