Quang Ninh, 23 janvier (VNA) - Niché sur les flancs de la montagne Tiên Du, dans la région montagneuse de Dông Triêu (province de Quang Ninh), le sanctuaire Quynh Lâm — également appelé Quynh Lâm Tu — occupe une position stratégique et spirituelle. Entouré de trois côtés par des collines verdoyantes et faisant face à un vaste plan d’eau, le site est considéré comme un lieu de feng shui exceptionnel, symbole de prospérité et de puissance, selon la tradition vietnamienne.
Fondée au XIIᵉ siècle sous le règne du roi Ly Thân Tông, la pagode fut d’abord bâtie par le maître bouddhiste Nguyên Minh Không. Elle a ensuite connu son âge d’or sous la dynastie des Trân, devenant un haut lieu de transmission du bouddhisme Truc Lâm — une école zen typiquement vietnamienne.
De l’âge d’or à la destruction
Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, sous l’impulsion du moine Phap Loa, disciple du roi Trân Nhân Tông, fondateur de la secte bouddhiste Truc Lâm, Quynh Lâm devient un vaste complexe religieux. Des milliers de moines et d’adeptes s’y réunissent pour étudier les sutras. On y imprime le Tripitaka, on y construit des statues géantes en bronze et des tours à reliques.
Le prestige du lieu est tel que la reine-mère, les princes et hauts dignitaires de la cour des Trân financent sa prospérité. En 1329, la pagode est entièrement reconstruite, devenant « la première des merveilles sacrées d’An Nam ».
Mais cette prospérité n’échappe pas aux dévastations de l’histoire. L’invasion des troupes Ming au XVᵉ siècle entraîne sa destruction quasi totale. La grande statue de Maitreya est fondue pour en faire des armes. Le sanctuaire est ensuite plusieurs fois reconstruit sous les dynasties des Lê puis Nguyên.
Un lieu de renaissance du zen vietnamien
Au XVIIᵉ siècle, le maître Chan Nguyen initie un mouvement de renouveau du bouddhisme Truc Lâm depuis Quynh Lâm. Il y fait restaurer les bâtiments, compiler les enseignements anciens et imprimer les textes sacrés. L’érection du poste des neuf lotus en 1684 témoigne de cette nouvelle vitalité spirituelle.
Plusieurs tours commémoratives sont construites pour honorer les maîtres bouddhistes de passage, et Quynh Lâm retrouve une fonction de centre religieux, accueillant pèlerins et lettrés.
De la base de résistance à la renaissance patrimoniale
Durant la guerre d’Indochine, la pagode sert de base arrière pour les résistants vietnamiens. En 1947, elle est entièrement détruite par les combats. Elle ne renaîtra que dix ans plus tard, reconstruite modestement à partir de 1957, puis agrandie en 1967 et à nouveau dans les années 1990.
Classée monument historique national en 1991, Quynh Lâm fait ensuite l’objet d’un vaste programme de restauration lancé en 2015 par la province de Quang Ninh, avec un budget de plus de 160 milliards de dôngs. Les travaux, menés selon des principes stricts de conservation, redonnent à la pagode son architecture d’origine : bois, pierre, tuiles, ornements en terre cuite, le tout inspiré des styles des dynasties des Trân et Lê.
En décembre 2020, la pagode restaurée est inaugurée en grande pompe, rassemblant moines, fidèles et touristes venus saluer la renaissance d’un lieu millénaire.
Un patrimoine vivant, tourné vers l’avenir
Aujourd’hui, la pagode Quynh Lâm n’est pas seulement un lieu de mémoire : elle reste un centre actif du bouddhisme vietnamien. Elle abrite la plus grande statue de Bouddha en jade du pays, haute de 2,2 m et pesant 3,5 tonnes, sculptée dans une pierre venue du Canada, façonnée en Thaïlande selon les canons esthétiques indiens.
Chaque année, du 1ᵉʳ au 3ᵉ jour du deuxième mois lunaire, la pagode accueille un festival spirituel et culturel mêlant prières pour la paix nationale, courses de bateaux, luttes traditionnelles, chants et spectacles.
De site en ruines à patrimoine national, la pagode Quynh Lâm incarne le souffle de la résilience vietnamienne — à la croisée du sacré, de l’histoire et de la culture. – NDEL/VNA