Tu Vân,c’est ce village situé à 30 kilomètres au sud de Hanoï, qui a ceci departiculier que l’on y confectionne des drapeaux vietnamiens à la pelle.
La broderie,le tissage et la couture sont des traditions solidement ancrées à Tu Vân:depuis le 16e siècle, à en croire les seniors, qui assurent à qui veutl’entendre que la renommée artisanale du village dépasse les frontières. Cetterenommée, elle est en tout solidement établie dans la capitale, où plusieurshabitants de Tu Vân ont voulu tenter leur chance en ouvrant des boutiques dansles rues Hàng Bông et Hàng Gai.
Mais c’esten août 1945 que les artisans de Tu Vân entrent véritablement dans l’Histoire.Le 19 août 1945, lorsque la Révolution éclate, les rues de la capitale sontpavoisées de drapeaux rouges à étoile jaune, des drapeaux confectionnés par lescouturiers de Tu Vân, qui confirment ainsi avec éclat qu’artisanat etpatriotisme peuvent faire bon ménage.
Qu’en est-ilsoixante-quinze ans plus tard? Sur place, à Tu Vân donc, l’atmosphère esttoujours aussi fiévreuse… L’atelier de Vuong Thi Nhung, qui s’étend sur descentaines de mètres carrés, est en pleine effervescence. On n’en attend pasmoins d’un endroit où ont été fabriqués les drapeaux qui ont accompagné les victoires des équipesnationales de football lors du Championnat d’Asie du Sud-Est de 2018 et des30es Jeux d’Asie du Sud-Est de 2019 (SEA Games 2019).
«Quand il ya de grosses commandes, on est obligé d’embaucher des dizaines de travailleursqui se relaient jours et nuits», nous explique Vuong Thi Nhung. «On fait detout, ici: des drapeaux, des banderoles… C’est un métier passionnant, maisassez pénible, même si les machines nous facilitent énormément la tâche.»
Lesmachines… Efficacité, rentabilité… Il n’empêche. Certaines personnes continuentde travailler à l’ancienne, en faisant le pari de la qualité sur laquantité. C’est le cas de Dang HôngHiêu, qui peut se targuer d’être le dernier des Mohicans et qui ne s’en privepas. À l’en croire, fabriquer un drapeau à la main n’est pas si simple qu’il n’yparait de prime abord: c’est un travail qui demande de la précision, de laméticulosité et bien évidemment de la passion. Il faut d’abord choisir un beautissu provenant du village de La Khê, puis le découper soigneusement. Il fautaussi s’assurer que l’étoile est parfaitement centrée. Mais le jeu en vaut lachandelle…
«Je suistrès fier de mes drapeaux brodés car ils sont souvent installés dans lesinstitutions étatiques et utilisés lors des parades militaires», nous dit DangHông Hiêu.
Lê Thi Tinh,70 ans, est elle aussi une couturière «à l’ancienne». Elle conçoit son métier comme un héritage àtransmettre.
«Leshabitants de Tu Vân restent très attachés à leur métier traditionnel», nousassure-t-elle. «Actuellement, ce sont surtout des personnes âgées qui font desdrapeaux. Les jeunes, eux, partent trouver du travail, ailleurs. Mais je suispersuadée que quand ils seront à la retraite, ils reviendront ici pour coudredes drapeaux.»
Ce souci dela transmission est assez largement partagé. Témoins ces nombreux enfants quiapprennent à confectionner des drapeaux, comme Thu Trang, qui du haut de ses 15ans, est bien consciente qu’elle contribue ainsi à perpétuer unetradition.
«Fabriquerun drapeau à la main, ça prend beaucoup plus de temps que de la fabriquer à lamachine. Il faut compter deux ou trois jours. Mais peu importe. C’est unetradition familiale dont je suis fière», nous confie-t-elle.
Les drapeauxnationaux confectionnés par les artisans de Tu Vân approvisionnent nonseulement Hanoï mais aussi les différentes localités du pays. Les villageois ensont fiers, d’autant plus fiers qu’ils ont ainsi le sentiment de défendrel’indépendance et la souveraineté du Vietnam.-VOV/VNA

