Lutter contre la pêche illicite, une priorité absolue

Le 23 octobre 2017, la Commission européenne a adressé un avertissement au Vietnam, par un "carton jaune", concernant l’insuffisance de ses mesures de lutte contre la pêche illicite.

Hanoi (VNA) - Le 23 octobre 2017, la Commission européenne a adressé un avertissement au Vietnam, par un "carton jaune", concernant l’insuffisance de ses mesures de lutte contre la pêche illicite. Depuis, le pays a mis les bouchées doubles pour repasser dans le vert.

Le "carton jaune" met sous surveillance les pays qui pratiquent la pêche illégale et leur demande de trouver eux-mêmes les solutions garantissant le respect des conventions internationales. En cas de succès, ils reçoivent un favorable "carton vert" ; en cas d’échec, un "carton rouge" marquant la fin des exportations vers l’Union européenne (UE).

Lutter contre la pêche illicite, une priorité absolue ảnh 1Les localités côtières sont encouragées à fournir un équipement de positionnement par satellite Movimar à tous leurs bateaux de pêche hauturiers. Photo : CVN


Deux ans après l’avertissement adressé au Vietnam par la Commission européenne (CE) qui pointe l’insuffisance des efforts consentis par le pays pour combattre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), force est de reconnaître que les nombreuses mesures prises dans ses 28 villes et provinces littorales ont fait effet. En toute logique et en toute équité, le Vietnam devrait sans tarder obtenir le retrait du "carton jaune" qu’il a reçu de Bruxelles.

En effet, le pays a consenti de gros efforts dans cette lutte. Des progrès notables ont été constatés dont l’élaboration d’un cadre juridique sur la gestion et le développement durable de la pêche. La Loi sur les produits aquatiques de 2017, entrée en vigueur le 1er janvier 2019, témoigne aussi d’un engagement fort en la matière.

En novembre prochain, une délégation de la CE devrait effectuer une visite au Vietnam, afin de décider si sa politique de la pêche satisfait aux critères de légalité et si la menace d’une interdiction totale de l’entrée de ses produits halieutiques sur le marché européen peut être levée.

Le Vietnam n’est que le dernier entré dans la liste des 25 pays ciblés à ressentir le poids du règlement de l’UE destiné à prévenir, à décourager et à éradiquer la pêche INN, qui est entré en vigueur le 1er janvier 2010. Depuis 2012, sur 25 "cartons jaunes" infligés, 15 pays sont revenus dans le vert (dont trois après un passage par un "carton rouge"), trois sont toujours dans le rouge (Cambodge, Comores, Saint-Vincent-et-les-Grenadines) et sept tentent de basculer du bon côté, comme le Vietnam qui s’empresse de montrer les progrès accomplis.

Réforme du secteur à marche forcée

Dans le cas du Vietnam, la décision de la CE d’octobre 2017 d’émettre un "carton jaune" fait état des lacunes constatées, telles que l’absence d’un système de sanctions efficace permettant de décourager les activités de pêche INN et le manque de mesures visant à mettre un terme aux activités de pêche illicites menées par des navires vietnamiens dans les eaux du Pacifique. En outre, le système dont dispose le pays pour contrôler les débarquements de poissons qui sont transformés au niveau local avant d’être exportés vers les marchés internationaux, dont l’UE, est déficient.

Toute l’attention est accordée à l’avenir du "carton jaune" du Vietnam qui sera soit annulé comme ce fut le cas récemment de la Thaïlande, soit deviendra rouge, semblable à la situation du voisin Cambodge. Sortir du problème de la pêche illégale est vraiment difficile dans n’importe quel pays. Car, cela exige d’énormes efforts de sensibilisation de la part des responsables, des pêcheurs et des transformateurs, un processus qui se déroule normalement sur plusieurs années avant de voir des résultats. Le cas du Vietnam est même plus compliqué à cause de l’importance de sa flotte de pêche avec environ 110.000 navires, pour la plupart de petite taille. À noter que 28 villes et provinces se partagent les quelque 3.200 km de côtes vietnamiennes.

Effets de la politique européenne

Le Vietnam s’est engagé à mettre fin à la pêche illégale d’ici 2025. Mais il est plus urgent de regagner la confiance du marché, car sa condamnation a eu des conséquences catastrophiques immédiates.

Lutter contre la pêche illicite, une priorité absolue ảnh 2Dorénavant, les pêcheurs sont surveillés en mer et contrôlés aux quais. Photo : CVN


"Depuis le +carton jaune+, les ventes vers l’Europe ont été divisées par deux", a déploré Cao Thi Kim Lan, directrice de la Société par actions de la pêche de Binh Dinh  (BIDIFISCO), qui exporte du thon.

Le secrétaire général adjoint de l’Association vietnamienne des producteurs et exportateurs de fruits de mer (VASEP), Nguyên Hoài Nam, indique que l’application du “carton jaune” fait que 100% des lots de produits de la pêche du Vietnam sont soumis à des exigences d’inspection et de contrôle particuliers par les États membres. "Cela a des conséquences néfastes sur les activités d’exportation en raison des coûts supplémentaires liés au temps d’inspection prolongé et des risques assez élevés pour les entreprises concernées", a-t-il indiqué.

Les exportations de produits aquatiques vietnamiens vers l’UE atteignent 350 à 400 millions d’USD par an, représentant 16-17% des exportations nationales de produits de la pêche. Depuis l’application de cette mesure, les exportations de produits aquatiques vers ce marché ont régressé de 20% à 25%.

"Le pays est déterminé à développer un secteur de la pêche durable et responsable",
a assuré le ministre vietnamien de l’Agriculture et du Développement rural, Nguyên Xuân Cuong. Il a informé que les recommandations de la CE avaient été intégrées à la Loi sur les produits aquatiques de 2017 et aux documents guidant l’application des textes du gouvernement et du ministère de l’Agriculture et du Développement rural. Ce dernier a travaillé avec celui de la Défense sur le contrôle en mer des bateaux de pêche. Il se coordonne avec les organisations internationales concernées pour lutter contre la pêche illégale.

De son côté, le chef adjoint de la Direction des pêches, Nguyên Quang Hung, a souligné la nécessité de sensibiliser à cette question, priant instamment les localités côtières de fournir un équipement de positionnement par satellite Movimar à tous leurs bateaux de pêche hauturiers, d’une longueur égale ou supérieure à 24 m.

Dernièrement, le Comité de pilotage national de lutte contre la pêche INN a été créé par la décision N°596 signée le 20 mai 2019 par le Premier ministre Nguyên Xuân Phuc, dans le but de conseiller et d’aider le chef du gouvernement à régler d’importantes missions intersectorielles relatives à la lutte contre la pêche INN. -CVN/VNA

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