L’opinion publique française soutient la lutte des victimes de l’agent orange

Ardant défenseur de la paix et historiquement lié au Vietnam, le peuple français est toujours aux avants-postes dans la lutte pour la justice des victimes de l’agent orange vietnamiennes.
L’opinion publique française soutient la lutte des victimes de l’agent orange ảnh 1Débat «Santé-Solidarité» sur les mesures de soutien aux victimes vietnamiennes de l'agent orange en banlieue de Paris. Photo: VNA

Ardant défenseur de la paix et historiquement lié au Vietnam, le peuple français est toujours aux avants-postes dans la lutte pour la justice des victimes de l’agent orange vietnamiennes, laquelle bénéficie du soutien de l’opinion publique internationale.

Parallèlement au déroulement du procès intenté par Mme Tran To Nga - une Française d’origine vietnamienne victime de l’agent orange - à l’encontre de 26 compagnies chimiques américaines ayant produit de l’agent orange, un mouvement de soutien au sein de l’opinion publique prend corps en France.

La mobilisation, qui se trouve surtout au sein des associations d’amitié et de solidarité avec le Vietnam, vise à mieux sensibiliser les gens sur les effets nocifs de l’agent orange vis-à-vis de l’être humain et de l’environnement, à exiger que les sociétés américaines reconnaissent leurs erreurs du passé et entreprennent des actions concrètes afin de venir en aide des victimes et de leur rendre le droit de vivre dans la dignité.

Lors des tribunes officielles, des conférences et des rencontres, nombre d’amis français dénoncent l’épandage massif par l’armée américaine de l’agent orange au Sud Vietnam pendant les années de guerre. Selon eux, cet acte est une violation des conventions humanitaires et est devenue la plus grande guerre chimique que le monde ait connue à ce jour. Cet acte ô combien répréhensible a provoqué aussi un désastre sur la santé humaine et l’environnement au Vietnam. Plus de 40 ans se sont écoulés depuis, mais l’agent orange et la dioxine qu’il contient poursuit sa destruction silencieuse : des millions de Vietnamiens continuent de souffrir de pathologies liées à cette substance, les enfants de la 3e et même de la 4e génération - descendants des vétérans de guerre - naissant avec des malformations congénitales.

L’agent orange, une question qui se pose à la civilisation

Pour Paul Fromonteuil, conseiller régional honoraire de Poitou-Charentes, président du Comité 86 de l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne (AAFV), le problème de l’agent orange n’est pas un problème du passé. «Pourquoi ? Simplement, parce que les traces de l’utilisation de l’agent orange perdurent chez les hommes et les femmes touchés par ce produit toxique et cela pose un grand problème à la civilisation. A-t-on le droit d’utiliser des produits de ce type qui s’attaque à la substance humaine elle-même comme on les a utilisés pendant la guerre au Vietnam ?», a-t-il martelé.

Et d’expliquer, concernant le rejet à plusieurs reprises par les Etats-Unis de la plainte des victimes vietnamiennes de l’agent orange : «les Etats-Unis ont fait passer la question de la finance et des profits financiers avant les progrès humains alors qu’il fallait bien inverser les choses, il fallait revenir sur les progrès humains et laisser tomber les finances».

À propos du procès de Mme Tran To Nga, il a affirmé que l’AAFV et les amis français  participent pleinement et entièrement aux mouvements d’opinion sur cette question, parce qu’effectivement, il s’agit d’une grande question qui touche le peuple vietnamien et qui s’étend bien au-delà.

Cette opinion est partagée par Francis Gendreau, ex-président de l’AAFV (2002-2007), qui estime que le déversement de l’agent orange par les Américains pendant la guerre au Vietnam est un crime contre l’humanité : «Nous ne pouvons laisser un crime de cette ampleur impuni. Il faut nous battre par tous les moyens qu’on peut avoir pour que ce scandale trouve une issue en matière judiciaire». Pour lui, le problème de l’agent orange est multiple, avec des aspects juridique, politique, humanitaire pour aider les victimes ; il y a aussi des aspects de santé, scientifique pour essayer de voir les processus par lesquels l’agent orange agit dans le corps humain et aboutit notamment aux malformations et à toutes les pathologies observées. En outre, il y a une dimension morale et politique de condamnation des gens qui ont commis ce crime.

Il s’est aussi posé en admirateur de Mme Nga, une femme «très courageuse qui s’est lancée dans cette aventure pas évidente» en rappelant l’épisode aux Etats-Unis dans les années 2004-2009 où la justice américaine a débouté les victimes vietnamiennes. «Ce procès, qui risque d’être long, est important pour l’ensemble des victimes vietnamiennes de l’agent orange», a-t-il estimé.

Francis Gendreau a révélé s’intéresser à la question de l’agent orange depuis déjà une bonne quinzaine d’années. À l’époque, dans les contacts avec le Vietnam, l’AAFV a été sollicitée notamment par la vice-présidente vietnamienne alors en poste, Nguyen Thi Binh, pour sensibiliser l’opinion internationale sur ce point. L’AAFV a organisé une grande conférence au Sénat en mars 2005 et publié le livre L'agent orange au Vietnam : crime d'hier, tragédie d'aujourd'hui.

Bien qu’il ne soit plus président de cette Association, il continue à suivre ce problème parce qu’il lui semblait que l’information avait quand même du mal à passer dans les médias auprès du grand public français. Il a donc poursuivi ses efforts en faisant une revue de presse mensuelle sur le Vietnam et l’agent orange avec les informations qu’il relaie puis rediffuse autour de lui.

Les projets de solidarité se multiplient

Lors du débat «Santé-Solidarité» organisé dans le cadre de la «Journée des associations» tenue en juin dernier à Montreuil, en banlieue de Paris, nous avons rencontré de nombreux amis français qui, afin de pouvoir mettre en œuvre leurs projets d’aide en faveur des victimes vietnamiennes de l’agent orange, ont multiplié les initiatives pour lever des fonds. Pour eux, c’est un honneur de faire du volontariat pour soulager physiquement et moralement les victimes vietnamiennes.

Alain Bonnet, secrétaire général du Comité français du Village de l’amitié Van Canh a révélé la contribution de son organisation : «Le Comité français du Village de l’amitié finance pour partie le Village de l’amitié pour l’accueil de 120 enfants ou jeunes adultes et les 80 vétérans, tous victimes de l’agent orange. Nous faisons des propositions pour développer l’appareillage des enfants qui ont des problèmes moteurs. Nous avons proposé la création d’une piscine médicalisée il y a deux ans à l’occasion d’une réunion du comité international et cette piscine a été créée aujourd’hui. Elle va améliorer sensiblement le réappareillage, la rééducation des enfants qui ont des problèmes moteurs du fait de l’agent orange». Et d’ajouter que le Comité français du Village de l’amitié Van Canh a fait venir des jeunes volontaires français pour y effectuer un stage afin qu’ils soient sensibilisés par ce poison redoutable, qui aujourd’hui encore contamine la 4e génération.

Des organisations de toute taille participent à cette cause. Mais ce n’est pas leur taille qui compte, toute aide, toute contribution est appréciée par les victimes mais aussi par les autorités locales du Vietnam. C’est l’action elle-même qui a du sens.

L’opinion publique française soutient la lutte des victimes de l’agent orange ảnh 2Alain Bonnet, secrétaire général du Comité français du Village de l’amitié Van Canh. Photo: VNA

Pierric Le Neveu, président du Fonds d’alerte contre l’Agent Orange/Dioxine (FaAOD) nous a raconté son action d’une dimension encore modeste dans la province de Thanh Hoa en partenariat avec l’Association des victimes de l’agent orange locale (VAVA) : «Nous agissons par la mise en place de microcrédits à taux d’intérêt zéro qui permettent à des jeunes porteurs d’un handicap moyen - c’est-à-dire qui peuvent encore travailler - d’apprendre un métier. Les prêts de 350 euros par famille s’avèrent efficaces. Ils aident les familles victimes à créer, par exemple, un atelier de menuiserie, une scierie ou un élevage piscicole. Nous avons acheté aussi des vaches et des poissons afin de les redonner à d’autres familles. Ces métiers ont aidé ces jeunes à sortir de la situation dramatique dans laquelle ils étaient plongés, à retrouver une place dans la vie active et dans la société. Nous menons cette action depuis maintenant deux ans. Nous avons prêté assistance l’année dernière à six familles et à 12 cette année».

Retour sur la terre des ancêtres

Dans cette cause de sensibilisation de l’opinion publique, nous avons rencontré de nombreux résidents vietnamiens en France. Il y en a qui n’étaient pas nés et n’ont jamais vécu au Vietnam, mais c’est le sang qui coule dans leurs veines qui les font revenir au Vietnam, eux qui ne ménagent pas leurs efforts pour aider le pays de leurs ancêtres à panser les blessures de la guerre.

Chu Khac Thanh, président de l’Assocation des Vietnamiens du Laos en France (AVLF), nous a appris qu’il est né à Luang Prabang, au Laos, et s’est installé depuis longtemps en France. Il n’a jamais vécu au Vietnam mais se sent Vietnamien.

C’est avec émotion qu’il nous a relaté ses premières rencontres en 1994 avec les enfants atteints des maladies causées par l’agent orange dans le village Hoa Binh, district de Thanh Xuan, Hanoi. Cette image, gravée à jamais dans son esprit, lui a donné l’idée de créer des «Nuits fraternelles», une activité qui, à travers des soirées artistiques et dansantes, lui permet de collecter de l’argent pour mettre en œuvre des projets d’aide en faveur des enfants défavorisés au Vietnam.

Pour sa part, Dang Dinh Cung, de l’Association Vietnam, les enfants de la dioxine (VNED), a estimé que le nom de son association en dit long sur son but. Grâce aux dons de personnes charitables et d’organisations caritatives, chaque année, la VNED soutient environ 500 familles par le biais du financement d’opérations chirurgicales pour les enfants atteints de graves maladies, l’octroi de bourses aux jeunes gens ayant un handicap moyen, et l’accès à des microcrédits pour (re)lancer une production. «Nous nous associons à la VAVA et à la Croix-Rouge vietnamienne pour la réalisation des projets. Notre seul but, c’est de soulager la douleur des familles des victimes de l’agent orange», a-t-il affirmé.

Les voix qui se multiplient laissent entrevoir la formation d’un mouvement de soutien qui se répand en France en vue de venir en aide aux victimes de l’agent orange. Vis-à-vis du procès intenté par Mme Tran To Nga, les difficultés sont nombreuses dans l’immédiat, car les sociétés américaines ont créé un incident pour ralentir son déroulement. Cependant, le soutien et la solidarité du peuple vietnamien ainsi que des humanistes du monde entier constituent une source d’encouragement pour tous ceux qui s’engagent dans la lutte pour la justice des victimes de l’agent orange. -VNA

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