Les K’Ho de Lâm Dông, la tradition au service du tourisme

Le tourisme communautaire se développe dans les villages des K’Ho, dans la province de Lâm Dông (Hauts Plateaux du Centre). Leurs habitants mettent l’accent sur la diversification des produits touristiques
Lâm Dông (VNA) - Le tourisme communautaire se développe dans les villages des K’Ho, une ethnie minoritaire vivant essentiellement dans la province de Lâm Dông (Hauts Plateaux du Centre). Leurs habitants mettent l’accent sur la diversification des produits touristiques.
Les K’Ho de Lâm Dông, la tradition au service du tourisme ảnh 1Touristes étrangers au village de B’Nor C, province de Lâm Dông. Photo: CVN

Afin de découvrir la vie et la culture des minorités ethniques locales, les visiteurs choisissent plutôt les zones suburbaines de la ville de Dà Lat, dans le district de Lac Duong, au lieu des destinations habituelles du centre-ville.

Le village de B’Nor C, situé au pied du mont Lang Biang, en est un bon exemple. Il s’agit d’un petit village qui conserve les caractéristiques rustiques, simples et traditionnelles de ses habitants.

Si ce n’est pas la saison des récoltes, les femmes K’Ho tissent minutieusement le brocart dans les maisons de bois aux fenêtres colorées qui attirent l’œil. Lorsque les touristes visitent le village, elles les accueillent amicalement et n’oublient pas de leur présenter leurs produits textiles faits main.

Selon Ka Hen, âgée de 45 ans, "de nombreux voyageurs viennent ici pour chercher à comprendre voire apprendre le tissage de brocart. Nous leur parlons de notre métier et si quelqu’un veut acheter des articles, nous les vendrons sur place. Il s’agit d’une source de revenus supplémentaires pendant les périodes où nous ne travaillons pas dans les champs".

Promouvoir les produits locaux

Rolan Co Liêng, originaire de K’Ho et âgée de 33 ans, dirige une agence de voyages avec son époux américain Joshua Henry Guikema au village de B’Nor C. Elle y a créé une zone d’accueil touristique et d’exposition de produits à base de café Arabica, expliquant le processus de fabrication.
 
Parlant couramment l’anglais, Rolan accueille souvent des délégations étrangères dans son village. Sur place, la jeune femme leur explique la culture autochtone, la vie quotidienne et le métier de tissage de brocart de son ethnie. Après la présentation aux invités des spécialités locales, la visite se poursuit avec la découverte du village.

"Les voyageurs étrangers aiment connaître la culture locale et sont friands d’informations en tout genre. Je consacre ainsi beaucoup de temps à les emmener explorer notre village afin de leur présenter les caractéristiques des K’Ho. Il s’agit pour nous d’une manière spéciale de faire la promotion touristique de la région et du village", partage Rolan.

Après avoir cherché à comprendre le processus de production du café Arabica, de tissage de brocart du peuple K’Ho, ainsi que la culture traditionnelle locale, la touriste saïgonnaise Trân Thanh Hai se réjouit: "Je me suis rendue à Dà Lat plusieurs fois mais c’est la première fois que j’ai une expérience aussi intéressante. Les destinations telles que la vallée de l’Amour, le mont Lang Biang ou le lac des Soupirs sont toutes très populaires. La visite du village de B’Nor C m’a, quant à elle, montré qu’il y avait d’autres choses intéressantes à explorer à Dà Lat".

Le touriste australien Neil Summer, pour sa part, a grandement apprécié la visite de ce petit village K’Ho. Cela satisfait totalement son désir de découvrir la culture autochtone, lui permettant de mieux comprendre la vie quotidienne et spirituelle de cette minorité ethnique des Hauts Plateaux du Centre.

L’été dernier, Ngoc Nhiên et sa fille, originaires de la province de Cà Mau (extrême-Sud), se sont rendues à Dà Lat. Malgré leur court séjour, elles ont réservé une journée pour explorer les environs de la ville. Leur première destination a été le village de la minorité ethnique K’Ho dans la commune de Tà Nung. "Lorsque nous sommes arrivées au village, nous avons été immergées dans la culture locale. Les villageois sont très amicaux et ouverts. Les femmes ont même cueilli des mangues de leurs jardins pour nous les offrir. Nous en gardons un souvenir inoubliable", raconte Ngoc Nhiên.

D’après le Comité populaire de Lac Duong, 70% de la population de ce district est d’origine K’Ho. Ces derniers mettent un point d’honneur à la préservation de leur identité culturelle, notam-ment les spectacles de gong.

"C’est dans les années 1990 que les premiers groupes de joueurs de gongs ont été créés dans le district de Lac Duong. Désormais, il en existe dix, informe Cil Poh, vice-président du Comité populaire de ce district.
 
Coq géant en mémoire
Les K’Ho de Lâm Dông, la tradition au service du tourisme ảnh 2Le coq géant au village de K’Long, à Lâm Dông. Photo: ST/CVN
Non loin de Dà Lat, d’autres villages K’Ho sont également devenus des destinations prisées, à savoir le village de K’Long dans le district de Duc Trong, ou celui de Da Blah du district de Lac Duong, notamment.

À 20 km du centre-ville de Dà Lat, K’Long est célèbre pour sa statue de coq, la plus grande du Vietnam.

K’Long est un village de plus de 300 familles originaires des ethnies K’Ho et Chill, entre autres, qui ont la particularité d’être de filiation matrilinéaire. Celle-ci repose sur le principe que seule l’ascendance maternelle est prise en ligne de compte pour la transmission du nom, des privilèges et de l’appartenance à un clan. Notamment, c’est la femme qui formule la demande en mariage et qui apporte les cadeaux de noces à la famille du futur époux. Les cadeaux de mariage comprennent cinq buffles, cinq coqs et vingt sarongs.

Dans le folklore populaire, il existe une légende locale transmise de génération en génération et de village en village. Elle raconte l’histoire d’amour d’un jeune couple dont la femme avait pour mission, outre d’offrir les cinq buffles et les vingt sarongs, de chercher un coq à neuf ergots à donner à la famille de son futur époux. La jeune femme se lança dans cette quête sans fin à travers les bois où elle finit par périr. Pendant deux ans, son amoureux partit à sa recherche. En vain! Totalement brisé, il enfouit son histoire d’amour dans le fond de son cœur et continua à vivre toute sa vie avec cette blessure profonde qui jamais ne cicatrisât.
 
Cette malheureuse histoire poussa les villageois à construire une entité symbolique. C’est ainsi qu’ils tressèrent un coq à neufs ergots à base de bambou, de feuilles et d’herbe.

Mais, c’est en 1978 que l’architecte Lu Truc Phuong, touché par l’histoire, décide de construire une statue du coq à neuf ergots. Cette œuvre pèse près de 8 tonnes, mesure 3,2 m de haut et est érigée sur une butte de terre située au centre du village.

Aujourd’hui, K’Long est surnommé "le village du coq". Ce monument suscite la curiosité de nombreux visiteurs et chaque jour, deux à trois bus de touristes s’arrêtent au pied du chef-d’œuvre.

Toutefois, la statue n’est pas la seule attraction de la localité. Afin d’accueillir les voyageurs, une zone d’exposition et de vente des articles, de 400 m², a vu le jour.

D’après Ka Dông, âgée de 38 ans, qui pratique le tissage depuis plusieurs dizaines d’années, lors de la saison sèche, K’Long attire un grand nombre de touristes. "Nous (les villageois) leur présentons la tradition et le processus de fabrication des articles de brocart en espérant ainsi que notre métier se développera davantage", dit-elle. – CVN/VNA

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