Hanoi (VNA) - La province de Bac Ninh consacrera 5,24 millions de dollars à faire retirer l’art des estampes populaires de Dông Hô de la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente, pour l’ajouter la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Un projet de préservation et de promotion de cet artisanat, doté d’un budget total de plus de 137 milliards de dôngs (5,24 millions de dollars), a été approuvé ; sa réalisation est prévue pour 2040.
Dans le quartier de Thuân Thành, au sein de la province, les estampes de Dông Hô possèdent une histoire longue d’environ 500 ans. Contrairement à bien d’autres formes d’art, la valeur de ces images populaires réside dans le savoir-faire traditionnel incarné par les techniques d’impression manuelle à la planche de bois ; celles-ci utilisent du papier dó, fait à partir d’écorce d’un arbre tropical appelé «rhamnoneuron», enduit de nacre (diêp), ainsi que des pigments naturels issus de plantes et de minéraux.
Chaque peinture ne constitue pas seulement une œuvre d’art ; elle raconte également une histoire qui reflète les aspirations, la mentalité et la vie spirituelle du peuple vietnamien à travers les générations.
Parmi les œuvres classiques les plus célèbres, on compte «Dám cuoi chuôt» (Mariage de rats), «Vinh hoa - Phu quy» (Gloire et prospérité), et «Muc dông thôi sao» (Jeune gardien de buffle jouant de la flûte).
Cependant, en raison de l’évolution rapide des goûts et de la demande du marché, les estampes populaires de Dông Hô ne jouissent plus de la même popularité qu’autrefois.
Cette situation a entraîné une chute spectaculaire du nombre d’artisans qualifiés et une réduction de l’espace dévolu à cet artisanat traditionnel, menaçant cet art de disparition.
Dans le contexte de l’essor industriel rapide, l’apparition d’imitations, d’impressions industrielles produites en série et de créations générées par l’IA fait peser une menace directe sur les estampes de Dông Hô authentiques et sur les artisans qui les réalisent.
Les peintures populaires de Dông Hô ont été officiellement inscrites sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’UNESCO en 2025.
Par conséquent, leur préservation est devenue une priorité, les responsables de la culture et d’autres acteurs œuvrant à la sauvegarde de ce précieux patrimoine national.
Dans le cadre de ce projet, d’ici 2035, 100% des artisans et des personnes contribuant à la protection, à la préservation et à la transmission de cet artisanat aux générations futures seront reconnus et pourront bénéficier d’un soutien.
Un comité de gestion sera mis en place pour le village artisanal, tandis que les installations, les équipements et les espaces d’exposition du Centre de conservation des estampes populaires de Dông Hô seront modernisés.
Les techniques de peinture et les procédés de fabrication seront normalisés ; par ailleurs, un travail d’inventaire, de documentation et de numérisation des ressources liées à cet artisanat sera entrepris.
La mise en place d’un système complet de gestion et d’archivage des données relatives à ces peintures est en cours d’accélération.
Des innovations scientifiques et technologiques seront également mises à profit pour préserver les planches d’impression et les œuvres elles-mêmes. L’ensemble du processus technique et tous les supports visuels — en particulier les planches en bois séculaires — ont fait l’objet d’une documentation rigoureuse.
Les autorités provinciales renforcent les contrôles et la surveillance du marché afin d’empêcher que des œuvres de piètre qualité, générées par intelligence artificielle ou imprimées mécaniquement, ne soient présentées comme d’authentiques estampes de Dông Hô.
Le recours aux technologies modernes doit aller de pair avec la garantie de l’authenticité de l’artisanat et la préservation de l’essence même des peintures à base de poudre de coquillages.
Outre la numérisation des activités de gestion, des travaux seront menés pour restaurer les espaces traditionnels dédiés à la peinture.
Un projet sera lancé pour créer un espace d’exposition créatif, améliorer le cadre paysager du village artisanal et garantir un approvisionnement stable en matières premières naturelles, telles que le papier dó, les coquillages et les fleurs de sophora du Japon (utilisées pour obtenir la couleur jaune traditionnelle de ces peintures).
De nombreux jeunes artistes s’intéressent depuis peu aux efforts de préservation et de promotion des estampes populaires de Dông Hô. Ils contribuent à transformer ce patrimoine en un atout, faisant de cet art un élément clé de l’économie créative.
Grâce à leur travail, les motifs et dessins caractéristiques des peintures de Dông Hô sont désormais intégrés à la mode contemporaine, aux emballages cadeaux et à la céramique d’art. Cette démarche, conjuguée à l’utilisation de l’impression 3D et de l’art d’installation, crée des expériences visuelles inédites, facilitant ainsi l’appropriation de ce patrimoine par les jeunes générations.
Le projet de préservation vise également à faire des estampes de Dông Hô un produit unique en son genre et à transformer le village artisanal en une destination attrayante pour les visiteurs.
L’objectif est d’attirer environ 10.000 touristes, dont 30% étrangers, pour visiter le village, s’initier au processus de création des peintures et acheter des souvenirs dans le cadre de circuits organisés.
Ces visites permettraient non seulement de populariser ces peintures, mais aussi de créer des emplois pour les habitants tout en générant des revenus directement réinvestis dans les efforts de préservation. — VNA