Ce premier semestre, le Vietnam bénéficie d’une croissance économique régulière de 5,18% et une augmentation réduite de 1,38% des prix. Entretien avec Vo Tri Thành, chef adjoint de l’Institut centraldes études et de la gestion économique.

Quel est le tableau de l’économie vietnamienne à l’issue des six premiers mois ?

En deux mots, la production comme le commerce de biens et de services s’améliorent, en particulier dans l’industrie de la transformation. Ensuite, la situation est positive en termes de fondamentaux macroéconomiques puisque, en dehors d’une croissance satisfaisante, l’inflation est relativement faible et stable, notre balance des paiements se stabilise, et les réserves nationales de devises ont fortement augmenté pour atteindre 35 mil-liards de dollars.

Une progression des prix de 1,38%, le taux le plus bas de ces 13 dernières années, est-il un bon signe ?

L’inflation est l’un des grands indicateurs macroéconomiques, et l’avoir ramenée aux alentours de 5% par an au lieu des 20% d’il y a quelques années, peut être considéré comme un réel succès. Maintenant, une inflation de 5% à 6% durant une longue période et dans des conditions normales est une bonne chose. Mais en cas de variation macroéconomique trop importante, il faudra pendre des mesures de correction, notamment en jouant sur le taux d’inflation. Ensuite, il faut également veiller à ce que celui-ci ne continue pas de descendre ou de descendre trop vite afin de ne pas se retrouver dans une situation de sous-inflation, voire de déflation...

Compte tenu de ce tableau semestriel comme de la conjoncture économique dans le monde, y a-t-il des changements dans la politique économique du gouvernement pour ce second semestre ?

Juste une correction. De manière générale, les objectifs nationaux de stabilisation de nos fondamentaux macroéconomiques et de relance économique demeurent et, pour y parvenir, nous faisons davantage d’efforts au niveau de la restructuration de notre économie comme de son ouverture au monde.

En revanche, ce premier semestre, la croissance du crédit s’est avérée faible, de sorte que nous avons demandé à l’Assemblée nationale de relever le plafond du déficit public à 5,3% au lieu des 4,8% prévus, ainsi qu’une nouvelle émission d’obligations du Trésor de 170.000 milliards de dôngs, soit l’équivalent de 8 milliards de dollars. Les capitaux ainsi mobilisés, qui seront investis dans nos infrastructures de 2014 à 2016 conformément aux planifications arrêtées, alimenteront notre économie. Par ailleurs, l’aide financière ponctuelle mais conséquente que nous venons d’accorder aux pêcheurs pour développer le segment de la pêche hauturière soutiendra notre économie sur le court comme sur le long terme...

De fait, le plus important en l’état est d’abord de faire en sorte de relancer la consommation domestique, ce qui implique de redonner confiance aux ménages, puis de soutenir l’activité industrielle et commerciale et, enfin, de veiller à assurer un bon environnement aux investisseurs domestiques comme étrangers.

Comment évoluera la situation d’ici la fin de l’année ?

Le gouvernement a décidé de ne pas revoir, sous réserve de ce qui précède, les principaux objectifs annuels assignés par l’Assemblée nationale, pour mémoire, une croissance de 5,8% et une inflation de 7% au plus. Nous sommes désormais certains d’atteindre notre objectif en termes d’inflation. En revanche, s’agissant de la croissance, cela reste à voir et il y a selon moi encore des efforts d’ici la fin de l’année. En effet, les dernières prévisions de la Banque mondiale font état d’une prévision de 5,5% pour l’année, celles du Comité national de surveillance financière de l’ordre de 5,6% en tenant compte de l’évolution des relations économiques avec la Chine en suite des récents évènements survenus en Mer Orientale.

Pour ma part, et pour conclure, je souhaite vivement que nous puissions très prochainement signer les importants accords de commerce international qui sont toujours en négociation. Je pense en particulier au Partenariat transpacifique, à l’accord de partenariat économique intégral régional et à l’accord de libre-échange Vietnam-Union européenne. Une fois en vigueur, ils nous assureront une réelle reprise économique et de belles perspectives de croissance soutenue et stable pour les années à venir.

Regard rétrospectif sur l’économie de ce 1er semestre

La croissance du PIB a été supérieure à celle des premiers semestres de 2012 et 2013, 5,18% contre 4,93 et 4,9%. La progression des prix est moindre avec 1,38% au lieu de 2,4% et de 2,52%. Les trois principaux secteurs de l’économie vietnamienne, agriculture lato sensu, industrie et construction, et secteur tertiaire, évoluent de manière satisfaisante. C’est une tendance positive, qui suit celle d’autres pays du monde mais de manière plus marquée bien sûr. Le tertiaire contribue activement à la relance de l’économie nationale. Pour atteindre notre objectif annuel de croissance de 5,8%, des mesures énergiques doivent être prises, et nous devons faire des progrès conséquents dans le règlement des dettes douteuses de notre système bancaire comme dans la diminution des stocks des entreprises, ainsi que dans l’amélioration de notre environnement d’investissement. -VNA