Le capital humain définit l’ambition économique du Vietnam à l’horizon 2045

Le Vietnam bénéficie déjà d’une démographie favorable, mais le facteur déterminant sera l’efficacité avec laquelle il exploitera son capital humain et physique.

Dà Nang possède des atouts indéniables pour devenir un centre financier international. Photo: VOV
Dà Nang possède des atouts indéniables pour devenir un centre financier international. Photo: VOV

Hanoi (VNA) – L’ambition du Vietnam de devenir une économie à revenu élevé d’ici 2045 nécessitera une transformation profonde de son modèle de croissance, passant de la simple croissance par l’échelle et l’efficacité à une croissance axée sur l’innovation, la qualité du leadership et la solidité des institutions, a déclaré un expert de l’Université nationale de Singapour (NUS).

Le professeur Andrew K. Rose, doyen de la NUS Business School, a affirmé que la trajectoire à long terme du pays repose sur sa capacité à repenser la croissance, en passant d’une logique de taille à une logique de compétences, à un moment où son économie se complexifie.

« Pour maintenir une forte croissance au cours des deux prochaines décennies, le Vietnam devra dépasser les simples gains d’échelle et d’efficacité et investir davantage dans l’innovation », a déclaré Rose, soulignant le besoin de dirigeants et d’institutions de qualité, capables de soutenir la productivité et la compétitivité à long terme.

Le Vietnam s’est fixé une vision ambitieuse pour 2045, impliquant une multiplication par cinq de son produit intérieur brut (PIB) en deux décennies. Cette trajectoire nécessiterait des taux de croissance d’environ 10% la première décennie et d’environ 7% la suivante, une progression sans précédent à l’échelle internationale.

Or, les fondamentaux actuels révèlent des contraintes structurelles, notamment en matière de capital humain et de capacité d’innovation. Les dépenses de recherche et développement (R&D) restent à environ 0,5% du PIB, bien en deçà de la moyenne mondiale, limitant ainsi la capacité de l’économie à monter en gamme.

Rose a noté que le Vietnam a su bâtir une économie tournée vers l’exportation, capable de produire des biens et des services à grande échelle pour les marchés nationaux et internationaux. La prochaine étape exigera toutefois une transition vers la conception, l’innovation et la création de nouveaux produits. L’expérience internationale montre que la technologie, l’innovation appliquée et les compétences en gestion sont essentielles à une telle transformation.

La démographie confère au Vietnam un atout majeur, mais temporaire. Avec une population relativement jeune comparée à ses voisins régionaux et à la plupart des économies avancées, le pays bénéficie d’un dividende démographique susceptible de soutenir sa croissance pendant des décennies.

Toutefois, Rose a souligné que la démographie à elle seule ne suffit pas. « Le Vietnam dispose d’une opportunité unique. Mais la capacité de cet avantage démographique à se traduire par des gains économiques durables dépend d’investissements soutenus dans les compétences, le leadership et la productivité », a-t-il déclaré.

Actuellement, seulement 29% environ de la population active a reçu une formation formelle, tandis qu’environ 1,6 million de jeunes ne sont ni en études, ni en emploi, ni en formation.

Si l’allongement de la vie active peut accroître l’offre de main-d’œuvre, les gains de productivité dépendront de l’amélioration des compétences, notamment numériques, de l’application des technologies et du leadership.

Le capital humain, a affirmé Rose, est le pilier de la compétitivité du secteur privé. Les entreprises privées vietnamiennes ont jusqu’à présent su tirer parti de leurs avantages en termes de coûts, mais la hausse des revenus et la concurrence mondiale exigeront des fondements différents.

« À terme, les entreprises devront davantage miser sur la qualité du leadership, la richesse des talents et la capacité d’innover et de se développer dans un environnement mondial très complexe », a-t-il conclu.

Dans ce contexte, la NUS Business School se positionne comme un partenaire de long terme pour le Vietnam en matière de connaissances, notamment pour le développement du leadership et des compétences managériales. Selon M. Rose, le rôle de l’université dépasse le cadre de la formation diplômante et s’étend à la formation continue des cadres et à l’apprentissage tout au long de la vie.

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Délégués lors de la rencontre avec le professeur Andrew K. Rose et la NUS Business School à Hanoi, le 15 janvier. Photo fournie par l’organisateur

« Nous sommes prêts à participer au processus de formation afin que les ressources humaines vietnamiennes puissent pleinement exploiter leurs connaissances et leurs compétences», a affirmé Rose, soulignant que les formations courtes et les programmes pour cadres permettent aux managers et aux professionnels d’assimiler rapidement les meilleures pratiques mondiales en finance, en management et en innovation.

Cette priorité est en accord avec la Résolution 68, qui identifie les ressources humaines et le leadership comme des éléments essentiels à la compétitivité future du secteur privé vietnamien. Cette politique privilégie une éducation de haute qualité, la formation menée par les entreprises, les incitations fiscales à la requalification et les programmes de développement du leadership à grande échelle, y compris des initiatives visant à former des milliers de dirigeants.

Le rôle du capital humain est particulièrement crucial pour le plan du Vietnam visant à établir des centres financiers internationaux à Hô Chi Minh-Ville et à Dà Nang. Rose a souligné que de tels centres ne peuvent réussir sur la seule base de mesures politiques.

« Premièrement, il faut un engagement officiel très ferme des autorités», a-t-il déclaré. « Mais le deuxième ingrédient essentiel, ce sont les personnes. Il faut un grand nombre de professionnels hautement qualifiés qui souhaitent réellement y travailler et y vivre. »

À l’échelle mondiale, seule une poignée de centres financiers internationaux ont réussi, principalement grâce à la combinaison de cadres réglementaires solides, d’emplois de qualité, de salaires compétitifs et d’un cadre de vie attractif.

Pour Hô Chi Minh-Ville et Dà Nang, cela implique de développer non seulement une infrastructure financière et une sécurité juridique, mais aussi des infrastructures de classe mondiale et un vivier important de talents dans les domaines de la finance, du management et de l’innovation.

Rose a également souligné l’importance des pôles de recherche et développement, où universités, gouvernement et secteur privé interagissent. S’appuyant sur des exemples de la Silicon Valley, de Boston et des principaux pôles européens, il a souligné que les écosystèmes d’innovation performants associent généralement la recherche fondamentale financée par des fonds publics à la recherche appliquée menée par des entreprises qui transforment les idées en produits et services commercialisables.

« Pour dynamiser la recherche et le développement, il faut développer les composantes d’un cluster, avec à la fois la recherche fondamentale et un secteur privé dynamique qui transforme les connaissances en opportunités lucratives », a-t-il déclaré.

D’un point de vue macroéconomique, Rose a articulé l’ambition du Vietnam pour 2045 autour de trois moteurs de croissance durables : le capital humain, le capital physique et la productivité. Le Vietnam bénéficie déjà d’une démographie favorable, mais le facteur déterminant sera l’efficacité avec laquelle il exploitera son capital humain et physique. – VNA

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