Pretoria (VNA) - Parmi les nombreux symboles qui incarnent le Nouvel An lunaire au Vietnam, le "bánh chưng" – gâteau traditionnel de riz gluant du Têt – s’impose comme une empreinte mémorielle profondément ancrée dans la conscience collective. Bien plus qu’un simple mets festif, il incarne les racines culturelles de la nation et reflète une conception harmonieuse de l’univers, où le ciel et la terre s’unissent à travers les dons généreux de la nature. C’est pourquoi le "bánh chưng" demeure indissociable du Têt et des instants précieux de retrouvailles familiales qui marquent chaque retour du printemps.
De forme parfaitement carrée, enveloppé avec soin dans des feuilles de "dong" bien vertes, le "bánh chưng" renferme en son cœur du riz gluant d'un blanc pur, des haricots mungo jaunes et de la viande de porc rosée. Cette savante fusion de couleurs évoque symboliquement la terre, la végétation luxuriante et l'idée de l'abondance. Selon les conceptions transmises par les anciens, la forme carrée symbolise la Terre, exprimant ainsi le souhait profond d'une année marquée par une météo clémente et des récoltes particulièrement généreuses. Par conséquent, ce gâteau dépasse largement sa fonction nutritive pour revêtir une signification sacrée dans la vie spirituelle et le culte des ancêtres.
À l’approche du Têt, lorsque l’atmosphère festive envahit peu à peu chaque ruelle, l’image d’une famille réunie pour la préparation du "bánh chưng" demeure un souvenir impérissable pour de nombreuses générations. Certains lavent les feuilles, d’autres rincent le riz ou découpent la viande, tandis que les enfants observent avec émerveillement les gestes précis des adultes pliant les feuilles avec une rigueur presque géométrique. La cuisson nocturne, qui s’étire durant de longues heures, devient alors un moment privilégié pour échanger des récits, partager les rires et resserrer les liens affectifs. La marmite de "bánh chưng" diffuse non seulement le parfum subtil du riz gluant, mais aussi une chaleur humaine profonde et réconfortante.
De nos jours, bien que les impératifs de la vie moderne poussent de nombreuses personnes à privilégier l'achat de gâteaux prêts à consommer, la valeur symbolique du "bánh chưng" vert ne s’est absolument pas affaiblie. Qu’il soit confectionné de manière artisanale ou issu d'une production plus industrielle, ce gâteau conserve intégralement sa saveur d’origine, d’une texture à la fois doussaire et parfumée, qui rappelle sans cesse le pays natal et les moments inoubliables de retrouvailles familiales.
Le "bánh chưng" accompagne également les Vietnamiens bien au-delà des frontières nationales, jusqu’aux cinq continents. À l’étranger, les séances de confection se transforment en véritables fêtes communautaires. À des milliers de kilomètres du pays ancestral, à Pretoria, sous le soleil de l’Afrique du Sud, les expatriés continuent de préserver l’âme du Têt traditionnel. La cuisine commune de l’ambassade du Vietnam s’anime alors de conversations chaleureuses et de rires, tandis que diplomates, personnels de l’attaché de défense, du service commercial et de l’Agence vietnamienne d’information se rassemblent avec enthousiasme pour préparer les festivités destinées à leurs compatriotes.
Thuy Nga, épouse d'un cadre d'une agence de représentation, confie avec émotion que confectionner le "bánh chưng" en Afrique du Sud dépasse le simple geste culinaire. C’est une manière de renouer avec ses racines et de préserver l’âme nationale sous le ciel de l’hémisphère Sud.
Chaque gâteau devient un murmure rappelant que la Patrie vit dans chaque grain de riz, chaque lien de bambou, chaque goutte de sueur et chaque sourire partagé. Lorsque les gâteaux sont enfin retirés de l’eau, leur parfum caractéristique envahit l’espace, annonçant que le Têt est tout proche. Quelle que soit la distance géographique, tant que les traditions sont entretenues avec respect, la terre natale demeure présente dans chaque bouchée de "bánh chưng".- VNA