Laque et identité culturelle

Par rapport à ses homologues d’Asie, la laque vietnamienne a ses spécificités. Plusieurs générations d’artisans vietnamiens en ont hérité et ne cessent de créer des trésors afin d’en faire une nouvelle mat
Laque et identité culturelle ảnh 1La laque, un travail traditionnel et artisanal.

Hanoï, 5 août (VNA) - Par rapport à ses homologues d’Asie, la laque vietnamienne a ses spécificités. Plusieurs générations d’artisans vietnamiens en ont hérité et ne cessent de créer des trésors afin d’en faire une nouvelle matière originale en peinture.

Depuis plusieurs années, en particulier depuis l’invasion du mode de vie occidental dans le sillage de l’adoption de l’économie de marché, deux problèmes majeurs préoccupent les travailleurs culturels, notamment les chercheurs en sciences humaines, au Vietnam.

Comment préserver l’identité culturelle vietnamienne qui a motivé deux guerres de résistance en 30 ans ? Comment s’ouvrir aux cultures de l’Occident sans perdre cette identité ? Autrement dit, comment concilier tradition et modernité, l’Est et l’Ouest ?

Le deuxième problème embarrasse beaucoup les écrivains et les artistes dont les débats animés au cours de multiples colloques et symposiums ne sont pas arrivés à réaliser l’unanimité des vues. Et c’est tant mieux.

Je suis enclin à croire que ce problème se pose à toute culture, en tout temps, car même les cultures paléolithiques et néolithiques devaient évoluer, changer, c’est-à-dire se moderniser, si on peut anticiper ce terme. Pour persister, tout en gardant son substrat, toute réalisation culturelle doit suivre un processus évolutif soumis aux facteurs endogènes et exogènes.

Concernant la culture vietnamienne, je voudrais prendre comme exemple l’art de la laque.

De la tradition…

On prépare la laque à partir de la sève du laquier qui pousse dans la moyenne région du Nord, en particulier dans la province de Phú Tho, berceau de la culture Viêt de Dông Son qui avait fleuri pendant l’âge du bronze. Le liquide obtenu par incision de l’arbre est transparent. Traité, il a la couleur noire (son then) ou la couleur brune "aile de cancrelat" (cánh gián).

Les fouilles archéologiques, depuis 1961, ont révélé dans les cercueils en forme de barque, appartenant aux tombeaux anciens, des objets en bois ou en cuir laqués, et même des outils pour le travail de la laque. Elles prouvent la naissance de cette industrie primitive au IVe siècle av. J.-C. dans le delta du Nord. Les objets, peu nombreux et peu variés, étaient surtout enfouis avec les morts.

Pendant la longue période de domination chinoise (en particulier du Ier siècle au Xe siècle), nous ne possédons aucun document sur la fabrication de la laque vietnamienne. Du XIe au XVe siècles, sous les premières grandes dynasties royales du Vietnam (Lý et Trân), cet artisanat de nouveau laisse des traces visibles, quoique peu nombreuses (à travers les archives, objets de culte, objets enterrés avec les morts).

C’est entre les XVIIe et XIXe siècles que la laque vietnamienne a connu un plein essor, surtout au service de la religion (décoration architecturale, statues, palanquins, panneaux latéraux et verticaux, colonnes...). Elle contribuait également à la momification des moines bouddhiques ; la pagode Đậu (district de Thuong Tín, en banlieue de Hanoï) recèle deux momies de bonzes en position assise de méditation dhyaniste, laquées rouge et or (XVIIe-XVIIIe siècles).

Héritant de l’industrie de Dông Son (Ier millénaire av. J.-C.), la laque vietnamienne de la période XVIIe-XIXe siècles a su assimiler les apports chinois. Elle a amélioré sa technique pour permettre aux objets laqués de résister au climat tropical rigoureux et élargir son éventail de supports (laque sur bois, cuir, terre, pierre, cuivre, rotin, bambou fumé...). Les articles d’usage quotidien sont assez restreints et le gros de la production est réservé aux religions et croyances.

… à la contemporanéité

Cet art traditionnel s’est perpétué avec les mêmes tendances sous la domination française dans les villages du delta du Nord. Dans la première moitié du XXe siècle, les bibelots et autres objets décoratifs laqués au service de la vie profane (boîtes, vases, paravents...) se sont multipliés dans les centres urbains.

La laque vietnamienne s’est renouvelée dans les années 1920-1930 au contact de l’art occidental introduit par les Français par le canal de l’École supérieure des beaux-arts de l’Indochine, ouverte en 1925. L’artisanat ancien (dont on avait même perdu bien des secrets) essentiellement décoratif s’est mué en un art moderne, un art véritable, capable d’exprimer toutes les nuances de sentiments et de pensées. L’École des laqueurs de Hanoï a fait ainsi son apparition grâce aux efforts des jeunes étudiants vietnamiens de cet établissement. Ceux-ci ont découvert la technique de la laque poncée, enrichi la matière, les couleurs, les sujets, le style.

La laque vietnamienne moderne, partie d’une tradition plurimillénaire et du fruit de plusieurs acculturations, pourrait donner un exemple de fidélité à l’identité culturelle nationale, fidélité si on peut dire dynamique et évolutive. Plusieurs villages de la banlieue hanoïenne pratiquent la laque. -CVN/VNA

Voir plus

L’exposition rassemble plus de 100 objets et ensembles d’objets datant de la dynastie des Nguyen, issus de 23 collections privées. Photo: VNA

La ville de Hue présente au public de précieux trésors de la Cour impériale

Réunissant plus de 100 objets d’exception issus de collections privées et du Musée des antiquités royales de Hue, l’exposition « Héritage impérial – L’excellence réunie » met en lumière le raffinement artistique et le patrimoine de la dynastie des Nguyen. Elle se tient jusqu’au 9 octobre au palais Long An, dans l’ancienne cité impériale de Hue.

Représentation de musique traditionnelle vietnamienne au Temple de la Littérature. Photo: VNA

L’art, un vecteur de rayonnement pour le patrimoine

Les sites patrimoniaux vietnamiens accueillent de plus en plus d'expositions, de concerts et de spectacles immersifs. En conciliant création artistique et mise en valeur des monuments, ces initiatives renouvellent l’expérience des visiteurs, attirent de nouveaux publics et offrent une nouvelle lecture du patrimoine, tout en rappelant la nécessité de préserver son authenticité.

L'équipe masculine vietnamienne de kumite rafle la médaille d'or aux 13èmes Championnats de karaté d'Asie du Sud-Est. Photo : AKF

Karaté : Le Vietnam confirme sa domination en Asie du Sud-Est

Les 13es Championnats de karaté d’Asie du Sud-Est se sont achevés dimanche 12 juillet en apothéose pour l'équipe vietnamienne. Avec 29 médailles d’or, 31 d’argent et 27 de bronze, le Vietnam s’affirme comme la première puissance régionale du karaté.

Le Portugal remporte le Festival international de feux d'artifice de Da Nang 2026. Photo: VNA

Le Portugal remporte le Festival international de feux d'artifice de Da Nang 2026

Le Portugal a remporté le premier prix du Festival international de feux d'artifice de Da Nang (DIFF) 2026, dont la finale s'est tenue le 11 juillet au soir. Cette édition, marquée par une affluence record et un fort engouement touristique, a confirmé le statut du DIFF comme l'un des événements culturels et touristiques majeurs du Vietnam.

Héritiers et créateurs : la jeunesse vietnamienne au cœur du renouveau culturel

Héritiers et créateurs : la jeunesse vietnamienne au cœur du renouveau culturel

Depuis la publication de la Résolution n° 80-NQ/TW sur le développement de la culture vietnamienne, les grandes orientations et les objectifs fixés commencent progressivement à se traduire dans la réalité sociale. Au cœur de cette dynamique, les jeunes générations jouent un rôle de plus en plus important dans la préservation, la transmission et la valorisation du patrimoine culturel national, faisant de la culture un vecteur d’identité et de créativité pour l’avenir.

Des artistes participent aux célébrations de la fête nationale (2 septembre) l'année dernière. Photo : VNA

La Résolution n° 80-NQ/TW : une feuille de route historique pour la renaissance culturelle du Vietnam

la Résolution n° 80-NQ/TW vise à conférer à la culture un rôle central dans la société, à la fois comme puissance douce influençant les comportements et comme levier de développement transformant les valeurs en capacités nationales. C’est à cette condition que ses objectifs dépasseront le cadre théorique pour devenir une réalité tangible, contribuant à bâtir un Vietnam à la fois dynamique et durable dans la nouvelle ère.

Le Festival Vietnam-Japon 2026 s'est ouvert le 9 juillet à Da Nang. Photo: VNA

Le Festival Vietnam-Japon 2026 de Da Nang célèbre les liens d’amitié et de coopération bilatérale

Le Festival Vietnam-Japon 2026 s'est ouvert le 9 juillet à Da Nang, avec pour objectif de renforcer les échanges culturels et la coopération entre la ville et ses partenaires japonais. Pendant quatre jours, l'événement met en avant les relations de partenariat stratégique global entre les deux pays à travers des activités culturelles, économiques et d'investissement.

Des convives participent à la préparation de rouleaux de pho lors de l’événement. Photo : VNA

À Vienne, le pho raconte l’âme du Vietnam

À Vienne, le pho s’est imposé comme un véritable ambassadeur culturel, illustrant le savoir-faire culinaire vietnamien et son pouvoir de rassembler au-delà des frontières.

Le cirque polyvalent de Phu Tho devrait devenir un lieu incontournable de la vie nocturne d'Hô Chi Minh-Ville. Photo : VNA

Hô Chi Minh-Ville mise sur l’économie nocturne et les industries culturelles pour accélérer sa transformation

Dans un contexte mondial où l’économie créative s’impose comme un nouveau moteur de croissance, l’association étroite entre le développement des industries culturelles et les activités nocturnes ne constitue pas une simple solution ponctuelle destinée à stimuler la consommation. Elle représente une véritable stratégie à long terme visant à renforcer le « pouvoir de séduction » de la métropole et à transformer la structure économique de la ville la plus dynamique du pays.

Littérature gravée sur l’architecture de la porte du Midi (Ngo Môn), porte principale de la Cité impériale considérée comme le symbole de Huê. Photo : qdnd.vn

Les ressources humaines, fondement de la promotion du patrimoine documentaire

Contrairement aux vestiges ou aux artefacts, le patrimoine documentaire renferme des informations originales reflétant l’histoire, la culture, la science et la vie sociale à travers de nombreuses périodes, sous forme de documents administratifs, de manuscrits anciens, de cartes, d’images ou de données électroniques. La valeur du patrimoine réside non seulement dans son authenticité, mais aussi dans son caractère unique, son intégrité et son rayonnement.