Hanoi (VNA) – Situé au cœur du parc national de Cuc Phuong, dans la province de Ninh Binh (Nord), le Centre de sauvetage des primates en voie de disparition (EPRC) est l’un des plus grands établissements du Vietnam dédiés à l’accueil, aux soins et à la réhabilitation des primates sauvages secourus.
Sur les traces du langur à croupion blanc à partir d’une image de timbre
Le langur à croupion blanc figure parmi les primates les plus rares au monde. Cette espèce n’est présente que dans une aire de répartition extrêmement restreinte du nord du Vietnam.
Elle a été décrite pour la première fois en 1930 par le zoologiste français Jean Delacour, à l’occasion d’une expédition scientifique.
Selon les archives du parc national de Cuc Phuong, la représentation d’un langur figurant sur un timbre-poste émis par la Poste vietnamienne en 1965 a conduit, en 1987, le primatologue polonais Radoslaw Ratajszczak à entreprendre une enquête de terrain au sein du parc.
Au cours de deux campagnes d'observation, il a enregistré les cris caractéristiques de l'espèce, confirmant ainsi la présence du langur à croupion blanc dans la forêt de Cuc Phuong.
Par la suite, les scientifiques du parc ont élargi les investigations et observé sept individus sur les falaises de la zone protégée.
À peu près à la même époque, le parc national de Cuc Phuong a également reçu deux langurs à croupion blanc saisis dans le cadre d'affaires de trafic illégal d'espèces sauvages.
Fondé en 1993, l'EPRC se concentre sur le sauvetage, la réhabilitation, la reproduction, la recherche et la conservation de ces espèces de primates en danger.
Le langur à croupion blanc est une espèce endémique du Vietnam, découverte pour la première fois dans le parc national de Cuc Phuong et choisie comme espèce emblématique de cette aire protégée.
Selon les estimations récentes, la population sauvage de langurs à croupion blanc compte environ 200 individus, ce qui en fait une espèce prioritaire dans les programmes nationaux de conservation.
Conformément aux systèmes de classification et aux cadres réglementaires en matière de conservation, le langur à croupion blanc est classé « En danger » (EN) dans le Livre rouge du Vietnam (2007) ; il figure à l’Annexe I de la Convention CITES (2023) et relève du groupe IB, regroupant les espèces sauvages rares, précieuses et strictement protégées en vertu du décret 84/2021/ND-CP.
Un « refuge sécurisé » pour les primates
Non loin des installations dédiées au langur à croupion blanc, le douc à pattes rouges figure également parmi les espèces emblématiques du Vietnam actuellement étudiées et protégées.
Le douc à pattes rouges est souvent surnommé la « reine des primates ». À l’instar de nombreux autres langurs, il vit en groupes composés généralement de trois à huit individus, sous l’autorité d’un seul mâle adulte dominant qui régit l’ensemble des activités du groupe.
Actuellement, l’EPRC prend en charge environ 220 primates appartenant à 14 espèces différentes, toutes inscrites sur les listes de conservation et considérées comme rares et menacées, nécessitant une protection prioritaire.
Au Centre, chaque enclos est doté d’un panneau d’information individuel précisant le nom de l’animal, sa date d’admission et le code de gestion de l’installation.
Les enclos sont conçus de manière flexible afin de répondre aux différents besoins écologiques de chaque espèce de primate.
Pour les espèces qui préfèrent les températures élevées, le Centre a aménagé des salles chauffées afin de maintenir une température stable par temps froid ou en cas de variations de température.
La majorité des individus accueillis sont des victimes directes du trafic illégal d’animaux sauvages, détectées et saisies par les forces de protection forestière.
Nombre d'entre eux souffrent de graves blessures et présentent des troubles du comportement dus à une captivité et une exploitation prolongées.
Chaque jour, le personnel du Centre collecte environ 400 kg de feuillage provenant de plus de 100 espèces végétales forestières afin d’assurer l’alimentation des primates.
Selon leurs caractéristiques biologiques, beaucoup d’espèces se nourrissent principalement de feuilles fraiches, d’écorce et de sève, complétées par des aliments tels que le pamplemousse, le maïs, la patate douce, la courge et la papaye.
Les aliments sont renouvelés quotidiennement et l’ensemble des protocoles de soins respecte strictement les règles de biosécurité.
L’épreuve de survie avant le retour en forêt
Les primates sont hébergés dans plus de cinquante grands enclos, dont deux zones forestières semi-naturelles clôturées, couvrant respectivement environ 2 et 5 hectares.
Les zones forestières semi-naturelles s’ouvrent sur un espace où les primates peuvent se déplacer librement, grimper aux arbres et rechercher leur nourriture, recréant au plus près leurs conditions de vie naturelles.
Lors de la phase initiale de transition vers ces zones, les animaux continuent de recevoir une alimentation régulière. Celle-ci est ensuite réduite progressivement afin de les inciter à chercher eux-mêmes leur nourriture et à restaurer, étape par étape, leurs comportements de survie naturels.
Selon la capacité d’adaptation de chaque individu, ce processus dure généralement entre quelques mois et un an.
Une fois cette phase achevée, un examen de santé global est effectué ; les individus jugés aptes sont alors transférés vers des sites de réintroduction en milieu naturel.
Le Dr Ralph Schonfelder, directeur de l'EPRC, est un vétérinaire originaire de Dresde, en Allemagne, fort d'une longue expérience en médecine vétérinaire et en conservation de la faune sauvage.
À l'EPRC, le Dr Schonfelder coordonne directement les activités scientifiques et techniques, tout en supervisant la prise en charge sanitaire et la réhabilitation des primates secourus.
Selon le Dr Schönfelder, le processus de réhabilitation ne vise pas seulement à recréer des conditions de vie proches du milieu naturel, mais joue également un rôle essentiel dans la préservation du patrimoine génétique des primates rares, contribuant ainsi au maintien de la biodiversité.
Il souligne que l’EPRC a été conçu comme un espace préservant « l’intégrité originelle » de la nature, où chaque primate se voit offrir une chance de retrouver ses instincts et ses capacités de survie. – VNA