Ce que l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne va changer

Jean-Jacques Bouflet, chef du Service du commerce et de l’économie de la Délégation de l’UE au Vietnam, parle de l’accord de libre-échange Vietnam-UE dont la signature est prévue en fin d’année.
Ce que l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne va changer ảnh 1Jean-Jacques Bouflet, chef du Service du commerce et de l’économie de la Délégation de l’UE au Vietnam. Photo: CVN

Jean-Jacques Bouflet, chef du Service du commerce et de l’économie de la Délégation de l’Union européenne (UE) au Vietnam, a eu un entretien avec la presse sur l’accord de libre-échange Vietnam-UE dont la signature est prévue en fin d’année.

- Comment voyez-vous l’évolution de la balance commerciale entre parties après la signature de cet accord ?
Actuellement, le Vietnam a un important excédent commercial avec l'UE. En moyenne, chaque année, ses exportations sont du double de celles de l’UE. Je crois qu’après la signature de cet accord, cette tendance va se poursuivre, l’accord demeurant profitable aux deux parties.

- Pourriez-vous nous détailler le processus de réduction tarifaire prévu ?
Le Vietnam et l’UE ont convenu de supprimer au fil des années 99% de leurs lignes tarifaires. Dès le premier jour de l’entrée en vigueur de l’accord, 65% des lignes tarifaires sur les produits vietnamiens, et 71% de celles sur ceux de l’UE, seront supprimées. La feuille de route de l’ouverture des marchés sera de dix ans pour le Vietnam et de sept ans pour l’UE. Je voudrais vous préciser que cette différence est due à quelques incompatibilités entre entreprises vietnamiennes et européennes, demeurant le fait que les entreprises vietnamiennes ont besoin de plus de temps pour s’adapter aux réductions des  taxes.

- Quelle sera la taxation par l’UE du prêt-à-porter, des chaussures et des produits agricoles vietnamiens ?
Je n’ai pas encore de données précises. Mais pour le prêt-à-porter et les chaussures, le Vietnam bénéficiera d’une suppression totale des taxes au bout de sept ans. De même pour les poissons tra et basa, les crevettes d’eau douce et du café transformé. Quant au riz, il sera exempté de taxes dans la limite des quotas convenus. L’UE a accordé au Vietnam le bénéfice du Système généralisé de préférences tarifaires (GSP), ce qui bien sûr ne changera pas avec l’entrée en vigueur de l’accord. Par exemple, si l’accord prévoit un droit d’entrée de 12% pour les produits du textile vietnamiens, mais que ceux-ci bénéficient du GSP, qui prévoit un taux de 9%, c’est ce dernier qui sera appliqué afin de ne pas les pénaliser.

Ce que l’Accord de libre-échange avec l’Union européenne va changer ảnh 2Les exportations vietnamiennes en UE connaissent une croissance annuelle moyenne de 15% à 17%, et les importations vietnamiennes, de 5% à 7%. Photo Dinh Huê VNA

- Quid de la taxation des produits européens exportés au Vietnam ?

Les taxes qui frappent les produits du textile et les chaussures de l’UE seront supprimées dès l’entrée en vigueur de l’accord. Pour les aliments surgelés, la taxe d’export sera supprimée au bout de dix ans pour le poulet, de sept ans pour la viande de porc et les boissons alcoolisées, de cinq ans pour les produits laitiers et de trois ans pour la viande de boeuf. Sept ans après l’entrée de cet accord, les motos d’une cylindrée de plus de 150 cc seront importées au Vietnam sans taxation. Pour les voitures, il faudra compter dix ans.

- Avec ces suppressions de droits de douanes, de nombreuses entreprises vietnamiennes craignent une multiplication croissante des barrières non-tarifaires. Votre avis ?

Nous n’établirons pas de barrières non-tarifaires spécialement pour les produits du Vietnam. En réalité, il s’agit de dispositions générales auxquelles les entreprises européennes elles-mêmes sont également soumises. Elles sont reconnues au niveau international et reposent sur des critères de transparence dans l’intérêt des parties en présence. Néanmoins, ces barrières techniques non-tarifaires seront prochainement modifiées afin que les entreprises vietnamiennes puissent s’y adapter progressivement. Si vous surmontez vous-mêmes ce défi, vous aurez une grande récompense en ayant accès à un marché de 560 millions de consommateurs au revenu moyen de 24.000 dollars par an. Ces derniers temps, j’ai constaté plusieurs procédures visant à empêcher des exportations vietnamiennes en UE, mais leur initiative n’est pas publique, il s’agit d’acteurs privés.

 

- Si de telles procédures se poursuivent ou augmentent, les entreprises vietnamiennes peuvent-elles s’attendre à bénéficier de mesures de soutien de la part de l’UE ?

Actuellement, l'UE a des programmes de soutien des entreprises vietnamiennes pour les aider à améliorer leur compétitivité pour bien s’intégrer aux échanges internationaux. Nous suivons les normes de notre secteur public, mais s’il y a de graves problèmes résultant d’initiatives privées, nous interviendrons. – CVN/VNA

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