Aromatiser le the au lotus: l’extraordinaire art des Hanoiens hinh anh 1La nonagénaire Nguyên Thi Dân, l’artisane la plus âgée, fabriquant du thé au lotus.

Hanoi (VNA) - Pour les Hanoïens, l’aromatisation du thé au lotus est une technique exigeante, méticuleuse mais constitue aussi un véritable mode de vie.

Comme à chaque fois, la venue de l’été est accompagnée des chants des cigales qui envahissent nos quartiers. C’est alors le début de la saison de floraison des lotus et de l’aromatisation du thé des Hanoïens.

À l’aurore, quand la nuit fait place aux premiers rayons du soleil, au sein de l’immense espace du lac de l’Ouest, la couleur rose des lotus se mêle harmonieusement au vert tendre des grandes feuilles qui recouvrent la surface de l’eau. Délicatement, les habitants cueillent les fleurs à peine épanouies, encore timides sous les feuilles. Une demi-heure s’écoule et les barques se remplissent de fleurs savamment ordonnées. Elles sont prêtes pour les rites du thé.

Parmi les thés aromatisés, on retrouve le thé de l’aglaia, du chrysanthème, du jasmin… cependant, le thé au lotus est le plus chérit des Hanoïens. Au fil des siècles, les ancêtres n’utilisaient qu’une seule variété de lotus dans le lac de l’Ouest à Quang Ba, arrondissement de Tây Hô. Selon les personnes âgées, ces lotus disposent d’un parfum séduisant qui, en se combinant avec le thé, créent une saveur unique, spécifique à la marque "trà sen Hanoï".

Soixante-dix ans de connaissances

Personne ne sait depuis quand le métier d’aromaticien du thé est né. Les techniques de l’aromatisation du trà sen, transmises de générations en générations, ont été élevées au rang d’art et séduisent toujours autant les Hanoïens. La nonagénaire Nguyên Thi Dân est l’artisane la plus âgée, considérée comme le  "témoin historique" du métier de confection de trà sen.

Cette dame est un puits de connaissances en la matière. "J'ai commencé à vendre des lotus à l’âge de 20 ans, et quelques temps plus tard, des clients m’ont demandé pourquoi je ne vendrais pas du thé. Alors, j’ai essayé à mélanger le thé et le lotus à la demande des consommateurs", a raconté Mme Dân.

De fil en aiguille, la préparation de trà sen est devenue le métier clé de toute la famille. Chaque année, cette nonagénaire attend la saison des lotus comme une enfant qui attend impatiemment son cadeau au retour du marché. Dans son ancienne maison, située sur la rue de Tô Ngoc Vân (arrondissement de Tây Hô, Hanoï), Mme Dân confie l’histoire de sa vie à travers plus de 70 saisons de lotus. Pour réaliser un thé savoureux, il faut de bon matin, cueillir à la main des fleurs à peine épanouies. Celles-ci sont transportées rapidement à domicile.

Puis, les artisans enlèvent les pétales et  détachent les étamines, appelées "gao sen" (la partie blanche qui ressemble à des grains de riz). C’est l’ingrédient le plus important qui détermine la qualité et l’arôme du thé. Un kilo de trà sen nécessite de 1.000 à 1.200 lotus. Les artisans saupoudrent une couche d’étamines sur le thé. On répète cette étape en alternance, thé et étamines. Ensuite, le thé est séché complètement, avant d’être conservé dans des vases ou des bouteilles en verre. En haute saison, la maison de Nguyên Thi Dân se transforme en un atelier dans lequel les membres travaillent inlassablement.

Toutes les étapes doivent être réalisées manuellement. En raison de la minutie et l’exigence de fabrication, le prix s’élève à 7 millions de dôngs le kilo. Malgré son coût exorbitant, la demande dépasse toujours l’offre. Hormis ce thé, la famille de Mme Dân confectionne également de thé au lotus "immédiat". Autrement dit, on place une pincée de thé au centre du lotus, puis on emballe dans les feuilles de lotus. La fleur est piquée dans l’eau pendant une nuit afin que le parfum des étamines s’imbibe dans le thé. Chaque fleur est vendue de 30.000 à 35.000 dôngs. Elle est très appréciée des consommateurs.

Pour ceux qui ont toujours la nostalgie du Hanoï d’autrefois, le thé au lotus est un symbole important. Au-delà d’un breuvage simple, trà sen fait de la tradition, la fierté et la quintessence gastronomique des Hanoïens. "Ma grand-mère me dit que +Tu as beau avoir goûté aux thés du monde entier, rien ne saura jamais rivaliser avec le thé au lotus de Hanoï+", a rappelé Thuy Linh, une Hanoïenne passionnée pour le trà sen. -CVN/VNA