«Anh chi em»: avec presque rien on peut changer presque tout

Le programme «Anh chi em» est mené depuis plus de 11 ans par Entrepreneur du monde, une ONG française spécialisée dans la micro-finance, qui opère à Diên Biên.

Hanoï (VNA) - Cinq millions de dôngs (190 euros)… Pour vous, c’est peut-être une somme dérisoire, mais pour qui vit à Diên Biên et Muong Ang, deux districts défavorisés de la province montagneuse de Diên Biên, ces cinq millions sont une petite fortune. C’est en effet la somme qu’il faut débourser pour s’acheter un cochon, des dizaines de volailles et des poissons, et de là, développer l’économie familiale… C’est en tout cas l’objectif du programme «Anh chi em» mené depuis plus de 11 ans par Entrepreneur du monde, une ONG française spécialisée dans la micro-finance, qui opère à Diên Biên.

«Anh chi em»: avec presque rien on peut changer presque tout ảnh 1Photo : VOV


Nous sommes maintenant chez Quang Thi Kiên, une Thaï noire vivant à Phang 2, un village de la commune de Muong Phang. Pas loin de là, se trouve l’emplacement du poste de commandement d’où le général Vo Nguyên Giap a mené la bataille de Diên Biên Phu, en 1954. Mais revenons-en au temps présent… C’est la quatrième fois que Kiên emprunte de l’argent à « Anh chi em ». Avec 9 millions de dôngs (345 euros), elle a pu acheter une truie, une vingtaine de poulets et les aliments nécessaires à leur élevage. Kiên a acheté sa truie à 3,4 millions de dôngs (130 euros). Si elle la revend avec ses 7 cochonnets, elle pourra gagner 15 millions de dôngs. C’est ce qu’on appelle une belle affaire !...

«Anh chi em»: avec presque rien on peut changer presque tout ảnh 2Photo : VOV

Chaque année, ses petits élevages rapportent à Kiên 50 millions de dôngs, soit deux fois plus qu’à l’époque où elle ne connaissait pas encore « Anh Chi Em ». Elle a également ouvert un compte épargne, chose qu’elle n’aurait jamais songé à faire auparavant.

«Le plus important, c’est que les emprunteurs peuvent participer à des ateliers de formation dispensés par les responsables du programme. Ces ateliers peuvent tout aussi bien porter sur les techniques de culture et d’élevage, sur la prévention contre l’épizootie, que sur l’art de dépenser et de placer efficacement de l’argent. Autre point positif, je suis maintenant capable d’exposer mes projets aux autorités locales. Mais surtout, j’ai acquis une réelle autonomie au sein de mon couple. Avant, c’était mon mari qui décidait pour moi. Maintenant, on discute…»

«Anh chi em»: avec presque rien on peut changer presque tout ảnh 3Photo : VOV


Le village de Phang 2 compte 50 foyers, dont 31 empruntent de l’argent à « Anh chi em ». Lo Thi Chanh, qui est la présidente de l’antenne communale de l’Union des femmes vietnamiennes, apprécie l’efficacité du programme...

« Les prêts accordés par « Anh chi em » répondent parfaitement aux besoins des  gens d’ici, a-t-elle dit. Ce sont des petits prêts, pouvant aller de 5 à 10 millions de dôngs et s’échelonnant sur une durée assez courte. Pour les remboursements, c’est plus facile… On peut toujours emprunter à la banque, mais bon… Il y a des critères assez stricts, et puis ça ne concerne que des prêts assez importants, de l’ordre de 50 à 100 millions de dôngs, qui courent sur une durée assez longue… »   

Lancé à Diên Biên en 2007, le programme «Anh chi em» concerne surtout les districts de Diên Biên et de Muong Ang. Il consiste à proposer des solutions de micro-finance, de façon à permettre aux plus démunis de développer une activité génératrice de revenus et d’améliorer leurs conditions de vie.

« On accorde des prêts qui correspondent à une activité économique bien précise. Si quelqu’un vient nous voir avec un projet d’élevage de porcs, on va regarder le temps qu’il lui faut entre l’achat du cochon et sa vente et on va calculer la durée du prêt en fonction. Le taux d’intérêt varie entre 13,5 et 15% par an en fonction du niveau de pauvreté de la famille, mais il faut bien préciser que c’est un taux dégressif. C’est à dire que l’intérêt prélevé sera calculé sur le capital qui reste, lequel se réduit fatalement, mois après mois. Autre point, on accorde des prêts sans demander de garanties aux emprunteurs, ce qui permet aux plus pauvres d’y accéder», préciseTrân Công Bang, le directeur du programme.

Sans garantie, on pourrait penser que les risques sont importants. Or il n’en est rien. Le taux de non remboursement est faible, seulement de 0,4%. En fait, tout a été prévu…   

« Pour limiter les risques, on calcule les prêts en fonction des capacités à rembourser. Mais il faut savoir qu’en plus de ces services de crédit, on propose des services socio-économiques qui impliquent un suivi des investissements, et qui comportent un volet formation, qui peuvent aussi bien concerner l’agriculture et l’élevage que les fléaux sociaux, par exemple… Dernier point, on prend contact avec des commerçants et des très petites entreprises, de façon à aider les emprunteurs à trouver des débouchés pour leurs produits. Finalement, c’est un programme qui correspond assez bien aux objectifs fixés par le gouvernement en matière de réduction de  la pauvreté multidimensionnelle. »

En 2018, «Anh chi em» a touché près de 5.400 familles différentes, dont 4400 avaient encore un prêt en cours à la fin du mois de décembre. Frank Renaudin, fondateur et directeur d’Entrepreneur du monde :

«Aujourd’hui, le programme vit de ses propres revenus, il n’a plus besoin de subventions. Par contre, il a besoin d’emprunter des fonds pour financer les crédits. La plupart de l’argent prêtée par « Anh chi em » aujourd’hui provient du fonds de micro-finance solidaire. C’est un fonds créé par Entrepreneur du monde et qui octroie des prêts à ses partenaires».

En avril, une troisième agence a été ouverte dans le district de Diên Biên dans le but de continuer de toucher davantage de familles démunies dans les milieux les plus vulnérables de cette province montagneuse. Comme quoi, avec presque rien au départ, on peut changer presque tout.-VOV/VNA

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