Paris (VNA) - La priorité accordée par le 14ᵉ Congrès national du Parti communiste vietnamien à la rénovation du modèle de croissance, à l’amélioration de la productivité ainsi qu’au renforcement de la qualité et de la compétitivité de l’économie nationale constitue une orientation stratégique majeure, dans un contexte où le Vietnam a dépassé la phase de développement fondée principalement sur une main-d’œuvre à bas coût et une croissance extensive.
C’est l’analyse formulée par Trân Ha My, directrice du Réseau vietnamien d’innovation en France (VINEU France) et présidente de l’Association des jeunes entrepreneurs vietnamiens en Europe (VYBE). Selon elle, l’accent mis par le 14eᵉ Congrès sur l’innovation, la science et la technologie reflète une vision adaptée aux exigences d’un nouveau cycle de développement.
S’appuyant sur son expérience en France, Trân Ha My a souligné que les pays et les entreprises capables de maintenir une compétitivité durable sont ceux qui investissent fortement dans la recherche, l’innovation et les industries à forte valeur ajoutée. Elle a cité, à titre d’exemple, le pôle d’innovation Paris-Saclay, devenu l’un des moteurs de la croissance française grâce à une étroite coopération entre l’État, les entreprises, les instituts de recherche et les universités. Ce modèle, fondé sur le savoir et la technologie, démontre selon elle que le Vietnam peut créer de nouveaux pôles de croissance et réduire sa dépendance aux secteurs intensifs en main-d’œuvre.
Dans ses échanges avec des partenaires français et européens, Trân Ha My observe un intérêt croissant pour le Vietnam dans des secteurs tels que les technologies numériques, les semi-conducteurs, les énergies renouvelables, la logistique intelligente et l’aéronautique. Cette évolution confirme, selon elle, que les orientations définies par le 14ᵉ Congrès s’inscrivent non seulement dans une logique stratégique pertinente, mais correspondent également aux grandes tendances de redéploiement des flux d’investissement à l’échelle mondiale.
Du point de vue de la jeune génération d’entrepreneurs vietnamiens actifs en Europe, la directrice de VINEU France estime que les principaux leviers pour renforcer la confiance des entreprises et des investisseurs ne résident pas uniquement dans les incitations financières, mais surtout dans la stabilité institutionnelle et la capacité de l’État à accompagner les acteurs économiques sur le long terme.
Elle souligne en premier lieu la nécessité de mettre en place un environnement politique et réglementaire stable, transparent et prévisible. Deuxièmement, elle plaide pour la mise en place de mécanismes de guichet unique spécifiquement dédiés aux entrepreneurs et investisseurs vietnamiens à l’étranger, en particulier aux jeunes générations. Troisièmement, elle appelle à une approche plus ouverte à l’égard du secteur privé et de l’esprit entrepreneurial.
Selon elle, les jeunes entrepreneurs ne souhaitent pas seulement investir dans leur pays d’origine, mais également participer à l’élaboration des politiques publiques, à l’expérimentation de nouveaux modèles et à la résolution de problématiques nationales majeures.
À cet égard, Trân Ha My cite l’exemple de l’Inde, qui organise chaque année le forum « Pravasi Bharatiya Divas », dédié à la mobilisation de la communauté indienne à l’étranger. Cette initiative a permis d’établir un canal de dialogue direct entre le gouvernement et la diaspora, favorisant les investissements, les partenariats économiques et les projets sociaux.
En comparaison, elle estime que le Vietnam gagnerait à développer des mécanismes prioritaires à destination des jeunes entrepreneurs vietnamiens à l’étranger, tels que des programmes de soutien aux start-up innovantes, des fonds d’investissement conjoints ou des dispositifs de type « sandbox » pour les entreprises technologiques. Ces mesures contribueraient à renforcer la confiance et à réduire les coûts d’entrée sur le marché pour les investisseurs issus de la diaspora.
Elle souligne par ailleurs que la communauté vietnamienne en France et en Europe dispose d’un avantage spécifique, combinant une bonne maîtrise des standards internationaux en matière de recherche et d’affaires avec un attachement fort au pays d’origine. Selon elle, les réseaux tels que VINEU France et VYBE constatent régulièrement la volonté des experts et entrepreneurs vietnamiens de partager leur savoir-faire, de mettre en relation des partenaires et d’investir au Vietnam, sous réserve de cadres adaptés.
Pour mobiliser efficacement ces ressources, Trân Ha My estime que le 14ᵉ Congrès devrait orienter plus clairement la mise en place de programmes de coopération à long terme, associant les entrepreneurs et experts vietnamiens de l’étranger dès la phase de conception des politiques et des projets. Dans des domaines clés tels que la formation de ressources humaines de haute qualité, le développement des écosystèmes d’innovation ou la transition verte, la diaspora pourrait jouer un rôle de passerelle entre le Vietnam et les principaux centres de savoir en Europe.
Enfin, la présidente de VYBE recommande que les flux annuels de transferts financiers vers le Vietnam, estimés à plus de 19 milliards de dollars, soient progressivement orientés vers des investissements stratégiques dans les technologies de pointe, l’énergie verte et la logistique intelligente. Elle appelle également à une simplification des procédures administratives, à une clarification des règles fiscales et à une reconnaissance accrue des réseaux d’entrepreneurs vietnamiens à l’étranger en tant que partenaires stratégiques de l’État dans le processus d’intégration économique internationale.
Selon Trân Hà My, avec une approche proactive, cohérente et de long terme, la jeune génération d’entrepreneurs vietnamiens à l’étranger peut devenir un levier essentiel pour concrétiser les objectifs de développement définis par le 14ᵉ Congrès du Parti. -VNA