U Minh Ha, la terre et la forêt du Sud

S’étalant sur quelque 45.000 hectares, U Minh Ha constitue l’un des trois noyaux de la Réserve de biosphère mondiale du Cap de Cà Mau, reconnue par l’UNESCO. Le nom même d’«U Minh» évoque l’image de vastes forêts primaires, peuplées de mystères et de légendes.

Vue aérienne de la forêt d’U Minh Ha. Photo : diadiemdulichvn
Vue aérienne de la forêt d’U Minh Ha. Photo : diadiemdulichvn

Hanoi (VNA) – Nichée à l’extrême sud-ouest du Vietnam, la forêt d’U Minh s’étend du fleuve Ông Dôc, au sud de la province de Cà Mau, jusqu’au fleuve Cai Lon, au nord de la province de Kiên Giang. Deux cours d’eau, Trèm Trèm et Cai Tàu, la traversent, scindant l’ensemble en deux zones distinctes: U Minh Thuong au nord, et U Minh Ha au sud. Cette dernière est réputée pour sa nature intacte, abritant une biodiversité d’une rare richesse.

S’étalant sur quelque 45.000 hectares, U Minh Ha constitue l’un des trois noyaux de la Réserve de biosphère mondiale du Cap de Cà Mau, reconnue par l’UNESCO. Le nom même d’«U Minh» évoque l’image de vastes forêts primaires, peuplées de mystères et de légendes.

Le chercheur culturel Nhâm Hùng connaît parfaitement cette région. Il nous cite un extrait de l’ouvrage «La terre et la forêt du Sud» de l’écrivain Doàn Gioi : «Les pionniers qui débarquèrent ici, au Cap de Cà Mau, n’avaient que deux choix: plonger dans l’océan Pacifique ou lutter pour survivre. Cela veut dire qu’U Minh est une forêt sacrée, et ceux qui s’y installaient devaient affronter une nature impitoyable, les bêtes sauvages et les maladies pour subsister».

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Touristes explorant la forêt d'U Minh Ha. Photo: baocantho.com.vn

«La terre et la forêt du Sud» raconte la vie du petit An, qui s’est perdu pendant la guerre et qui a été sauvé et protégé par des gens d’une contrée fluviale du Sud. L’œuvre respire l’eau, la forêt, des histoires autant vraies que mythiques d’une terre sauvage. Unanimement saluée comme étant l’une des meilleures œuvres littéraires pour enfants du Vietnam, « La terre et la forêt du Sud » séduit par un sens de l’observation aussi minutieux que délicat et par le charme irrésistible du narrateur. Le roman a été traduit en plusieurs langues : russe, polonais, allemand, espagnol…

Parmi les récits populaires, certains évoquent des serpents géants, parfois à deux têtes, enroulés autour des troncs d’arbres, laissant pendre leur corps comme des hamacs pour frapper l’eau et attraper les poissons. Ces histoires de «serpents divins» sont si extraordinaires qu’elles frôlent la légende.

Nguyên Van Ut a vécu des expériences inoubliables en cherchant à gagner sa vie dans cette forêt mythique. «À U Minh Ha, il y a quelques cobras géants. Ceux d’entre nous qui avons vécu ici et cultivé la terre les connaissons bien. La forêt regorge de ressources: pythons, serpents, cerfs, abeilles sauvages, singes…», raconte-t-il.

Parmi les savoir-faire hérités des générations passées, l’un des plus emblématiques est l’art d’apprivoiser les abeilles sauvages pour la récolte du miel. Sous la canopée des Melaleuca, les apiculteurs installent des perchoirs pour inciter les abeilles à y construire leurs ruches. Dès le mois de février, saison sèche oblige, les fleurs de Melaleuca embaument l’air et attirent les essaims. Pour récolter le miel, les apiculteurs s’équipent de torches en fibres de coco, de vêtements longs, de gants, de filets protecteurs, de couteaux et de contenants. Ils découpent soigneusement la ruche, en laissant un tiers intact pour que les abeilles puissent reconstruire leur nid. Un bon essaim peut fournir de trois à quatre récoltes par an.

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Le miel de la forêt d’U Minh Ha figure parmi les 100 cadeaux les plus prisés du Vietnam. Photo : vntravellive.com

Hô Van Hoàng, un autochtone, perpétue ce métier ancestral: «De mon grand-père à mon père, en passant par mes oncles, toute ma famille a vécu dans la forêt avec les abeilles. J’ai commencé à 13 ans, j’approche aujourd’hui des 60. La vie ici est bien plus rude qu’ailleurs. Mais on vit au rythme des saisons, et ce métier transmis par nos aïeux reste une source de joie», partage-t-il.

Chaque année, environ 700 tonnes de miel sont extraites de la forêt d’U Minh Ha, un produit classé parmi les 100 cadeaux les plus prisés du Vietnam. Cette activité assure un revenu durable pour les populations locales.

«Notre zone touristique se situe près du parc national d’U Minh Ha, au cœur d’une immense forêt naturelle, ce qui attire beaucoup d’abeilles. Les visiteurs peuvent explorer à pied ou en barque, observer les ruches et écouter les explications des apiculteurs. Ceux qui le souhaitent peuvent même s’approcher des nids pour vivre le frisson de côtoyer des milliers d’abeilles. De plus, ils peuvent déguster les produits récoltés, à l’ombre des arbres», témoigne Pham Duy Khanh, responsable du site écotouristique Muoi Ngot.

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La talève sultane (Porphyrio porphyrio) ou poule sultane, dans la forêt d’U Minh Ha. Photo : baocamau.vn

La forêt d’U Minh Ha abrite plus de 100 espèces végétales et près de 200 espèces animales: oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons d’eau douce. L’hospitalité des habitants y est légendaire.

«Les habitants de Cà Mau sont sincères et chaleureux. Ils partagent ce qu’ils ont, sans calcul. Pour un touriste, venir ici, c’est comme rentrer chez soi», confie le journaliste Nguyên Tiên Trinh.

Dans le cadre de sa stratégie de développement durable, la province de Cà Mau investit dans les infrastructures et mise sur le tourisme pour valoriser son patrimoine naturel. Chaque année, l’événement «Parfum de la forêt d’U Minh» met à l’honneur cette terre de l’extrême Sud du pays, un joyau touristique pourtant encore méconnu. – VOV/VNA

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