Trân Tô Nga et son combat arrivant à son moment crucial

Au tribunal d'Evry (en banlieu de Paris, France), lundi 25 janvier matin (heure locale) s’ouvre un procès que Trân Tô Nga, 79 ans, espère historique.

Hanoï (VNA) - Au tribunal d'Evry (en banlieue de Paris, France), lundi 25 janvier matin (heure locale) s’ouvre un procès que Trân Tô Nga, 79 ans, espère historique. Cette Française d’origine vietnamienne porte plainte contre 26 multinationales agrochimiques accusées d’avoir fourni à l’armée américaine de l’agent orange, un herbicide ultra-puissant. Avant l’ouverture du procès de Trân Tô Nga contre 26 multinationales agrochimiques ayant produit ou commercialisé l’agent orange pendant la guerre du Vietnam, notre correspondant à Paris l’a interviewée.

Trân Tô Nga et son combat arrivant à son moment crucial ảnh 1À 79 ans, Trân Tô Nga continue son combat pour la justice des victimes de l'agent orange.Photo : Toàn Tri/VNA/CVN

Votre parcours de combat arrive à son moment crucial. Quelles sont vos sentiments ces jours-ci avant d’aller aux plaidoiries du 25 janvier 2021 ?

Ce combat a commencé il y a dix ans. Après six années de procédures, dix-neuf audiences, et une kyrielle d’obstructions soulevées par la partie adverse, la séance du 25 janvier est attendue avec impatience par toutes les personnes éprises de justice. Il y a eu, vous le savez, des propositions d’entente à l’amiable, “en toute discrétion”, de retrait de plainte contre une certaine somme d’argent. Propositions rejetées bien entendu car le procès que j’ai intenté a pour but de faire condamner les crimes, de réclamer justice non pas pour ma seule personne. La justice rendue au terme de ce procès aura un impact direct et bénéfique sur la cause des victimes, au Vietnam et dans le monde, de l’agent orange.
Lorsque le tribunal d’Évry, en septembre dernier, a fixé la date du 12 décembre 2020 pour le débat contradictoire, la défense a évoqué la pandémie du COVID-19 pour en demander le report sous le prétexte que les représentants des firmes chimiques américaines ne pourraient pas assister au procès. Cela fait partie de la stratégie poursuivie depuis six ans par les 38 avocats : gagner du temps. Pendant ces six longues années, aucune firme n’a envoyé de représentants au procès. Toujours est-il que la Cour d’Évry a déplacé, COVID-19 oblige, la date au 25 janvier 2021.
Le coronavirus mis à part, y a-t-il d’autres raisons ? Toujours est-il qu’une décennie est passée depuis le dépôt de ma plainte, pendant laquelle la défense a recouru à de multiples manœuvres dilatoires. J’ose espérer que la Cour d’Évry rendra enfin justice et que son verdict sera suivi d’effet. Mes avocats, quant à eux, se tiennent prêts à toute éventualité. En ce qui me concerne, je me prépare à cette journée du 25 comme à une nouvelle bataille dans une longue guerre.

Que prévoyez-vous quant au déroulement de ce procès, notamment en ce qui concerne les points de vue et les attitudes des firmes américaines. Qu’attendez-vous du procès ?

Comme l’a justement dit Me William Bourdon, ce procès unique est historique, politique et pédagogique tout à la fois, et pour cette raison, il doit être public, les conclusions et les contre-conclusions rédigées étant soumises à la cour. La séance du 25 prochain devrait se limiter à une journée, la partie plaignante aura trois heures dans la matinée pour plaider sa cause, et la défense aura quatre heures dans l’après midi. Il n’y aura pas de débat et il n’est pas certain que la Cour me posera des questions. La suite relève de la décision de la Cour. Après des expertises médicales, délibéré et verdict. Le temps que cela prendra dépend de la Cour, de l’évolution de la pandémie, sans exclure le climat politique. Il est permis de penser qu’alors la presse et les médias en feront écho et que l’opinion publique contribuera à écarter les entraves qui empêcheraient la justice de passer.

Un devoir de responsabilité vis-à-vis de la justice

Trân Tô Nga et son combat arrivant à son moment crucial ảnh 2Trân Tô Nga (première, droite) lors d'une rencontre avec les médias. Photo :Linh Huong/VNA/CVN

Il existe un courant d’opinion considérant que votre combat est une utopie, pourquoi revenir en arrière, pourquoi ne pas tourner la page…. Quelle est votre opinion ?

Il y a de l’utopie quand une femme seule porte plainte contre 26 géants de l’industrie chimique américaine tels Monsanto et Dow Chemical, de redoutables Goliath. D’aucuns n’ont pas manqué de me conseiller d’arrêter ce combat sans espoir. Cela me rappelle la résistance vietnamienne contre la puissance américaine, pendant longtemps considérée comme utopique.

N’empêche que, pour la première fois, Monsanto et 25 firmes chimiques sont ainsi appelés à la barre, et au bout de six ans et de multiples obstructions, auront à répondre devant un tribunal. Seule au commencement, je suis soutenue depuis par des centaines de milliers de personnes, de toutes provenances qui témoignent que le désir, la volonté de justice est puissamment présente dans un monde encore soumis à la loi du plus fort.

Le présent du crime est le prolongement du passé. L’agent orange a causé la souffrance à des millions d’êtres humains, au Vietnam et dans le monde. Ce crime qui n’a pas été empêché à temps et comme il le fallait a entraîné bien d’autres (herbicides, OGM, Roundup)… dont les victimes de par le monde se chiffrent par millions et dont la souffrance n’est guère différente de celle des victimes de l’agent orange. Personne ne veut vivre avec le passé, mais il est des circonstances où il faut regarder le passé en face pour empêcher la répétition des crimes. En cela, je suis loin d’être seule.

Je me suis rendu compte que votre combat et ce procès relevaient pour vous d’un devoir de responsabilité vis-à-vis de la justice, et aussi d’un devoir de mémoire intergénérationnelle. Cela pèse-t-il sur vos épaules ?

Quand on s’engage, on cesse de ne penser qu’à soi-même. Par ailleurs, le fait d’être “choisie” me donne la conviction que je serai protégée, défendue jusqu’au bout de la route. Ce “feu sacré” m’aide à m’avancer en tout sérénité.

En étudiant l'histoire du Vietnam du XXe siècle, j’ai beaucoup appris sur le rôle et l’influence qu’ont exercé de nombreuses femmes vietnamiennes sur la politique, la société et la culture de notre pays. Pourtant, elles ne m’apparaissent que comme des personnalités “statiques” appartenant à des livres. C’est la première fois que je converse avec une ancienne résistante et une combattante en temps de paix. Pourriez-vous nous parler, à nous les jeunes générations, de votre parcours de vie comme un trait d’union entre les générations, entre les deux cultures française et vietnamienne ?

L’histoire, pour quelle raison que ce soit, ne doit pas être ensevelie sous les poussières du temps. Cela me fait mal de lire chaque jour des nouvelles de crime, de violence, de voir des scènes de vie dissolues sur fond de bagarres. Je repense chaque fois à ceux qui étaient tombés avant même de connaître la vie. Je voudrais tant rappeler aux jeunes que le présent est le fruit des sacrifices de millions et de millions de jeunes d’hier. Je considère comme un devoir qui incombe à moi et à celles et ceux de ma génération de faire connaître aux plus jeunes ces faits d’histoire. C’est dire combien je suis heureuse d’être comprise et soutenue par tant de jeunes, partout au Vietnam comme en France. Si cela est autorisé, je sais que, le 25 prochain, mes avocats et moi entreront dans la salle d’audience, salués par les haies de jeunes et de moins jeunes qui représentent le soutien de toute la société civile. -CVN/VNA

Voir plus

Le Premier ministre Pham Minh Chinh s'exprime lors de la réunion du 10 mars. Photo: VNA

Le Vietnam déterminé à garantir l’approvisionnement énergétique

Avec la détermination de ne laisser survenir aucune pénurie d’énergie dans quelque circonstance que ce soit, le chef du gouvernement a indiqué que le Vietnam avait pris des mesures rapides et flexibles, notamment la création du groupe de travail sur la sécurité énergétique et la promotion de la diplomatie énergétique.

L’ambassadrice Pham Thi Thu Huong remet le 11e Prix national de l’information pour l'étranger aux amis grecs. Photo : VNA

Rencontre du Têt pour les travailleurs vietnamiens à Ioannina en Grèce

En visite de travail à Ioannina, l’ambassadrice du Vietnam en Grèce, Pham Thi Thu Huong, a participé à une rencontre du Nouvel An lunaire organisée par l’entreprise Nitsiakos pour ses travailleurs vietnamiens, un événement convivial illustrant l’attention portée à la communauté vietnamienne et contribuant à renforcer les liens entre le Vietnam et la Grèce.

Les pêcheurs hissent le drapeau national pour affirmer la souveraineté des mers et des îles du pays. Photo: VNA

Lutte contre la pêche INN : Dong Thap mobilise ses pêcheurs dès le début de la saison

Dong Thap compte 1 507 navires de pêche, dont 100 % sont équipés de systèmes de surveillance des navires par satellite (VMS). Environ 60% de cette flotte possède une puissance suffisante pour opérer dans les zones de pêche lointaines telles que Con Dao et Truong Sa. Grâce à une stratégie de communication globale et à une surveillance accrue, la province n’a enregistré aucune violation des règles INN en 2025.

Vue aérienne du village de Hoa Tiên, commune de Châu Tiên, province de Nghê An. Photo: giaoducthoidai.vn

Les savoirs thaïs comme vecteur du tourisme communautaire à Nghê An

Parmi les plus anciennes communautés établies dans l’ouest de la province de Nghê An, figure celle des Thaïs du village de Hoa Tiên, dans la commune de Châu Tiên. De génération en génération, ils ont construit un héritage culturel remarquable, notamment à travers des chants folkloriques profondément ancrés dans l’univers montagnard.

Une stèle à la mémoire des victimes de l'agent orange/dioxine, sera installée au parc Choisy, dans le 13e arrondissement de Paris. Photo: VNA

Mobilisation en France pour un mémorial dédié aux victimes de l'agent orange

La campagne vise à mobiliser 10 489 euros pour ériger une stèle à la mémoire des victimes de l'agent orange/dioxine au parc Choisy, dans le 13e arrondissement de Paris. Il s'agira du premier ouvrage commémoratif de ce type en France et en Europe dédié aux millions de personnes souffrant encore des séquelles de ce défoliant chimique.

Le Premier ministre Pham Minh Chinh remet le remis le prix Kovalevskaïa 2025 à la professeure-Docteure Trân Thi Viêt Nga, directrice de l’Institut de haute technologie Vietnam-Japon et professeure à l’Université de construction de Hanoi. Photo: VNA

Le PM propose de créer un prix "Femmes talentueuses, créatives et dévouées"

À l’occasion du 116e anniversaire de la Journée internationale des femmes (8 mars) et de la commémoration du 1986e anniversaire de l’insurrection des sœurs Trung, le Premier ministre Pham Minh Chinh a eu vendredi 6 mars une rencontre avec des femmes dirigeantes et gestionnaires d’agences centrales, au cours de laquelle il a remis le prix Kovalevskaïa 2025.

Des femmes en ao dài. Photo: VNA

Le mois de mars resplendit d’élégance avec l’ao dài, tunique traditionnelle

Début mars, les scènes de femmes en ao dài prenant des photos de printemps au bord des lacs, dans les parcs, devant les bureaux, les temples et les sites historiques sont devenues un spectacle familier à Hanoi. Les réseaux sociaux regorgent également d’images et de récits autour de cette tenue élégante, devenue un symbole de la saison dédiée à la célébration des femmes.