Thi Câm : le riz en fête

Chaque année, un concours de cuisson de riz se déroule à Thi Câm, un village de la périphérie de Hanoï (quartier de Xuân Phuong, arrondissement de Nam Tu Liêm).
 Thi Câm : le riz en fête ảnh 1Les équipes présentent leurs offrandes au génie tutélaire avant le concours. Photo : VOV5

Hanoi (VNA) - C’est la tradition… Chaque année, un concours de cuisson de riz se déroule à Thi Câm, un village de la périphérie de Hanoï (quartier de Xuân Phuong, arrondissement de Nam Tu Liêm), pour être tout à fait précis. Qu’il pleuve ou qu’il vente, les habitants se tiennent prêts à en découdre chaque 8e jour du 1er mois lunaire.      

Tout commence par une légende. Celle qui nous intéresse aujourd’hui a lieu en 273 avant JC et met en scène le général Phan Tây Nhac. Mais quel rapport entre un valeureux guerrier et une marmite de riz, allez-vous me dire… Eh bien remontons le temps, si vous le voulez bien...

Thi Câm ne s’appelle pas encore Thi Câm, mais Huong Canh. Le village est menacé : les envahisseurs sont à ses portes. C’est là qu’arrive Phan Tây Nhac, venu défendre les lieux à la tête de ses troupes. Voyant cela, les villageois décident de s’offrir en renfort. Une aide bienvenue, forcément, mais qui pose un problème d’intendance… Comment nourrir toutes ces recrues ? Le généralissime organise alors un concours de cuisson de riz pour sélectionner les plus aptes à préparer la pitance du soldat. Ce problème de logistique étant réglé, il laisse ses nouveaux marmitons à leurs affaires et retourne aux siennes, qui consistent à pourfendre l’envahisseur, tâche dont il s’acquittera avec brio… Une fois de retour à Huong Canh auréolé des lauriers de la victoire, il s’y installe pour de bon et décide de faire du concours de cuisson de riz qui a préludé à sa victoire une tradition. Et comme il n’est décidément pas avare de bienfaits, il initie les habitants aux joies de la culture des mûriers, de l’élevage des vers à soie et du tissage : des activités fort peu martiales, il faut bien en convenir, mais qui lui auront valu, outre le titre de génie tutélaire du village, une reconnaissance éperdue et surtout posthume… Aujourd’hui encore, ce fameux concours de cuisson de riz perdure, tous les ans au 8e jour du 1er mois lunaire : une tradition solidement ancrée dans les moeurs, à laquelle il n’est pas question de déroger. Nguyên Vinh Hop, qui fait partie du comité d’organisation :

«Il y a 4 équipes. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’autrefois, le village comptait 4 quartiers. Chaque équipe doit allumer son feu, prendre de l’eau, et faire cuire le riz. Tout de suite après, le riz est présenté au génie tutélaire. Ensuite, le jury composé de seniors rend son verdict…», nous explique Nguyên Vinh Hop, qui fait partie du comité d’organisation.

Avant le concours, les équipes doivent préparer le nécessaire : pilons, mortiers et paille de riz. Le comité d’organisation distribue ensuite à chacune un kilo de paddy. La première tâche consiste à piler ce paddy pour obtenir du riz, lequel est ensuite tamisé et rincé. Mais elle consiste aussi à désigner le plus costaud de l’équipe, celui auquel incombera la délicate mission de parcourir les 800 mètres qui séparent la maison communale du point de cuisson, en courant et en transportant de l’eau… Facile à dire… Vient ensuite l’épreuve du feu… Ce dernier, allumé à l’aide de foin et de bambou, a entre autres mérites, celui de confirmer l’exactitude de l’expression «pas de fumée sans feu»… Car de la fumée, il y en a, et les roulements de tambours qui accompagnent le tout, donnent à la scène des allures de carnaval…    
     

C’est à ce moment-là que les femmes entrent en scène. Les plus habiles d’entre elles ont été choisies pour procéder à la cuisson et pour cacher leur marmite dans de la cendre brûlante. Ce jeu de la cachette est extrêmement important. La règle ? A peine l’eau de cuisson s’est-elle évaporée que les équipes doivent ensevelir leurs marmites sous de la cendre brûlante. Pendant ce temps-là, le jury allume des bâtonnets d’encens. Lorsque ces bâtonnets auront été consumés, il ira chercher les marmites.

Plus la marmite est bien cachée, plus le jury mettra du temps à la trouver… Et meilleure sera la cuisson, dans ce cas-là…   

Après avoir trouvé les 4 marmites, le jury prélèvera 4 bols de riz qu’il présentera en offrande au génie tutélaire avant d’en examiner le contenu. Vu Dang Quyên, qui est l’un des responsables de la maison communale de Thi Câm, est visiblement satisfait de la manière dont s’est déroulé le concours.    

«On était 10 dans chaque équipe. Le concours a commencé à 11h et pris fin à midi. Tout s’est vraiment très bien passé, cette année. Ça nous promet une récolte abondante et une nouvelle année pleine de bonheur…», nous assure-t-il.   

Une fois le concours terminé, le riz est partagé entre tous les villageois, qui n’attendent que le moment de festoyer. Cette année, Ngô Thi Hoa fait partie de l’équipe gagnante. Elle jubile, forcément...

«Ce concours, j’y participe depuis que je suis toute petite. Cette année, c’est moi qui me suis occupée de la cuisson du riz !... On est évidemment très contents d’avoir remporté le premier prix !», nous dit-elle.

Force est de constater que pour les habitants de Thi Câm, le riz est bien plus qu’une denrée alimentaire… C’est un art de vivre à part entière. L’arrondissement de Nam Tu Liêm est d’ailleurs en train d’élaborer un document à soumettre au ministère de la Culture, de Sport et du Tourisme pour l’inscription de ce concours de cuisson de riz au patrimoine culturel immatériel de la nation...

Civilisation du riz, quand tu nous tiens… -VOV/VNA

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