Hô Chi Minh-Ville (VNA) - Après des décennies de vie au Cambodge, un grand nombre de Viêt kiêu (Vietnamiens d'outre-mer) sont retournés dans leur pays d’origine, le Vietnam. Ils se regroupent dans des zones frontalières à proximité du lac Dâu Tiêng, dans la province de Tây Ninh (Sud-Ouest). Sans emploi ni nationalité, leur quotidien est fait de nombreuses difficultés.

Maisons de fortune de Viêt kiêu du hameau Tà Do, province de Tây Ninh (Sud-Ouest). Photo: CVN
Situé à plus 200 km du centre de Hô Chi Minh-Ville, ce village de Viêt kiêu est dans la commune Tân Thanh, district de Tân Châu de la province de Tây Ninh. Il est né vers 2005, avec quatre à cinq foyers au tout début. Aujourd’hui, il compte près de 340 foyers totalisant plus de 1.600 personnes. La majorité des habitants viennent de la zone de Biên Hô, plus connue sous son nom cambodgien de Tonlé Sap.

Leurs habitations sont des tentes délabrées, consolidées par toutes sortes d'objets. Ici, pas de meubles ou de facilités. Les mères portent leurs enfants sur le dos. L’hygiène est, à tout le moins, difficile... Les enfants jouent toute la journée, car ils ne sont pas scolarisés. Pour le reste, des images familières ici aussi, culture du manioc, pêche...

Miên Thi Mai, une habitante du hameau Tà Do de la commune Tân Thanh, explique : «Lorsque notre vie à Biên Hô n’a plus été satisfaisante, nous sommes retournés au Vietnam. Il y a déjà plusieurs mois de cela. Mais ma fille est encore là-bas. Ici, je n’ai pas encore trouvé d’emploi stable, et je dois pêcher pour gagner de quoi vivre. En trois jours de pêche, je gagne environ 200.000 dôngs pour assurer les dépenses quotidiennes».

La situation de Trân Van Chiêu, du même hameau, n’est pas meilleure. Il confie : «Je suis revenu au Vietnam il y a cinq ans et j’ai fait de nombreux boulots pour survivre. Le gouvernement local m’aide beaucoup à améliorer mes conditions de vie. Aujourd’hui, je possède un permis de séjour temporaire, mais toujours pas de carte nationale d’identité ni de livret de famille».

Outre l’emploi, l’argent et les papiers officiels, ces familles apatrides ont en outre beaucoup d’enfants : de trois à quatre en général, jusqu’à huit pour certains couples. Ils ne sont pas scolarisés, car leurs parents sont pauvres. Aussi «connaître les mots» reste un rêve pour ces enfants pauvres.

La petite Miên Thi Tu en a des tas, de rêves : «Je veux posséder une maison, une terre à cultiver, et aller à l’école comme d’autres amis. Je veux aussi aider mes parents à gagner de l’argent pour sortir de la pauvreté».

Résoudre les difficultés des apatrides

Tous les jours, des familles s’installent au village, tandis que d’autres le quittent pour aller dans d’autres localités, ou bien retournent à Biên Hô, au Cambodge. Pour ces gens qui n'ont aucune justificatifs d'identité, les localités ne peuvent les contrôler, ni, en général, les aider. Si les autorités locales les encouragent et les sensibilisent à la réglementation administrative, elles ne peuvent rien faire pour eux, que ce soit pour rechercher un emploi ou inscrire leurs enfants à l’école, tant qu’ils n’ont pas une nationalité...

La chaîne de télévision de l’Agence vietnamienne d’information (VNews) et ses partenaires organisent la fête de la mi-automne pour les enfants de Viêt kiêu, à Tây Ninh. Photo: CVN
Ngô Minh Dac, chef de la police de la commune Tà Do, explique : «La population de ce village de Viêt kiêu, autour du lac Dâu Tiêng, est assez stable. Mais la majorité des gens sont analphabètes, alors ils ont de faibles connaissances et, plus encore, des règles de base du citoyen vietnamien».

Trân Quang Ghi, président du Comité populaire de la commune Tân Thanh, déclare : «Pour veiller sur la vie de ces Vietnamiens d'outre-mer de retour du Cambodge, les autorités locales appliquent des politiques d’aménagement afin d’assurer leur sécurité et de conditions minimales de vie. Quelque 183 foyers du hameau Tà Do ont été relogés dans celui de Long Ken 2 où ils bénéficieront de meilleures conditions de vie, avec eau potable et électricité».

Aujourd’hui, en dehors de cette zone du lac Dâu Tiêng, de nombreuses autres à proximité de la frontière avec le Cambodge sont occupées par des familles Viêt kiêu pauvres. Les localités dont ils relèvent s’efforcent d’assister ceux qui souhaitent vivre durablement au Vietnam.

Outre le soutien des autorités locales, ces habitants ont reçu des dons d’ordre matériels comme spirituels de la part de bienfaiteurs comme d’organismes caritatifs. – CVN/VNA