Hanoi (VNA) - Un an après la mise en œuvre de la Résolution n°59-NQ/TW du 24 janvier 2025 du Bureau politique sur « l’intégration internationale dans la nouvelle conjoncture », la pensée stratégique du Vietnam en matière d’intégration a connu une évolution notable.
Alors qu’auparavant l’accent était principalement mis sur l’élargissement des marchés et la promotion du commerce, l’intégration est désormais considérée comme un levier essentiel pour attirer les technologies, les connaissances et les ressources humaines de haute qualité, contribuant ainsi au renforcement des capacités endogènes et de la compétitivité nationale.
Dans un contexte de concurrence technologique mondiale de plus en plus intense, la science et la technologie sont identifiées comme des facteurs clés de percée. Elles permettent non seulement d’améliorer l’efficacité de la gestion des entreprises, mais constituent également des outils indispensables pour répondre aux exigences de développement durable, de transition verte ainsi qu’aux normes environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) imposées par les marchés internationaux.
Évoquant la mise en œuvre de l’esprit de la Résolution 59 au niveau de l’entreprise, Vu Thanh Thang, directeur de la société par actions AIZ (Hanoï), a indiqué que son entreprise avait pris l’initiative de coopérer avec le groupe américain Qualcomm, l’un des principaux fabricants mondiaux de puces électroniques. Au cours des deux dernières années, AIZ a intégré les nouvelles solutions technologiques de Qualcomm, notamment les systèmes d’inférence en intelligence artificielle, aux logiciels développés par ses ingénieurs vietnamiens.
Selon Vu Thanh Thang, au lieu d’utiliser des solutions clés en main venues de l’étranger, AIZ a opté pour un modèle de coopération fondé sur le partage de valeur, selon une approche « 50-50 ». Le partenaire international fournit la plateforme technologique de base, tandis que les ingénieurs vietnamiens développent les couches applicatives, les systèmes de données et les solutions adaptées au marché national. Cette méthode permet à l’entreprise de maîtriser progressivement une partie substantielle de l’architecture technologique, renforçant ainsi son autonomie et sa capacité d’adaptation.
Sur cette base, AIZ a construit un écosystème d’intelligence artificielle relativement complet, comprenant un système d’analyse de données, un « cerveau numérique » pour l’entreprise ainsi que des processus et des ressources humaines numériques opérant sur une plateforme intégrée. Grâce à l’application des technologies, les délais de traitement ont été raccourcis et la précision de la gestion améliorée. Par ailleurs, les outils technologiques permettent de mesurer les émissions, d’optimiser l’utilisation des ressources et de calculer de manière transparente les crédits carbone, des exigences devenues incontournables dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Du point de vue de la recherche en politiques publiques, la docteure Loc Thi Thuy, experte économique à l’Institut de recherche sur l’Europe et les Amériques (Académie vietnamienne des sciences sociales), estime que la Résolution 59 a établi un cadre important reliant diplomatie politique, diplomatie économique et coopération scientifique et technologique. Au cours de l’année écoulée, de nombreux accords stratégiques dans les domaines des infrastructures numériques, de la transition verte et des sciences et technologies ont été signés et mis en œuvre de manière positive.
Fait notable, le Vietnam ne se contente plus de rechercher des capitaux d’investissement, mais négocie activement l’intégration de clauses relatives au transfert de technologies, à la formation des ressources humaines et au développement de l’écosystème national d’innovation. Cette approche reflète une évolution profonde de la pensée en matière d’intégration : utiliser l’économie extérieure comme canal d’absorption des acquis de l’époque tout en consolidant les forces internes du pays.
Cependant, la mise en œuvre de la Résolution 59 révèle également plusieurs défis. La mobilisation de ressources hors budget pour la science et la technologie demeure entravée par des mécanismes financiers et des procédures juridiques encore inadaptés. En outre, la pénurie de main-d’œuvre hautement qualifiée dans des secteurs stratégiques tels que les microcircuits, les semi-conducteurs et la logistique de haute technologie constitue un goulot d’étranglement à résoudre rapidement.
Pour attirer des experts étrangers ainsi que des Vietnamiens résidant à l’étranger, les spécialistes recommandent l’élaboration de politiques cohérentes, transparentes et stables à long terme. Au-delà des incitations financières et des conditions de travail attractives, il est essentiel de créer un environnement de recherche professionnel, garantissant l’autonomie académique et des mécanismes d’évaluation fondés sur l’efficacité réelle. Il convient également de mettre en place des dispositifs flexibles permettant aux experts vietnamiens de l’étranger de participer à des projets de recherche, de conseiller les politiques publiques ou de co-fonder des entreprises technologiques nationales, y compris sous des formes de travail à distance.
La création de centres de recherche et de développement répondant aux normes internationales, associés aux parcs technologiques et aux pôles d’innovation, est considérée comme un facteur déterminant pour attirer et retenir les talents. Il s’agit également d’une condition essentielle pour transformer les ressources externes en capacités réelles au sein du pays.
Après un an de mise en œuvre, la Résolution 59 a non seulement élargi l’espace de coopération internationale, mais également impulsé des réformes internes, encourageant les entreprises et les autorités à renouveler leur pensée et à s’adapter activement au nouveau contexte de développement. Dans la période à venir, l’enjeu central sera d’exploiter efficacement l’économie extérieure afin d’absorber technologies, connaissances et expériences de gestion avancées, tout en perfectionnant les institutions nationales pour convertir ces ressources en forces endogènes, au service d’un développement vigoureux et durable du pays. - VNA