Hanoi (VNA) - Le Grand lac de l’Ouest (Hô Tây) à Hanoï offrait autrefois un site magnifique pour les promenades littéraires en barque des érudits. Aujourd’hui, il reste une adresse de choix pour une ballade au fil de l’eau.

Hô Tây offre une belle vue à l’aube. Photo : Linh Thao/CVN
Une vingtaine de Hanoïens passionnés de nature et d’art ont organisé, le soir du 16e jour du 4e mois lunaire du mois de juin 1992, une petite excursion sur le lac. Le groupe rassemblait des poètes, des musiciens, une chanteuse, des journalistes, un peintre, un avocat, un médecin, des fonctionnaires à la retraite, plus de vieux que de jeunes.

Le lieu de rendez-vous fut la vénérable maison communale du village de Yên Phu, dans l’ancienne banlieue. Ce temple dédié au génie tutélaire du village, héros légendaire de la lutte contre l’invasion étrangère, s’impose par ses immenses travées, ses sculptures hiératiques et ses arbres séculaires. M. Tao, notre mécène, un fonctionnaire à la retraite, a reçu le groupe dans sa maison au style ancien modernisée. C’était à 200 m de la maison communale.

Rencontre avec une famille dans le village de Yên Phu

Contre tout «planning familial», M. Tao est père de huit enfants, tous garçons. Le lorgnant du coin de l’œil, sa femme, d’apparence fort jeune à 50 ans passés, nous dit en souriant : «La faute est à lui qui voulait le Buffle d’Or à tout prix !». Selon les croyances populaires, la famille qui aurait dix garçons pourrait faire fortune en tirant le Buffle d’Or du fond du lac de l’Ouest.

À 07h00 du soir, quand le soleil s’éteignait, nous descendîmes à bord de quatre barques de bambou apprêtées par les enfants du patron. On s’éloigna bientôt des bords du lac, abandonnant derrière nous les lumières électriques... Sous l’obscur firmament, le clapotis de l’eau faisait revivre la «prose rythmée» (phú) écrite par le lettré Nguyên Huy Luong il y a deux siècles pour chanter le lac de l’Ouest :
«Au village de Yên Thai, la brume nocturne palpite au bruit des pilons.
Près du village de Nghi Tàm, les filets de pêcheurs dévient le courant
...» 

Comme pour faire écho à ces reminiscences, la voix cristalline de Mme Tuyêt, accompagnée par la mandoline en forme de lune de son mari, M. Thoai, distillait dans la brise du soir la nostalgie d’une mélopée langoureuse des bâtelières de la Rivière des Parfums. C’est ainsi que nous voguions en attendant la lune. Il a fallu, hélas, faire demi-tour pour fuir les premières gouttes de pluie. Sur terre, la partie a continué jusqu’à une heure avancée de la nuit. Nous avons été dédommagés par une véritable joute de poésie et une «nourriture terrestre» non moins délicieuse, la soupe de poulet offerte par Mme Tao. Lac de l’Ouest, nous te reverrons. -CVN/VNA