Les exportations vertes redéfinissent les règles du commerce mondial

Le Vietnam réoriente progressivement sa stratégie de développement des marchés d’exportation afin d’aligner la croissance de ses exportations sur les objectifs de développement durable. Le développement des marchés doit non seulement soutenir la croissance des exportations, mais aussi contribuer à ouvrir de nouvelles perspectives de croissance tout en renforçant la durabilité à long terme des exportations.

L'usine de FrieslandCampina à Ha Nam est l'une des pionnières en Asie à mettre en œuvre un modèle de production verte. Photo : VNA
L'usine de FrieslandCampina à Ha Nam est l'une des pionnières en Asie à mettre en œuvre un modèle de production verte. Photo : VNA

Hanoi (VNA) – Alors que le commerce mondial s’oriente de plus en plus vers le développement durable, des exigences plus strictes en matière d’environnement, d’émissions et de responsabilité des chaînes d’approvisionnement deviennent des conditions essentielles d’accès aux marchés.

Les exportations vertes ne sont plus une option, mais constituent désormais les nouvelles “règles du jeu” pour les entreprises dans un Vietnam très ouvert, afin de participer plus activement aux chaînes de valeur mondiales.

Un tournant majeur est la mise en œuvre par l’Union européenne (UE), le 1er janvier 2026, du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF), visant à prévenir le phénomène de “fuite de carbone” liée à la délocalisation de la production vers des pays aux normes environnementales moins contraignantes.

Ce dispositif repose sur un mécanisme de quotas miroir du mécanisme ETS, système d’échange de quotas d’émission créé en 2005 au sein de l’UE. Ainsi, le MACF conditionne l’importation de certains produits industriels au respect d’obligations spécifiques.

Pour les économies en développement, dont le Vietnam, le MACF souligne le rôle croissant des normes environnementales comme nouvelle forme de barrière commerciale. Les autorités estiment qu’une dizaine de secteurs d’exportation vietnamiens pourraient subir des répercussions directes ou indirectes. L’aluminium, le ciment, l’acier et les produits chimiques devraient être directement touchés, tandis que l’électronique, le textile et l’habillement, les produits alimentaires transformés, le papier et les plastiques pourraient en ressentir les effets à travers leurs chaînes d’approvisionnement.

Le Royaume-Uni devrait également mettre en place un mécanisme similaire à partir de 2027, tandis que d’autres économies développées étudient des politiques liant les émissions de carbone à des pratiques commerciales durables.

Parallèlement, de nouvelles réglementations, telles que la directive sur le reporting de durabilité des entreprises (CSRD) dont l’objectif principal est d’instaurer une transparence accrue dans la communication des performances ESG (Environnementales, Sociales et de Gouvernance), et les exigences de diligence raisonnable en matière de chaîne d’approvisionnement, contraignent les entreprises à garantir la transparence tout au long de la chaîne de valeur, depuis les données sur les émissions et les normes du travail jusqu’à l’approvisionnement en matières premières.

Trân Ngoc Quân, conseiller commercial et chef de l’Office du commerce du Vietnam en Belgique et auprès de l’UE, a fait savoir que l’UE intensifiera les contrôles aux frontières en 2026, renforcera les contrôles de sécurité alimentaire et étendra les mesures de défense commerciale, notamment pour le secteur sidérurgique. Ces évolutions indiquent que la concurrence commerciale mondiale entre dans une nouvelle phase où les normes de durabilité déterminent de plus en plus l’accès aux marchés.

En réponse, le Vietnam réoriente progressivement sa stratégie de développement des marchés d’exportation afin d’aligner la croissance de ses exportations sur les objectifs de développement durable.

Dô Quôc Hung, directeur par intérim du Département des marchés extérieurs du ministère de l’Industrie et du Commerce, a déclaré que le développement des marchés devait non seulement soutenir la croissance des exportations, mais aussi contribuer à créer de nouveaux débouchés tout en renforçant la viabilité à long terme des exportations.

Parallèlement à la consolidation de ses marchés traditionnels tels que les États-Unis, l’Union européenne, la Chine et le Japon, le Vietnam intensifie ses efforts pour explorer les marchés émergents du Moyen-Orient, de l’Asie du Sud, de l’Afrique et de l’Amérique latine. Si ces régions offrent un fort potentiel de croissance, les entreprises doivent parfaitement maîtriser les pratiques commerciales, les systèmes logistiques et les risques liés aux paiements afin d’éviter d’éventuels revers.

Nguyên Hoàng Thuy, conseillère commerciale du Vietnam en Suède concurremment en Europe du Nord, a souligné que la transition écologique est devenue un pilier central de la stratégie de développement de l’UE. Les exigences en matière de traçabilité, d’économie circulaire et de réduction des émissions incitent les entreprises à verdir l’ensemble de leurs chaînes de production, des matières premières aux produits finis.

Malgré des orientations politiques claires, un écart important persiste entre les objectifs stratégiques et la capacité de mise en œuvre des entreprises. Nombre d’entre elles considèrent encore les exportations vertes comme une simple question de produit, alors qu’en réalité, cela exige une transformation globale de l’ensemble de la chaîne de valeur, depuis l’approvisionnement en matières premières et les technologies de production jusqu’à la transformation et la logistique.

Un autre défi réside dans la réticence des entreprises à investir dans le développement durable, en raison des coûts initiaux élevés et des longs délais de retour sur investissement. Les experts soulignent que cette vision est incomplète, car même les exportations certifiées vers des marchés développés comme l’Europe et le Japon sont soumises à des inspections indépendantes rigoureuses, notamment en ce qui concerne les résidus chimiques. Le non-respect des normes pourrait nuire non seulement aux entreprises individuelles, mais aussi à la réputation de secteurs entiers.

Dô Quôc Hung a suggéré que la création des clusters de production verte ou de zones d’exportation vertes contribuerait à instaurer des écosystèmes industriels capables de respecter simultanément les normes environnementales, d’émissions et de travail. Un cadre proposé pour des “normes interrégionales” communes avec l’UE et le Royaume-Uni pourrait permettre aux entreprises vietnamiennes d’intégrer les exigences de conformité dès la conception des produits, ce qui leur permettrait aux entreprises d’intégrer proactivement les normes dans leur production plutôt que de se démener pour s’y conformer après. – VNA

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