Le fleuve Rouge joue un rôle important dans la vie et la production des habitants de la plaine du Nord du Vietnam.
Photo: CTV/CVN

 

Hanoi (VNA) - Comme Siva, le fleuve Rouge est à la fois créateur et destructeur. Il nourrit de ses fertiles alluvions le peuple Viêt et sa civilisation originale née du mode de culture du riz en terrain inondé. Mais en même temps, il enlève biens et vies humaines.

Gonflé chaque été par les pluies torrentielles, le fleuve Rouge voit ses eaux monter de 10 à 14 m et emporter tout sur leur passage. Ses eaux déchaînées déferlent sur le delta du Nord, semant dans leur sillage des épidémies de diarrhée et de dysenterie.

Les vieux paysans pourraient raconter ces véritables catastrophes que constituaient les ruptures de digues dont le réseau, commencé dès le XIIe siècle, mesure aujourd’hui quelque 3.000 km. Les énormes travaux collectifs que demande cette lutte ont constitué un facteur de cohésion et de transformation du peuple Viêt, bâtisseur de la civilisation du fleuve Rouge.

Auteur des crues du fleuve Rouge

Le mythe du Génie des Eaux, auteur des crues du fleuve Rouge, ne cesse de hanter l’imaginaire de notre peuple et d’inspirer des œuvres artistiques et littéraires.

Le public enfantin - entre 3 et 4 ans- applaudissait frénétiquement tandis que sur la scène, les forces du Mal représentées par le Génie des Eaux et ses monstres marins étaient vaincues par les forces du Bien représentées par le Génie de la Montagne et ses bêtes de la forêt.

Nous étions aux Théâtre de la Jeunesse dans la rue Ngô Thi Nhâm, à Hanoï, qui réserve chaque dimanche une matinée aux enfants. Les étudiants d’un cours de comédie organisé par le théâtre lui-même présentèrent ce jour-là, avec le soutien financier du Fonds suédo-vietnamien pour la promotion de la culture, une pièce qui raconte une légende remontant aux origines du peuple Viêt.

Hùng Vuong, un des rois fondateurs du pays des Viêt, avait une fille dont s’éprirent le Génie de la Montagne et le Génie des Eaux. Il dit aux prétendants: "Ma fille My Châu ne saurait être partagée. Je la donnerai au premier d’entre vous qui demain matin n’aura apporté 100 plateaux de riz gluant, 200 gâteaux de riz, un éléphant à neuf défenses, un coq à neuf ergots et un cheval à neuf crinières rouges".

Le Génie des Eaux, retardataire, ne trouva plus l’objet de ses amours. Il entra dans une violente colère. Il déchaîna des typhons qui ébranlèrent ciel et terre, emportant maisons, arbres, récoltes…

Le Génie de la Montagne déplaçait les collines et rehaussait les montagnes au fur et à mesure que l’eau montait. Une lutte sans merci se déroulait qui se termina par la victoire du Génie de la Montagne.

Mais la rancune du rival évincé ne s’est jamais apaisée. Aussi revient-il chaque année à l’époque du changement de la mousson pour reprendre le combat, alors que le Génie de la Montagne continue d’assurer sa mission protectrice. -CVN/VNA