Le chant des montagnards San Chi

Les San Chi font partie des 53 ethnies minoritaires du Vietnam. Ils sont connus pour leur Sinh ca, un genre de chant alterné spécifique du Nord. Ils représentent un trésor culturel inestimable.

Hanoi (VNA) – Les San Chi font partie des 53 ethnies minoritaires du Vietnam. Ils sont connus pour leur “Sinh ca”, un genre de chant alterné spécifique du Nord. Ils représentent un trésor culturel inestimable qui contribue à enrichir et à diversifier le patrimoine national.

Le chant des montagnards San Chi ảnh 1Des femmes San Chi. Photo : CTV/CVN

À une centaine de kilomètres au nord de Hanoï, après avoir pris la route provinciale de Bac Giang, notre voiture s’arrête à Trai Cong, hameau de San Chi, commune de Kiên Lao. Nous sommes chaleureusement accueillis à la Maison de la culture flambant neuve par une dizaine de jeunes montagnards et montagnardes, rayonnant de santé et de joie de vivre dans leurs costumes indigo.

Les San Chi sont également appelés San Ti, San Tu, appellations différentes qui proviennent des mots chinois hán “Son Tu” qui signifient “enfant, peuple de la montagne”. Leur groupe forme avec le groupe de Cao Lan une ethnie nommée “San Chay” ou encore “San Chi - Cao Lan” qui compte environ 100.000 habitants établis dans les provinces montagneuses du Nord de Tuyên Quang (anciennement Hung Hoa), Bac Kan, Thai Nguyên, Lang Son, Quang Ninh, Bac Giang… Ils appartiennent à la famille linguistique Tày-Thái. Originaire de la province du Guangdong au Sud de la Chine, ils ont émigré au Nord du Vietnam il y a plus de 400 ans.

Les San Chi pratiquent le culte des ancêtres et adorent le Dieu du sol, mais ne pratiquent pas le bouddhisme ou d’autres religions universelles. Leur passion, qui est aussi celle des Cao Lan, est le “Sinh ca” (chanson populaire). Il existe des recueils de Sinh ca communs à ces groupes ethniques qui peuvent chanter une dizaine de nuits d’affilée.

Un chant alterné de filles et de garçons
Le chant des montagnards San Chi ảnh 2Les airs du "Sinh ca" sont des couplets interprétés en alternance. Photo : CTV/CVN

Ces chansons fascinent femmes et hommes de tout âge et de toute condition. On les chante les jours de fête mais aussi en toute occasion. On va même à Lang Son pour inviter les compatriotes San Chi à venir à Kiên Lao joindre leurs voix à celle des locaux. Les partenaires viennent par dizaine ou vingtaine, deux jours avant la date prévue pour faire des préparatifs. Ils séjournent chez les hôtes de cinq à sept jours. Le 18e jour du 2e mois lunaire marque le grand jour du Sinh ca.

Le “Sinh ca”  compte quatre variétés. Le “Chu coôc”  (Chant diurne) se chante entre les filles et les garçons qui se rencontrent durant les jours de fête, ou sur la route, près d’un ruisseau, dans la forêt, au marché… Questions et réponses se suivent sous forme de poèmes chantés, chacun comprenant quatre vers de sept pieds (mots) écrits en idéogrammes “hán”  (chinois) et prononcés en San Chi. Cet héritage comprend des centaines de chansons-poèmes types qu’il faut apprendre par cœur pour les employer selon les circonstances, mais on peut tout aussi bien en improviser. La joute de chansons cesse quand la partie adverse ne peut trouver une réponse satisfaisante.

Si c’est un groupe de garçons qui vient au village, c’est aux filles de l’endroit de chanter avant, et vice versa. Il va de soi qu’on commence par des salutations :

“… Petite sœur, vous habitez, un village,
Notre rencontre a-t-elle été arrangée par un heureux hasard ?
Qu’il me soit permis de chanter un morceau pour vous le demander”.

Une feinte de modestie :

“… Le petit oiseau n’ose pas se percher sur une haute branche”.

Viennent les confidences :

“Je rame, ma barque rencontre une cascade,
J’arrête ma barque pour regarder les poissons nager
Le dragon crie trois fois puis entre dans la pluie
Le tigre crie trois fois puis se perd dans la forêt
Le cœur est lourd quand il faut se séparer :
Je ne crains ni la montagne haute ni le fleuve profond,
Si la montagne est haute, on la gravira par la pensée
Si le fleuve est profond, il y aura un passeur”.


Apprécier les airs du “Cnang Côô”

Le chant des montagnards San Chi ảnh 3Les San Chi font partie des 53 ethnies minoritaires du Vietnam.Photo : CTV/CVN

Le “Cnang Côô” (Chant nocturne), la forme de “Sinh ca” la plus riche, se chante dans la maison ou dans la cour, assis sur des nattes. On les chantait durant sept nuits consécutives, aujourd’hui seulement cinq. Le nombre de chansons dans ce répertoire peut atteindre le millier. On réduit chaque nuit le nombre de chansons (ex : 200 - 160 - 150 - 140 - 50). On chante le soir à 07h00 ou 08h00 pour continuer jusqu’à l’aube.

Les partenaires, venus de loin, se tiennent devant la porte de l’hôte pour s’annoncer avec une autre autre chanson. Le maître (la maîtresse) de la maison les invite à entrer par une autre chanson. Le groupe ami s’assoit sur un lit, face au lit sur lequel est assis le groupe local. À la lumière des lampes à huile, on boit du thé, on fume du tabac, on chique du bétel, tout en échangeant des chansons-poèmes (quatre vers de sept pieds) :

“… Comme je traverse la forêt, j’entends les insectes crier
Comme je traverse la rivière, je vois le dragon manger de la mousse,
Votre petite sœur passe, elle n’a pas peur du dragon.
Elle serre d’une main la corne du dragon, elle passe.
… À la cinquième veille, on se sépare à la porte
On se dit au revoir, les larmes aux yeux.
Les coquericos du coq d’or résonnent, me voici loin de toi
Mon cœur est si triste, le sais-tu, frère ? ”.


Outre le chant diurne et le chant nocturne, mentionnons le chant nuptial et le chant de la cérémonie d’initiation donnant un nouveau nom aux garçons de 18 ans (le 2e ou 4e jour du 1er mois lunaire).

Rendons hommage au musée de Bac Giang qui a publié le Recueil de chansons populaires San Chi de Kiên Lao - Luc Ngan (2003) qui réunit 1.058 chansons-poèmes (idéogrammes chinois, transcriptions phonétiques en “san chiet “hán-viêt”, traduction en vietnamien). -  Huu Ngoc/CVN/VNA

Voir plus

La stèle de Hoa Lai, trésor national, est exposée au Musée provincial de Khanh Hoa. Photo : VNA

Insuffler un nouveau souffle au patrimoine culturel Cham

Avec son système de tours-temples, de fêtes traditionnelles, de villages artisanaux et un riche patrimoine matériel et immatériel, la culture Cham à Khanh Hoa n’est pas seulement un témoignage historique et culturel ancien ; elle est aujourd’hui préservée et valorisée, associée au développement du tourisme et aux moyens de subsistance des communautés, insufflant ainsi une nouvelle vitalité au patrimoine culturel Cham dans la vie contemporaine.

Des touristes participent à l'excursion « Découvrez la nuit à Van Mieu-Quoc Tu Giam ». (Photo : nhandan.vn)

L’élan économique issu du patrimoine

Le patrimoine vietnamien s'affirme désormais comme un pilier économique : de l'essor du tourisme culturel à l'élan des industries créatives, les richesses culturelles génèrent aujourd'hui des bénéfices tangibles pour les localités.

L’artisan Luc Van Tich guide le club de chant Then de la commune de Son Hai, province de Bac Ninh, lors d’une séance d’entraînement. Photo : VNA

14e Congrès du Parti : Placer la culture à la juste place dans la stratégie de développement national

À l’approche du XIVe Congrès national du Parti communiste du Vietnam, les débats réaffirment la culture comme fondement spirituel de la société, moteur endogène du développement durable et pilier essentiel du soft power national dans un contexte d’intégration internationale approfondie.
À travers les regards d’intellectuels vietnamiens à l’étranger, l’article met en lumière les orientations visant à placer la culture au cœur de la stratégie de développement du pays.

Le long métrage « Pluie rouge », réalisé par l’artiste émérite Dang Thai Huyên et produit par le Cinéma de l’Armée populaire. Photo: www.qdnd.vn

Le Cerf-volant d’or 2025 couronne "Mua do"

Adapté du roman de Chu Lai, qui en a également écrit le scénario, le film s’inspire de la bataille de 81 jours pour la défense de la citadelle de Quang Tri en 1972.

Des chanteurs interprètent des chansons dans le cadre du programme «Le cœur du Guide». Photo: gracieusé du Théâtre de la jeunesse du Vietnam

Les théâtres sonnent les trois coups pour célébrer le 14e Congrès national du Parti

Les programmes sont conçus comme de véritables «cadeaux spirituels» dans le contexte des célébrations nationales du 14e Congrès du Parti. Ils visent non seulement à honorer la beauté du théâtre traditionnel, mais aussi à nourrir l’amour de la patrie et du pays, en particulier auprès des jeunes générations, contribuant ainsi à ancrer l’art populaire dans la vie contemporaine.

De nombreux films captivants seront projetés durant la Semaine du film en l’honneur du 80e anniversaire des premières élections générales et du 14e Congrès national du Parti. Photo : VNA

Le cinéma célèbre les 80 ans des premières législatives et le 14e Congrès national du PCV

Les films sélectionnés pour les projections publiques de la Semaine du film célébrant le 80e anniversaire des premières élections générales et du 14e Congrès national du Parti ont démontré un large impact social, un fort attrait auprès du public et un succès commercial significatif, tout en répondant à des critères élevés de qualité artistique et de valeur idéologique.

Rouleaux de printemps vietnamiens frais, préparés avec des galettes de riz. – Photo: vietnhatplastic.com

La feuille de riz vietnamienne se cuisine à toutes les sauces européennes

Les galettes de riz vietnamiennes séduisent de plus en plus les gourmets européens grâce à leur polyvalence, leur facilité de préparation et leur capacité à s'accorder avec une grande variété d'ingrédients occidentaux. Cet échange culinaire contribue non seulement à étendre le rayonnement de la cuisine vietnamienne, mais aussi à enrichir le paysage gastronomique multiculturel de la Belgique et de nombreux autres pays.