Hanoi (VNA) - Les conséquences de l’agent orange/dioxine, substance toxique déversée au Vietnam par l’armée américaine pendant la guerre, sont encore observables aujourd’hui. Ce défoliant a meurtri plusieurs générations de Vietnamiens ainsi que l’écosystème du pays. L’engagement du gouvernement et des organisations internationales aux côtés des victimes tend à atténuer les séquelles du passé.
 
Une classe caritative pour des victimes de l’agent orange de la province de Gia Lai (hauts plateaux du Centre). Photo: VNA

L’agent orange/dioxine détruit l’environnement, bouleverse les écosystèmes et entraîne de lourdes pertes de ressources en bois, ainsi que la disparition de nombreuses espèces végétales et animales rares et menacées d’extinction. Mangroves et forêts en amont de 28 grands fleuves vietnamiens ont été gravement endommagées. Ce sont les causes de catastrophes naturelles, d’inondations, d’érosion et de sécheresses de plus en plus fréquentes.

Dans les anciennes bases militaires américaines utilisées pour le stockage et le mélange de produits chimiques toxiques, la quantité de dioxine restante est évaluée à plusieurs milliers de fois plus élevée que la concentration autorisée, notamment dans les aéroports de Biên Hoà (province de Dông Nai), Dà Nang (ville éponyme) et Phù Cat (province de Binh Dinh).

Une décontamination nécessaire

À l’aéroport de Dà Nang, en 2007, avec l’appui de la Fondation Ford, le ministère de la Défense a bétonné 6.900 m² de sol contaminé. Il a mis  en place un système de décantation, de filtrage et d’évacuateurs de crues afin de minimiser la quantité de dioxine se déversant dans le lac régulateur. Au cours de la période 2012-2018, 170 millions de dollars, dont 110 millions provenant de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), ont été versés pour l’isolation d’environ 50.000 m3 de boue. En novembre 2016, le ministère de la Défense a remis 32,4 hectares de terres traitées au service du développement socioéconomique de la ville de Dà Nang.

Sur la période 2017-2019, le ministère de la Défense a mis en œuvre à l’aéroport de Biên Hoà des projets de construction d’infrastructures et de prétraitement des produits chimiques toxiques. D’un budget de 270 milliards de dôngs (11,6 millions de dollars), ils concernent la construction d’ouvrages anti-déversement et d’isolation dans les zones contaminées comme barrages de garde-boue, barrières d’isolation, terreau de ramassage de boue et de sol contaminé à la dioxine...
 
Le sol décontaminé dans l’aéroport de Dà Nang (Centre). Photo: VNA

L’aéroport de Biên Hoà est le lieu le plus contaminé par la dioxine dans le pays. Selon les résultats d’évaluation, la quantité de sol et de sédiments contaminés s’élève à 500.000 m3, soit quatre fois plus que le volume traité à l’aéroport de Dà Nang.

Soulager la douleur des victimes

D’après les statistiques, environ 4,8 millions de Vietnamiens ont été exposés à l’agent orange/dioxine, dont trois millions sont victimes directes. L’agent orange s’est transmis de génération en génération, et des enfants de 3e génération souffrent encore de malformations congénitales. 

Depuis sa fondation en 2004, l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA) a mobilisé plus de 1.935 milliards de dôngs (environ 83,2 millions de dollars), dont 3,8 millions de dollars d’organisations internationales. Grâce à ces sources, la VAVA a construit 11 centres de désintoxication pour les victimes. Au cours des six premiers mois de 2019, l’association a construit ou réparé 165 maisons de victimes de l’agent orange.

Selon le général Nguyên Van Rinh, président de la VAVA, les contributions de toute la société ont permis de bâtir 26 centres caritatifs, qui accueillent des anciens combattants et près de 900 enfants, tous victimes de l’agent orange. Ces établissements de soins se trouvent dans les villes et provinces de Gia Lai (hauts plateaux du Centre), Quang Nam, Quang Ngai, Dà Nang, Hà Tinh (Centre), Bà Ria-Vung Tàu, Tây Ninh, Bên Tre (Sud), Bac Giang, Hanoi, Thai Binh (Nord)...
 
Un numéro de chant donné par deux victimes de l’agent orange sur la scène du Théâtre Âu Co à Hanoi. Photo: VNA
 
La VAVA conseille également le Parti et l’État en matière de politiques en faveur des personnes ayant rendu des services méritoires envers la Patrie, les aidant à bénéficier de politiques adéquates. Dans les années à venir, la VAVA poursuivra ses efforts de coordination avec des scientifiques nationaux et internationaux pour participer à l’évaluation des conséquences de la guerre chimique menée par les États-Unis au Vietnam. Elle proposera également des directives et des solutions pour les surmonter.

Dans le même temps, l’association fait pression sur les organismes judiciaires américains pour qu’ils examinent l’action en justice des victimes vietnamiennes de l’agent orange, afin de rendre des décisions justes et équitables en conformité avec le droit international.
 
* Opération "Ranch Hand"

Le 4 décembre 1961, le président américain Kennedy autorise l’opération de guerre chimique "Ranch Hand" au Vietnam pour détruire le couvert forestier afin d’accroître la visibilité lors des opérations militaires et de couper le réseau d’approvisionnement des combattants de l’Armée populaire du Vietnam.

Le 12 janvier 1962, le premier raid a lieu. Principal défoliant utilisé: la dioxine ou TDD (tétrachlorure-dibenzo-dioxine). Chaque type d’herbicides (appelé "agent") est identifié par un autocollant bleu, vert, rose, blanc ou violet (leur composition qui varie selon leur fonction), puis orange, qui est jugé responsable des malformations chez les nouveau-nés.

En 1970, l’usage est suspendu: 44,38 millions de litres d’agent orange ont été déversés, soit 170 kg de dioxine, sur le Sud et le Centre du Vietnam. La première victime américaine: Paul Reutershan (pilote d’hélicoptère), victime en 1978 d’un triple cancer, a intenté, au nom des vétérans de guerre au Vietnam, un procès aux fabricants de dioxine, en particulier Down Chemical et Monsanto.

En 2014, Trân Tô Nga, une Vietnamienne résidant en France et également victime de l’agent orange, a déposé plainte au tribunal d’Evry en France, contre 26 fabricants américains des produits chimiques dont Monsanto et Dow Chemical. – CVN/VNA