Hô Chi Minh et les valeurs culturelles de l’Occident

Si étrange que cela puisse paraître, Hô Chi Minh, qui incarne la lutte des peuples opprimés contre le joug de l’Occident colonialiste, est culturellement proche de l’Occident.
Hô Chi Minh et les valeurs culturelles de l’Occident ảnh 1Hô Chi Minh, père du peuple vietnamien et célébrité mondiale. Photo : Archives/CVN

Hanoi (VNA) - Si étrange que cela puisse paraître, Hô Chi Minh, qui incarne la lutte des peuples opprimés contre le joug de l’Occident colonialiste, est culturellement proche de l’Occident. Jean Lacouture trouve qu’il a des «signes évidents de liens intellectuels et politiques» avec le peuple américain.

«Il était très français», note Edmond Michelet, ministre gaulliste. «Il avait activement participé aux grèves des bords de la Tamise qui restaient un des grands moments de sa vie errante»(1). À l’encontre d’autres éminents leaders révolutionnaires d’Asie, tel Mao Zedong, il s’était formé et avait fait ses premières armes politiques en Europe.

Ce qui ne l’empêchait pas d’être profondément vietnamien, asiatique. Tous ses interlocuteurs en étaient frappés. Selon Jean Roux, journaliste à Franc Tireur,  Hô Chi Minh «combinait en lui l’héroïsme et la sagesse», «il était porteur de la sagesse de l’Asie»(2).

Recherche de la voie du salut national

Lorsque Hô Chi Minh naquit, le Vietnam était une colonie française depuis une décennie. Comment libérer la nation et améliorer le sort du peuple ? Ce fut là l’équation de toute sa vie. En 1911, il partit en France pour chercher une voie de libération nationale. Il avait 21 ans, une formation de base assez solide pour lui permettre d’assimiler le nouveau sans renier ses racines, d’être «l’homme moderne le plus représentatif du Vietnam»(3).

Au cours de ses pérégrinations de par le monde, il garderait vivants les souvenirs de son enfance et de son adolescence : être et choses de son pauvre village de Kim Liên (dans la province centrale de Nghê An), sa modeste famille de lettrés paysans patriotes, le bouillonnement de la lutte populaire contre l’occupant. Il préserverait toujours «les éternelles valeurs vietnamiennes : respect des vieilles gens, mépris de l’argent, affection pour les enfants»(4).

L’âme vietnamienne se maintiendrait intacte en lui : sens de la communauté, culte familial, acharnement à la tâche, bon sens et humour paysans, et instinct poétique. Sans suivre Paul Mus dans ses savantes méditations qui tendent à cerner à travers Hô Chi Minh le psyché du Vietnam et de l’Asie(5), il nous paraît important de souligner qu’on ne saurait comprendre l’évolution culturelle et idéologique du futur président vietnamien sans approfondir la spécificité du mode de pensée oriental marqué par la quête de l’unité cosmique, l’harmonie des contraires, le penchant à l’intuition et à la synthèse.

Hô Chi Minh, homme des ouvertures

Le jeune Hô Chi Minh aborde l’Occident avec une rare ouverture d’esprit. Il restera l’homme des ouvertures, à en juger sa réponse à un journaliste étranger : «Confucius, Jésus, Marx, Sun Yat Sen n’auraient-ils pas des points de ressemblance ? Ils veulent tous le bien de la société. S’ils vivaient encore, et habitaient ensemble, je suis sûr qu’ils s’entendraient à merveille, comme de bons amis».

L’ouverture d’esprit lié à un sens étonnant du contact humain lui fera partout des amis. «L’Oncle Hô était, à première vue, extrêmement séduisant»(6). Par ses lectures, ses fréquentations, ses voyages en Europe, Amérique, Afrique, Asie, ses activités militantes, il enrichit énormément ses bagages de connaissances et d’expérience humaine.

Hô Chi Minh et les valeurs culturelles de l’Occident ảnh 2 Le Président Hô Chi Minh. Photo : Archives/CVN

À la pensée occidentale qui érige la raison et la science comme critères de vérité, Hô Chi Minh emprunte la méthode analytique. Jean Sainteny remarque que, jointe aux études traditionnelles, «la culture générale acquise au cours de ses voyages et surtout à Paris, avait suffi à développer en lui cette faculté d’analyse, cette souplesse et cette curiosité d’esprit qu’il sut si bien, au cours de sa vie, mettre à profit»(7). Ses dons d’analyse se sont aiguisés d’autant plus qu’il s’était branché sur le journalisme dès ses débuts. La concision, l’expression centrée sur l’essentiel répondent d’ailleurs à la tournure d’esprit du lettré asiatique. Hô Chi Minh excelle dans la prosodie Tang si avare en mots.

Parti d’un pays colonisé semi-féodal, Hô Chi Minh fait en Occident l’apprentissage des idéaux de la Révolution bourgeoise de 1789. Il les conçoit prioritairement à travers le prisme de la libération nationale. On sait qu’il a opté pour le Parti communiste français et la troisième Internationale parce que ces organisations se font les champions des peuples coloniaux. Edmond Michelet, ministre des Armées chargé de recevoir Hô Chi Minh à Paris en 1946, a caractérisé ainsi la ligne politique de ce dernier : «Je crois que, dans le monde communiste, il est certainement un de ceux qui auraient souscrit à la révolution communiste, oui... mais dans la liberté».

Dans la Déclaration d’indépendance de la République démocratique du Vietnam (2 septembre 1945), le Président Hô se réclame des révolutions américaine et française.

«En littérature, il aime lire Shakespeare et Dickens en anglais, Lu Shin en chinois, Hugo et Zola en français. On peut dire qu’Anatole France et Léon Tolstoï ont été ses parrains littéraires»(8). Dans la poésie de Hô Chi Minh «confluent sensibilité asiatique et romantisme français»(9). Comme chez Dickens et Anatole France, la pitié y voisine avec l’ironie. Hô Chi Minh n’aime pas le culte de la personnalité. En 1946, comme il revient des Champs-Élysées, un accompagnateur français remarque : «Hé bien, M. le Président, il y avait du monde pour vous voir passer ! Bien sûr, réponds Hô Chi Minh en éclatant de rire, on voulait voir le Charlot vietnamien !».

Orient et Occident, nationalisme et internationalisme, action et poésie, tradition et révolution, raison et cœur, Hô Chi Minh a concilié admirablement ces contraires. Sa vie et son œuvre illustrent cette pensée de Pascal selon laquelle on ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité mais bien en touchant les deux à la fois et remplissant l’entre-deux.-CVN/VNA

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1. Michèle Zecchini, Hô Chi Minh, Planète-Action, Paris. 1970.
2. Manilla Times, 6 septembre 1969.
3. Christiane Pasquel Rageau, Hô Chi Minh, Éditions Universitaires, Paris 1970.
4. David Halberstam, «Ho – A Vintage Book», New York, 1971.
5. Hô Chi Minh, le Vietnam et l’Asie, Seuil, Paris, 1971.
6. Michèle Zecchini, Hô Chi Minh, Planète-Action, Paris. 1970.
7. Face à Hô Chi Minh, Seghers.
8. Trân Dân Tiên, Nhung mâu chuyên vê doi hoat dông cua Hô Chu tich.
9. Face à Hô Chi Minh, Seghers.

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