Entreprises vietnamiennes : sortir de la sous-traitance par la recherche & développement

Les experts estiment qu’à peine 5 à 10 % des entreprises vietnamiennes disposent aujourd’hui des capacités nécessaires pour s’insérer de manière durable et en profondeur dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, tandis que la grande majorité demeure cantonnée aux segments à faible valeur ajoutée.

La principale raison pour laquelle les entreprises vietnamiennes peinent à réaliser des percées réside non seulement dans la taille de leur capital, mais aussi dans leurs capacités de recherche et développement. Photo : VietnamPlus
La principale raison pour laquelle les entreprises vietnamiennes peinent à réaliser des percées réside non seulement dans la taille de leur capital, mais aussi dans leurs capacités de recherche et développement. Photo : VietnamPlus

Les entreprises vietnamiennes sont confrontées à un tournant majeur : sortir du modèle de la sous-traitance pour affirmer une véritable autonomie dans les chaînes de valeur globales.

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À l’échelle nationale, un réseau d’environ 6 000 entreprises opérant dans le secteur des industries de sous-traitance s’est progressivement constitué. Toutefois, la capacité effective des entreprises purement vietnamiennes demeure encore très limitée. Photo : VietnamPlus

Un paradoxe résume la situation : celui du "10/90"

Selon le Dr Trinh Quoc Vinh, membre du Conseil scientifique de l'Institut vietnamien de stratégie et de politique pour l'industrie et le commerce, le Vietnam compte environ 6 000 entreprises dans l’industrie de sous-traitance. Pourtant, les sociétés purement vietnamiennes ne couvrent qu’environ 10 % des besoins nationaux en composants et pièces détachées. Les 90 % restants, représentant des dizaines de milliards de dollars, sont assurés par des entreprises à capitaux étrangers (IDE) ou par les importations.

L’écart apparaît nettement dans les taux de localisation sectoriels. Si le textile-habillement affiche un taux de localisation d’environ 48 %, les secteurs de haute technologie (comme l'électronique) n'atteignent que 15 à 18 %. Dans l’automobile, sur 60 fournisseurs de Toyota au Vietnam, seuls 13 sont des entreprises vietnamiennes, illustrant un potentiel encore insuffisamment consolidé.

Au-delà de la taille financière, le principal frein réside dans la faiblesse des capacités de recherche et développement (R&D).

Pham Hoang Long, responsable des approvisionnements de Honda Vietnam, souligne qu’après 30 ans de présence, la part des achats auprès de 30 fournisseurs vietnamiens ne dépasse pas 20 % du volume total. L’essentiel de la valeur ajoutée continue d’être capté par les entreprises à IDE, grâce à leur contenu technologique et intellectuel plus élevé dans chaque composant.

Les entreprises locales fournissent majoritairement des pièces simples, fabriquées à partir de plans fournis, sans maîtriser la conception de composants complexes et personnalisables. Pour progresser, elles doivent passer d’une logique de "fabrication selon modèle" à une approche de conception autonome et de maîtrise des technologies clés.

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Nguyen Duc Hien, chef adjoint de la Commission centrale des politiques et des stratégies du Parti. Photo: VietnamPlus

Face à ces défis, Nguyen Duc Hien, chef adjoint de la Commission centrale des politiques et des stratégies du Parti, souligne que le développement d’un écosystème d’approvisionnement robuste relève désormais de la compétitivité nationale. Les organes compétents finalisent actuellement une résolution sur les solutions stratégiques visant à pérenniser une croissance à deux chiffres associée à un nouveau modèle de développement. Dans ce cadre, le rôle des fournisseurs est érigé en pilier fondamental afin de garantir l’autonomie stratégique et la sécurité économique.

Le gouvernement prend également des mesures concrètes en améliorant le cadre juridique, notamment en révisant le décret sur l’industrie de sous-traitance afin d’élargir les incitations et de financer jusqu’à 50 % des coûts d’essais en R&D. Le programme "Go Global", piloté par le ministère de l’Industrie et du Commerce, ambitionne par ailleurs d’accompagner les entreprises vietnamiennes vers une intégration plus affirmée sur les marchés internationaux.

Selon Nguyen Duc Hien, dans le nouveau contexte, l’État jouera un rôle d’architecte des politiques publiques, afin que les entreprises, les associations professionnelles et les instituts de recherche deviennent les acteurs centraux de la mise en œuvre des programmes de soutien, créant ainsi une dynamique synergique au service de l’ensemble de l’économie. -VietnamPlus

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