Des sauces qui ravigotent

Si aujourd’hui je tiens des propos épicés, je vous prie de m’en excuser par avance, tant il est vrai qu’au Vietnam les repas ne manquent pas de piment !


Hanoi (VNA) - Si aujourd’hui je tiens des propos épicés, je vous prie de m’en excuser par avance, tant il est vrai qu’au Vietnam les repas ne manquent pas de piment !

Des sauces qui ravigotent ảnh 1 Cherchez les sauces !Crédit Photo: CVN/VNA

Depuis toujours, on m’avait habitué à disposer de façon artistique assiettes, couverts et verres selon un ordre immuable, qui ne laissait rien à l’improvisation : couteaux et cuillère à potage à droite de l’assiette, fourchettes à gauche (de la plus grande à la plus petite), couverts à dessert au-dessus, et verres à eau, vin blanc et vin rouge de gauche à droite… Une véritable œuvre d’art, qui vaut bien que l’on «dresse» la table, et qui donne à chaque convive les moyens nécessaires pour s’attaquer à la nourriture !


Sauce de caractère

Ici, plutôt que l’organisation de postes de combat individuels, la présentation des plats vise à assurer une répartition adéquate des aliments entre tous les convives, tout en s'efforçant de satisfaire à la fois aux règles de préséance et au besoin de satiété de chacun.

Les seuls objets individuels sont la paire de baguettes et le «bát», ce petit bol qui remplace l’assiette. Pour le reste, tout est collectif, et présenté en une seule fois sur la table. Sauf le riz, bien tenu au chaud dans sa marmite de cuisson, qui reste hors de portée. C’est la maîtresse de maison qui en assure la distribution au fur et à mesure des besoins. À côté du saladier ventru qui contient le «canh», potage cuisiné, s’éparpillent les gros bols de viande, poisson, légumes, et les inévitables petites coupelles qui sont là pour titiller nos papilles. Car la coupelle est au repas vietnamien ce que la fourchette est au repas occidental : indispensable. Tout simplement parce que ce petit accessoire, qui ressemble à une tasse de dînette à poupée, est destiné à contenir ce qui donne du caractère aux aliments : les sauces !

   

Ici, à côté du plat de viande bouillie, on trouve la coupelle de «nuoc mam» (saumure de poisson). C’est certainement la sauce la plus connue en Occident de nos jours. Issue de la fermentation de poisson dans du sel, elle dégage une odeur véritablement pestilentielle pour un nez Tây (étranger) non averti ! Je me souviens en avoir subit les effets indirects dans mon enfance. À cette époque, dans mon quartier parisien, c’était plutôt l’odeur du boudin purée ou du poulet frites qui filtrait sous les portes de cuisine. Les restaurants vietnamiens en étaient encore à l’état expérimental, et les rayons des premiers supermarchés n’exposaient pas encore les produits made in Vietnam à l’époque d’un Têt que tout le monde ignorait…

On peut comprendre alors, que lorsque mes grands-parents nous préparaient des repas dominicaux de leur pays natal, copieusement arrosés de «nuoc mam» rapporté de là-bas, les narines des voisins subissaient une agression qui se traduisaient immanquablement par des regards de mépris lorsque nous les croisions peu après. Pour eux, notre hygiène devait être tellement douteuse que l’état d’insalubrité publique aurait dû être déclaré ! Et pourtant, comme il cache bien son jeu cet ingrédient, qui pur ou additionné de citron, gingembre ou piment peut se décliner à l’envi pour donner du caractère à la viande bouillie ou à la fadeur du riz blanc. Mais, heureusement, ce n’est pas le seul qui apporte des couleurs aux repas.

Des sauces qui ravigotent ảnh 2Photo: VNA

Sauces à surprises

Réparties de-ci, de-là, d’autres coupelles présentent un curieux agencement : un petit tas de sel, un quartier de citron, un petit tas de poivre. La première fois, on a tendance à prendre une pincée de sel et de poivre pour les répandre dans notre bol. Erreur, qui nous vaut un regard désapprobateur des autres convives. En fait, le mode d’emploi est le suivant : presser le quartier de citron sur le sel, puis à l’aide des baguettes amalgamer avec le poivre, jusqu’à obtenir une bouillie brun clair. Ensuite, tremper l’extrémité de ses baguettes dans ce mélange, avant de saisir un morceau de viande. En léchant les baguettes tout en absorbant la viande on profite de l’assaisonnement !

   

Au début, on bave, après on prend l’habitude ! Et puis, tiens, en parlant d’habitude, il y en a une que je n’ai toujours pas prise : épicer avec du piment ! Pourtant, le piment vietnamien, qui fait partie de la famille des «piments oiseaux», n’atteint que 60.000 sur l’échelle de Scoville (instrument de mesure pour calculer la force du piment), alors que le piment le plus fort du monde en est à… 1.000.000 ! Qu’importe, mon gosier n’arrive toujours pas à accepter la décharge de capsaïcine qui suit l’ingurgitation de ce petit fruit rouge !

D’ailleurs, je ne suis pas le seul. Combien en ai-je vu, qui confondant la perfide lamelle, orangée ou rouge, avec une peau de tomate égarée dans la nourriture, sont devenus soudain écarlates, les yeux noyés de larmes, essayant de retrouver leur respiration, asphyxiés par le torrent de lave qui dévale dans leur œsophage. Beaucoup, pour sauver la face, se précipitent sans mots dire sur le verre de bière glacée, sensé éteindre l’incendie, mais qui ne fait que le raviver. Incapables de prononcer la moindre parole, ils se cramponnent à leurs baguettes essayant de retrouver leur dignité, devant le regard goguenard de leurs convives vietnamiens. Quand je vois mon épouse croquer sans vergogne dans ces solanacées, je ne peux que mesurer l’écart entre les muqueuses d’un estomac élevé dans une culture lactée et celles d’un estomac confronté dès son plus jeune âge aux épices les plus corsés.

Des sauces qui ravigotent ảnh 3N​Photo: CVN/VNA

Mettre toute la sauce

Car, si le piment, le sel, le poivre et le «nuoc mam» sont les rois des condiments sur la table vietnamienne, il existe une multitude d’autres préparations qui mettent le riz à toutes les sauces : le gingembre, le curcuma, les bouillies et sauces de crevettes et de crabes, sauce de soja, sauce d’huîtres, sauce aux cinq épices… De couleurs, textures, goût différents, tous ces accompagnements transforment chacun en apprenti cuisinier. En effet, les sauces ne se permettent pas d’entrer dans la composition des préparations. Elles attendent sagement sur la table que chaque convive, en fonction de son humeur du moment, les associe à tel ou tel aliment. Magistral exemple de démocratie qui n’oblige pas toutes les papilles à subir la dictature du goût commun ! Vibrant à l’unisson, mais sur des registres différents, chacun vit son aventure intérieure.

Finalement, pour bien manger au Vietnam, il faut mettre toute la sauce ! -CVN/VNA

Voir plus

Le Premier ministre Pham Minh Chinh remet le remis le prix Kovalevskaïa 2025 à la professeure-Docteure Trân Thi Viêt Nga, directrice de l’Institut de haute technologie Vietnam-Japon et professeure à l’Université de construction de Hanoi. Photo: VNA

Le PM propose de créer un prix "Femmes talentueuses, créatives et dévouées"

À l’occasion du 116e anniversaire de la Journée internationale des femmes (8 mars) et de la commémoration du 1986e anniversaire de l’insurrection des sœurs Trung, le Premier ministre Pham Minh Chinh a eu vendredi 6 mars une rencontre avec des femmes dirigeantes et gestionnaires d’agences centrales, au cours de laquelle il a remis le prix Kovalevskaïa 2025.

Des femmes en ao dài. Photo: VNA

Le mois de mars resplendit d’élégance avec l’ao dài, tunique traditionnelle

Début mars, les scènes de femmes en ao dài prenant des photos de printemps au bord des lacs, dans les parcs, devant les bureaux, les temples et les sites historiques sont devenues un spectacle familier à Hanoi. Les réseaux sociaux regorgent également d’images et de récits autour de cette tenue élégante, devenue un symbole de la saison dédiée à la célébration des femmes.

Des accusés. Photo : congan.com.vn

Procès de 19 accusés pour transfert illégal de fonds et blanchiment d’argent

Le Tribunal populaire d'Hô Chi Minh-Ville a ouvert le 5 mars le procès en première instance de 19 accusés de transport illégal de devises à travers la frontière et de blanchiment d'argent dans une affaire d'une ampleur exceptionnelle impliquant des réseaux clandestins de transfert de fonds entre le Vietnam et le Cambodge.

Les garde-côtes de la Région 2 s'efforcent de sensibiliser les pêcheurs au respect de la réglementation dans le cadre de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Photo : VNA

Lutte contre la pêche INN : Les garde-côtes de la Région 2 engagés dans les efforts pour lever le « carton jaune »

Depuis sa création en 2004, le Commandement de la Région 2 des garde-côtes du Vietnam s’affirme comme une force clé dans la protection de la souveraineté maritime, la lutte contre la criminalité en mer et l’accompagnement des pêcheurs, contribuant activement aux efforts du pays pour lever le « carton jaune » de la Commission européenne sur la pêche INN.

L'estuaire de Song Doc, l'un des plus grands estuaires du delta du Mékong. Photo : Huynh Anh - VNA

Ho Chi Minh-Ville renforce la lutte contre la pêche INN dans ses ports

Le vice-président du Comité populaire de Ho Chi Minh-Ville, Hoang Nguyen Dinh, a inspecté le 5 mars les activités de lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN) dans deux ports de pêche, soulignant l’importance du contrôle des navires et de la traçabilité des produits de la mer.

Renforcement de la coopération entre le Vietnam et Samsung Vietnam dans la formation des cadres dirigeants

Renforcement de la coopération entre le Vietnam et Samsung Vietnam dans la formation des cadres dirigeants

L’Académie politique nationale Hô Chi Minh et Samsung Vietnam ont réaffirmé, le 4 mars à Hanoï, leur volonté d’approfondir leur coopération, notamment à travers des programmes de formation et de perfectionnement destinés aux hauts responsables. Les deux parties ont également évoqué l’organisation prochaine d’un séminaire consacré à l’intelligence artificielle et à la transformation numérique.

Un avion gros-porteur utilisé par Vietnam Airlines pour ses vols vers l'Europe. Photo d'illustration : PV/Vietnam+

Conflit au Moyen-Orient : le Vietnam évite le survol des zones à risque

Le ministère de la Construction a demandé aux compagnies aériennes de suivre régulièrement les informations publiées par les autorités compétentes, l’Autorité de l’aviation civile du Vietnam, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) ainsi que les autorités aéronautiques des pays concernés, afin d’évaluer la situation et de décider de leurs plans d’exploitation des vols.

La Vieille ville de Prague autour de l'horloge astronomique (Orloj), en République tchèque. Photo: VNA

République tchèque : un regard de plus en plus favorable sur la communauté vietnamienne

L’enquête, menée entre le 16 et le 25 janvier auprès d’un échantillon de plus de 1 000 personnes en République tchèque, révèle que 73 % des sondés accepteraient désormais d’avoir des voisins d’origine vietnamienne. Ce chiffre marque une progression significative par rapport aux données d’il y a trente ans et place les Vietnamiens à un niveau d’acceptation comparable à celui des ressortissants d’Europe de l’Ouest.