Croquer les villes pour en préserver l’âme

Un groupe d’artistes a décidé de protéger la mémoire du passé en esquissant les villes. Ils essaient de transmettre aux futures générations la beauté et l’architecture d’antan.

Hô Chi Minh-Ville (VNA) - Un groupe d’artistes a décidé de protéger la mémoire du passé en esquissant les villes. Avec le goût pour la nostalgie, ils essaient de transmettre aux futures générations la beauté et l’architecture d’antan, dans ses moindres détails. 

Croquer les villes pour en préserver l’âme ảnh 1 Le collectif Urbain Sketchers Vietnam et ses œuvres.Photo : TN/CVN

Le collectif Urbain Sketchers Vietnam s’est investi d’une mission : être à la fois le témoin mais également le «modeleur» de Hô Chi Minh-Ville. Crayons et pinceaux à la main, les artistes arpentent les rues pour croquer et peindre le moindre petit élément.

Pour eux, un objet abandonné n’est jamais vraiment mort, un bâtiment en ruine n’est jamais oublié, et font partie intégrante de l’histoire. Afin de préserver les valeurs patrimoniales des villes, le groupe s’est rendu dans un grand nombre de provinces. Sur place, aucun symbole n’a échappé à ces artistes qui immortalisent leurs œuvres sur des toiles.

Une valeur inestimable à préserver

Derrière l’initiative se cache l’architecte Vu Duc Chiên, de Hô Chi Minh-Ville. Persuadé qu’il reste encore des endroits splendides à (re)découvrir à travers tout le pays, il est conscient cependant que les villes se transforment jour après jour, et perdent malheureusement l’empreinte du passé, entre les arbres qui sont abattus et la démolition de magnifique demeures. Et que dire également des cyclo-pousse, des tuk-tuk et autres barques, des icônes culturelles qui se raréfient, alors qu’elles sont d’une valeur inestimable pour le patrimoine.

«Je suis triste de voir une telle situation et je m’inquiète de la disparition progressive de ces symboles. J’ai donc pensé à les immortaliser sur papier afin de les protéger, et pour qu’ils ne tombent pas dans l’oubli», souligne Vu Duc Chiên.

Un projet lancé sur les réseaux sociaux

C’est pour cette raison qu’il a créé Urban Sketchers Vietnam sur les réseaux sociaux. L’objectif : trouver tout d’abord d’autres «compagnons d’armes». Et à sa plus grande surprise, son idée a reçu le soutien de milliers d’internautes. Le projet s’est très vite étendu dans l’ensemble du pays grâce à des étudiants, des personnes âgées, mais aussi des amis en Malaisie, aux Philippines ou encore au Sri Lanka.

Croquer les villes pour en préserver l’âme ảnh 2Un croquis du bâtiment du Comité populaire de Hô Chi Minh-Ville. Photo : FB/CVN

Depuis deux ans, les membres du collectif ont parcouru un grand nombre de kilomètres pour réaliser d’innombrables dessins, à Hô Chi Minh-Ville bien sûr, mais aussi à Hà Giang, Hanoi, Dà Nang et Hôi An.

La diversité des styles et du matériel surprend en premier lieu. Armés de leurs boîtes de couleurs, de feuilles A3 ou A4, ces dessinateurs travaillent avec passion pour capter, et sauvegarder dans une certaine mesure, le patrimoine : un coin de rue, une rangée d’arbres, ou une simple borne électrique. Mais peu importe le temps, les artistes expliquent que rien ne peut perturber la confection de leurs œuvres.

Pour Chiên, le dessin permet d’être le témoin direct des paysages. Il aide à sentir, respirer et insuffler les vraies émotions qui sont essentielles pour effectuer ce travail. L’artiste souligne que le dessin demeure une expérience particulière, mais aussi incarne une déclaration d’amour pour ces paysages.

Cependant, il précise que le dessin nécessite de faire des recherches au préalable sur le sujet en question, et que chaque dessinateur sortirait dès lors grandi de cette expérience. «En esquissant une vieille maison ou des monuments architecturaux, nous pouvons étudier profondément les détails, les couleurs comme les matériaux, mais aussi la géographie, l’histoire, la culture et les us et coutumes», indique l’architecte. Une vraie philosophie de vie, qui est devenue pour les autres membres du groupe un moyen pour s’échapper du quotidien, d’apprendre à observer les choses sous un nouvel angle et de se former à un esprit créatif.

Vu Du Chiên espère donc que son projet permettra d’élever la conscience de la communauté en vue de défendre les valeurs urbaines et de ses symboles. L’homme est victime du temps qui passe, mais on ne peut effacer les empreintes que l’on souhaite garder en souvenir. La génération suivante aura sans doute de la chance, grâce aux dessins du groupe Urbain Sketchers Vietnam, de les appréhender sous tous ses aspects.  -CVN/VNA

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