Remise de cadeaux à des victimes de l’agent orange/dioxine à Hô Chi Minh-Ville.

Hanoï (VNA) - Plus de 40 ans après la fin de la guerre du Vietnam, le pays porte encore les stigmates de ce conflit. L’agent orange/dioxine, utilisé par les États-Unis pour détruire le couvert forestier, fait encore des victimes.

L’agent orange/dioxine est un herbicide utilisé lors d’épandages aériens américains effectués de 1961 à 1971 pendant la guerre du Vietnam. À ce jour, la population vietnamienne ainsi que les descendants de vétérans américains subissent encore les conséquences dramatiques de ce produit: malformations, handicaps, retards moteurs et mentaux, autant d’effets dévastateurs touchant les 3e et maintenant 4e générations de familles.

Le Vietnam compte environ 4,8 millions de personnes qui ont été exposées à ce défoliant, dont 3 millions en sont victimes à des degrés divers. Des centaines de milliers de personnes en sont mortes. Et à l’heure actuelle, ce sont des millions de victimes qui vivent dans des conditions extrêmement difficiles et qui ont cruellement besoin d’aide.

Plus de 10.000 milliards de dôngs aux victimes

Ces dernières années, le soutien aux victimes de l’agent orange/dioxine a  toujours été l’objet des préoccupations de nombreux organisations et individus vietnamiens et internationaux afin d’apaiser leur douleur au mieux.

Chaque année, l’État réserve plus de 10.000 milliards de dôngs de soutien aux soins et à la réhabilitation fonctionnelle des victimes, sans oublier l’aide aux habitants vivant dans les régions touchées par l’agent orange. Actuellement, environ 350.000 vétérans, ainsi que leurs enfants, touchent des allocations mensuelles. Ils bénéficient aussi d’autres priorités en termes d’éducation, de santé et de logement.

Considérant les victimes de ce défoliant comme les plus malheureuses et les plus défavorisées, l’Association des victimes de l’agent orange/dioxine du Vietnam (VAVA - sigle en anglais) s’est concentrée sur le développement de ses antennes dans les villes et provinces du pays ainsi que sur la mobilisation des ressources financières afin d’améliorer progressivement les conditions de vie de ces personnes démunies.

Selon le vice-président et secrétaire général de ladite association, Nguyên Thê Luc, la VAVA comprend actuellement des antennes dans les 63 villes et provinces du pays avec près de 400.000 membres. Créée en 2004, elle a sans cesse fait des efforts pour défendre les droits et intérêts légitimes de ces personnes, ainsi que mobiliser des fonds pour les soutenir. Pourtant, la mobilisation des ressources financières n’est pas  toujours facile.

Ces dernières années, de nombreux politiques et règlements concernant les vétérans contaminés par l’agent orange/dioxine ont été publiés. Des problèmes demeurent cependant dans leur application, avec comme conséquence une stagnation de la situation, au détriment des victimes.

Des lacunes dans l’application des politiques

Selon les statistiques, il reste encore 600.000 dossiers qui n’ont pas encore été examinés ni traités par les organismes compétents. Ce à quoi s’ajoutent les familles de plusieurs millions de personnes exposées au défoliant qui ne bénéficient toujours pas d’assistance.

Particulièrement, de nombreux descendants de la 3e génération de victimes, qui sont pour la plupart atteints de malformations congénitales, ne reçoivent qu’un régime minimum de protection sociale tandis qu’ils ont besoin d’aides et de soins médicaux à domicile.

En outre, les formalités à remplir afin d’en bénéficier sont généralement fastidieuses et compliquées, et représentent un obstacle supplémentaire pour ces victimes. L’identification exacte de la maladie notamment, pour l’obtention d’un certificat médical, relève du parcours du combattant.

À cela s’ajoute une mauvaise coordination entre les organismes compétents, causant d’importants délais dans la prise en charge des dossiers des victimes.

Pour que les victimes  puissent bénéficier de politiques prioritaires de façon convenable, le gouvernement et ses ministères ainsi que les branches concernées devraient publier une grille d’allocations variant selon le taux de gravité de la maladie de chaque victime, ainsi que des politiques d’aides financières et médicales pour la 3e génération des victimes, ou encore simplifier le traitement des dossiers. 

Le ministère de la Santé devrait bientôt revoir la liste des maladies et des malformations liées à l’exposition aux produits chimiques toxiques. Il doit également mettre en place un barème des maladies les plus graves et promulguer des critères afin de faciliter le diagnostic des maladies et malformations liées à l’exposition à ce produit.

La tragédie de l’agent orange n’est pas une douleur individuelle mais de toute une nation et même de l’humanité entière. Aider ensemble à soulager la douleur des victimes n’est pas seulement une affaire humanitaire, c’est avant tout une activité de reconnaissance envers les personnes ayant rendu service à la Patrie, et qui témoigne de la devise "Quand tu bois de l’eau, pense à sa source" ainsi que de la tradition "Ayez pitié des autres comme de vous-même" du peuple vietnamien. -CVN/VNA