À propos de la modernisation de l’áo dài, la tunique traditionnelle vietnamienne

L’áo dài commence à reconquérir la scène vestimentaire. Mais le phénomène divise, avec l’un côté le camp des conservateurs des áo dài traditionnels, et de l’autre celui des rénovateurs.
Hanoi, 19 février (VNA) - Depuis quelques années, l’áodài (tunique fendue traditionnelle des Vietnamiennes) commence àreconquérir la scène vestimentaire. Toutefois, le phénomène divise, avec l’uncôté le camp des conservateurs des áo dài traditionnels, et de l’autre celuides rénovateurs.
À propos de la modernisation de l’áo dài, la tunique traditionnelle vietnamienne ảnh 1Les áo dài traditionnels au festival «Têt Viêt» 2017. Photo : CVN
Dans les années 80 et 90, il n’y avait, à quelques rares exceptions près, aucun áo dài dans les rues du Vietnam. L’économie de marché a permis aux gens dese rapprocher de la mode occidentale, si bien que les costumes traditionnelssont rapidement tombés aux oubliettes. Par la suite, plusieurs militants etgroupes d’activistes ont tenté d’encourager le port de l’áo dài endehors des grands événements publics, en vain.

Mais depuis bientôt deux ans, l’áo dài retrouve progressivement saplace, en particulier dans les grandes villes, où l’on peut contempler cettefameuse tunique portée par les jeunes filles, les dames, et parfois même leshommes. Néanmoins, les coupes et les styles ne sont plus les mêmesqu’autrefois, ce qui provoque de grandes discussions entre les créateurs demode.

Entre tradition et modernité

L’áo dài «traditionnel» se caractérise surtout par ses coupes trèsétroites au cou, aux épaules, à la poitrine et à la taille. Il se distingueaussi facilement par ses longues manches et ses deux pans descendantjusqu’au-dessus des chevilles, en-dessous desquels on porte habituellement unpantalon souple et fin. La soie est le textile le plus répandu pour laconception de l’habit.
À propos de la modernisation de l’áo dài, la tunique traditionnelle vietnamienne ảnh 2À l’intérieur de la fameuse boutique de á​o dài Vinh Trach, dans la rue Luong Van Can, à Hanoï. Photo : VNA
Cependant, les couturiers vietnamiens modernes ont cherché à revisiter laversion traditionnelle de ce costume. Les différences sont faciles à constater: le col monté est remplacé par un col rond ou en V, la longueur est pluscourte et les manches sont retirées. On utilise désormais les jeans, shorts ourobes, voire la vay dup (robe d’antan) pour remplacer le pantalonclassique. Ces áo dài «modernes» sont très prisés des jeunes, qui lesportent volontiers pendant les festivités du Têt. En revanche, ils rendentfuribonds les conservateurs.

«Il n’y a aucune formule spécifique pour la mode, mais la combinaison de latunique avec la vay dup et les shorts est inadmissible !», s’emporte lastyliste Lan Huong. Des propos que la styliste Xuân Thu approuve : «L’avènementdes áo dài modernisés illustre en partie la déchéance esthétique de lapopulation. Les pans peuvent être plus courts, mais les pantalons doivent êtreconservés».
À propos de la modernisation de l’áo dài, la tunique traditionnelle vietnamienne ảnh 3L’áo dài modernisé a la cote auprès des jeunes au récent Têt du Coq. Photo : CTV/CVN

Nguyên Ngoc Phuong Dông, anthropologue aux États-Unis, précise que pour le portde l’áo dài, le pantalon était imposé durant le règne du seigneur NguyênPhuc Khoat (1738-1765). Celui-ci n’est devenu obligatoire au Nord du Vietnamuniquement durant le règne de l’empereur Minh Mang (1829-1841).

Trân Thi Nhàn, directrice de la compagnie de textile Dông Binh, parle déjà dela chute imminente du marché des áo dài modernes. Raison principaleinvoquée ? Le fait que les jeunes optent plutôt pour la nouveauté sans accorderd’importance à l’originalité.

S’adapter à la vie de tous les jours

Hormis les valeurs plus ou moins traditionnelles, les Vietnamiens, hommes etfemmes, jeunes et moins jeunes, préfèrent plutôt que la modernisation des áodài soit adaptée à leur quotidien. Pour Nguyên Phuong Liên, avant dedemander à ses enfants de porter le costume dans sa version traditionnelle oumoderne, le plus important est qu’ils apprécient de le revêtir. «Ma fillen’aime pas le pantalon, elle a donc opté pour la robe», partage-t-elle.

La célébrité Ngoc Quy précise que si la sauvegarde des traits culturels estimportante, il ne faut pas être trop rigide à l’égard des changements. Pourl’animatrice Phuong Thao, la pratique prévaut tout : «J’aime porter l’ áodài pendant les fêtes et les grands événements, mais aussi au quotidien.Néanmoins, il faut bien reconnaître que l’ áo dài traditionnel n’est pas trèsconfortable».

Par ailleurs, les historiens ont aussi démontré que l’áo dài «traditionnel»était aussi le fruit des changements des mœurs. Trân Thanh Truc, membre dugroupe des militants Dai Viêt Cô Phong, raconte que l’áo dài «traditionnel»- avec de longs pantalons et des coupes étroites - était autrefois interdit.

«L’áo dài modernisé de ces dernières années n’est pas un phénomène nouveau»,indique Nguyên Ngoc Phuong Dông en montrant un dessin de l’áo dài portéavec la vay dup daté du XVIIIe et exposé au Musée national del’histoire du Vietnam. Le style «traditionnel» est en fait le fruit du travailde créateurs de mode occidentaux, repris ensuite par le modéliste Cat Tuongdurant les années 1930. «Je trouve que l’ áo dài modernisé, plus court etplus souple, dégage une forte dynamique et se rapproche de la version originale»,confie-t-il.

«La mode change sans cesse, dit l’animatrice Hoàng Oanh. Mais cesnouveaux aspects doivent s’ajuster aux limites de l’habit pour ne pas délaisserles traits culturels traditionnels. Adapter le style vestimentaire pour chaqueévènement est la meilleure solution», conclut-elle. – CVN/VNA

Voir plus

La Résolution 80 définit une nouvelle vision pour une stratégie de développement culturel durable

La Résolution 80 définit une nouvelle vision pour une stratégie de développement culturel durable

« La Résolution n°80 a été adoptée à un moment particulièrement opportun, alors que le pays entre dans une nouvelle étape de son développement national. À l’ère de l’essor de la nation, cette résolution a posé un nouveau cadre idéologique, au sein duquel la culture est appelée à jouer de toute urgence un rôle transversal, en soutien à la science et à la technologie, à l’intégration internationale, à l’innovation, à la réforme institutionnelle, au développement de l’économie privée, ainsi qu’aux secteurs de l’éducation et de la santé.

L’ambassadrice Nguyên Thi Vân Anh, cheffe de la délégation permanente du Vietnam auprès de l’UNESCO lors de la 19e session du Comité intergouvernemental pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Photo diffusée par la VNA

Le Vietnam défend la mise en œuvre du traitement préférentiel pour les pays en développement

L’ambassadrice Nguyên Thi Vân Anh, cheffe de la délégation permanente du Vietnam auprès de l’UNESCO, a proposé de mettre l’accent sur le renforcement des capacités, le partage d’expériences, le renforcement de la coopération internationale et la mise en œuvre des recommandations adoptées en ce qui concerne l’article 16 de la Convention sur le «traitement préférentiel pour les pays en développement».

Quand une enveloppe rouge dit bien plus que de l’argent

Quand une enveloppe rouge dit bien plus que de l’argent

Coutume ancienne apparue en Asie, les étrennes du Têt incarnent des vœux de paix, de chance et de prospérité pour la nouvelle année. Si les formes ont évolué avec le temps et le numérique, cette tradition demeure un symbole indissociable du Têt traditionnel vietnamien.

Des femmes khmères de la commune d’An Cư, province d’An Giang, s’emploient à préserver et à valoriser le métier traditionnel de tissage de brocart de leur communauté. Photo : VNA

An Giang : le brocart khmer, un patrimoine vivant au service du tourisme culturel

Au pied de la chaîne des Sept Monts, le village de tissage de brocart khmer de Van Giao, province d’An Giang, illustre une dynamique réussie de valorisation du patrimoine culturel associée au développement du tourisme communautaire, contribuant à créer des moyens de subsistance durables et à promouvoir l’identité culturelle des minorités ethniques du Vietnam.

Le Têt traditionnel – Identité culturelle des Vietnamiens

Le Têt traditionnel – Identité culturelle des Vietnamiens

Le « Têt Nguyên Dan », également connu sous le nom de fête du Nouvel An lunaire ou plus simplement « Têt », est la célébration la plus significative et la plus attendue du calendrier vietnamien. Il s’agit de la fête à ne pas manquer, où chaque détail des préparatifs est soigneusement exécuté selon des rituels transmis de génération en génération.
Le Têt symbolise le début d’une nouvelle année, et les événements qui se produisent ce jour-là sont traditionnellement considérés comme annonciateurs des fortunes et des défis pour les mois à venir.

Les us et coutumes du Têt vietnamien

Les us et coutumes du Têt vietnamien

Pour les Vietnamiens, le Nouvel An lunaire est la plus grande et la plus attrayante de toutes les fêtes. De nombreux us et coutumes sont transmis de génération en génération.

Huynh Công Ly (chemise blanche) et sa famille perpétuent la tradition d’ériger le mât rituel depuis plus de 50 ans. Photo : CVN

Le gardien du cây nêu dans le Delta du Mékong

Dans le Delta du Mékong, la famille de Huynh Công Ly perpétue depuis plus d’un demi-siècle la tradition d’ériger le cây nêu, perche rituelle du Têt, symbole ancestral chargé de sens spirituel et culturel.