An Giang (VNA) – Le village de Sray Skoth, qui est rattaché à An Cu, une commune de la province d’An Giang, est considéré comme le berceau de la brocatelle khmère. Transmise de génération en génération, cette tradition se perpétue encore aujourd’hui, donnant naissance à des tissus raffinés, teints à partir de matières naturelles et porteurs de l’identité culturelle des Khmers.
À An Cu, le tissage de brocatelle est un artisanat séculaire. Autrefois, presque chaque foyer disposait d’un métier à tisser, ce qui permettait aux femmes de confectionner tissus, vêtements, foulards ou sarongs… Mais ce savoir-faire a connu une période de déclin. Il s’en est même fallu de peu pour qu’il disparaisse totalement.
Ce n’est qu’en 1998 que grâce à CARE Australia, une ONG internationale associée à l’Union des femmes de la province d’An Giang, la tendance s’est inversée avec le lancement d’un projet destiné à remettre sur pied la brocatelle khmère à Van Giao, comme s’appelait alors la commune d’An Cu.
La coopérative qui a été créée en 2002 a définitivement remis le pied à l’étrier aux tisseuses, dont les produits sont de plus en plus présents, aussi bien au Vietnam qu’à l’étranger, et surtout de plus en plus appréciés pour leur diversité, pour l’harmonie de leurs couleurs et la finesse de leurs motifs.
“Je représente la troisième génération d’une lignée de tisseuses. Les produits emblématiques de notre village comprennent des vêtements, des foulards, des sarongs et des sacs. Aujourd’hui, nous avons de plus en plus de commandes en provenance du Cambodge”, explique Néang Chanh Da Ty, la cheffe de la coopérative.
En 2006, la «brocatelle de Van Giao» était officiellement protégée en tant que marque collective par l’Office de la propriété intellectuelle, relevant du ministère des Sciences et des Technologies. Un an après, le tissage de la brocatelle de Van Giao était reconnu par le Comité populaire de la province d’An Giang comme un artisanat traditionnel. Début 2023, le sarong du village a obtenu une certification dans le cadre du Programme national «À chaque commune son produit».
Les motifs des tissus khmers reflètent étroitement la culture, les croyances et la vie quotidienne de la communauté, depuis les images de pagodes, de fleurs et de feuillages jusqu’aux figures du Bouddha. À An Cu, les artisanes recourent à une technique de tissage à trois couches de fils de soie, combinant trois couleurs distinctes, pour confectionner foulards, sarongs, tableaux décoratifs ou nappes inspirés des récits et légendes traditionnels, avec un travail de composition et de coordination des couleurs particulièrement minutieux. La qualité et l’éclat des teintes tiennent à l’usage de colorants naturels, qui confèrent à la soie une certaine brillance, une texture douce et une excellente tenue dans le temps, comme l’indique Néang Chanh Ty.
“Le village compte aujourd’hui 63 foyers engagés dans le tissage, mais seulement deux artisanes chevronnées. Entièrement réalisés à la main, les produits se distinguent par leur finesse et leur qualité. Confectionnés à partir de soie naturelle, les tissus offrent une texture souple et agréable. Les étapes les plus exigeantes restent la création des motifs, la teinture des fils et le cardage. Nos produits sont aujourd’hui vendus au Cambodge et auprès de visiteurs venus notamment du Royaume-Uni et des États-Unis”, indique-t-elle.
Les artisanes expérimentées jouent un rôle essentiel dans la préservation et la transmission du métier aux jeunes générations. Néang Soc Kun n’en est qu’à ses débuts au sein de la coopérative…“J’apprends le métier gratuitement. Aujourd’hui, je sais teindre les fils, découper les motifs, filer et tisser, même si je ne suis pas encore très à l’aise. Le tissage comprend de nombreuses étapes et demande du temps. Il faut environ deux ans pour bien maîtriser le métier”, raconte-t-elle.
Le tissage de brocatelle est à la fois une source de revenus durable pour les habitants et un patrimoine culturel traditionnel de la communauté khmère, qu’il convient de préserver et de valoriser, estime Nguyên Duy Phong, le président du Comité populaire de la commune d’An Cu.
“Afin d’élargir les débouchés, nous avons renforcé la promotion des produits lors des festivals et des foires. En parallèle, nous mettons en place une zone d’approvisionnement en matières premières. Une plantation de mûriers a déjà été aménagée pour garantir une source stable tandis que des prêts à taux préférentiels, allant de 5 à 100 millions de dôngs selon la taille des projets, sont accordés aux ménages. Par ailleurs, le développement du tissage est associé au tourisme communautaire, permettant aux touristes de découvrir le village artisanal ainsi que le mode de vie et la culture khmère”, indique-t-il.
Aujourd’hui, la marque “Silk Khmer” de la commune d’An Cu s’impose sur le marché national et s’exporte vers plusieurs pays d’Asie du Sud-Est, notamment la Thaïlande, le Cambodge et le Myanmar. – VOV/VNA