La ville de Dà Lat dispose de tunnels secrets bâtis avant 1975. Aujourd’hui encore, les touristes et citadins locaux pouvant se vanter de les connaître ne sont qu’une poignée. Et l’itinéraire précis de ce réseau de galeries demeure une énigme.

Pour en savoir plus sur ces galeries souterraines, nous nous y sommes rendus avec un couple de sexagénaires qui avait emménagé à Dà Lat (province de Lâm Dông, Hauts plateaux du Centre) avant sa libération et étaient là lors de sa construction : Nguyên Thang Trung et Nguyên Thi Da. En arrivant sur les lieux, la surprise est de taille, car l’entrée si peu connue de ce tunnel s’étend tout de même sur 2 m de largeur et plus de 2,5 m de hauteur. «Dans ce passage, il y a beaucoup de chauve-souris, grandes comme mon poing. Si l’on veut en prendre pour en manger, il faut attendre que le soleil se couche» , nous raconte Thang Trung.



Dans le souterrain de Dà Lat. Photo : CTV/VNA

Franchie la porte noire de ce lieu étrange, nous devons nous courber pour passer un gros bloc de pierre qui nous barre le chemin. Ensuite, sur une courte distance d’environ 30 m, la galerie se dégage. Elle fait 2 m de hauteur, et entre 1,5 m et 2 m de largeur. Elle mène à un carrefour. Cependant, ne pouvant aller plus loin, l’aventure s’est arrêtée : les pierres s’étant entassées pour former un obstacle infranchissable.

D’après Nguyên Thi Da, ce tunnel a été construit par les Japonais en 1945, alors qu’ils avaient pris le contrôle de l’Indochine. Son père figure parmi les centaines de paysans de Trai Hâm à avoir été réquisitionnés pour devenir des travailleurs «d’utilité publique». M me Da se souvient : «Mon père m’a expliqué qu’en novembre 1945, au moment où je suis née, il devait creuser ce tunnel pour les Japonais. Mais pour prendre soin de nous, il a fait semblant d’être atteint du paludisme pour rester chez lui».
Toujours selon le père de M me Da, cette galerie traverse le Musée de Lâm Dông actuel et dérive ensuite pour s’orienter vers le début de la rue Khe Sanh (la route de Saigon à l’époque). Une autre bifurcation passe par le carrefour Trai Hâm (qui mène au Palais I de Dà Lat et au centre-ville). «Cette région était probablement à l’époque une forêt, et ce tunnel devait aider les Japonais à fuir en cas de danger», suppose M me Da.

Un circuit à reconstituer

Pour le moment, les incertitudes demeurent quant à l’itinéraire précis de ce souterrain. On a trouvé en plusieurs endroits des morceaux de galeries, mais on ne peut encore affirmer qu’elles se rejoignaient.
Le Musée de Lâm Dông a été aménagé dans l’ancien Palais de l’impératrice Nam Phuong, l’épouse du dernier empereur de la dynastie Nguyên, Bao Dai (1926-1945). Ce sont les employés du lieu d’exposition qui ont découvert une galerie secrète qui en émanait. Selon Pham Huu Tho, directeur du Musée de Lâm Dông : « Nous sommes en train de recueillir les documents attestant de l’origine du tunnel situé sous le Palais de l’impératrice Nam Phuong. Ensuite, nous pensons l’ouvrir aux visites touristiques».