Hanoi (VNA) - La Commission européenne a approuvé la soumission de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne (UE) et le Vietnam (EVFTA) au Conseil européen pour signature officielle fin 2018 et ratification au Parlement européen début 2019.

Le 17 octobre dernier, la Commission européenne a adopté la décision de soumettre l’EVFTA au Conseil européen pour signature. Il s’agit d’une démarche indispensable car contribuant à la bonne marche de la coopération intégrale Vietnam - UE, allant dans le sens de la liberté du commerce pour l’intérêt commun et apportant sa pierre au système commercial multilatéral mondial.


L’EVFTA est un accord de libre-échange de nouvelle génération liant le Vietnam aux 28 pays membres de l’UE. Le 1er décembre 2015, les négociations de ce traité ont pris fin et le 1er février 2016, un document final a été rendu public. L’EVFTA est le premier accord intégral de l’UE avec un pays en développement en Asie concer-nant l’ouverture du marché. Il permettra d’écarter l’application de 99% des barrières tarifaires sur les marchandises à l’import. D’après le président de la Commission du commerce inter-national du Parlement européen, Bernd Lange, la ratification de l’accord devrait s’achever dans le cadre de ce mandat du Parlement européen, qui se terminera vers mars ou avril 2019. L’EVFTA bénéficiera aux entreprises européennes comme vietnamiennes, soutenant le développement des deux parties sur le long terme, a-t-il affirmé. Cet accord offrira au Vietnam l’opportunité d’avoir accès au marché européen et d’attirer plus d’investissements directs étrangers venant de l’UE. Le Vietnam devra relever certains défis, notamment la sensibilisation des entreprises, en particulier les PME, aux avantages de cette nouvelle donne. Il faudra ainsi les soutenir dans l’amélioration de leur compétence.

Un commerce multiplié par 12 en 17 ans

L’UE est un partenaire commercial et d’investissement de premier plan du Vietnam. Le volume des échanges représentait près de 51 milliards de dollars en 2017, soit 12 fois plus qu’en 2000, et pourrait s’élever à plus de 53 milliards cette année. L’UE est le deuxième marché à l’export du Vietnam (après les États-Unis), représentant près de 18% des exportations nationales, soit environ 38,3 milliards de dollars en 2017, en hausse de 12,7% par rapport à l’année précédente. Elle a exporté 12 milliards de dollars de biens vers le Vietnam en 2017, soit une hausse de 7,7% par rapport à 2016.

L’EVFTA devrait permettre aux entreprises de tirer profit du potentiel de coopération entre les parties au moment de son entrée en vigueur. Ainsi, après ratification, le Vietnam participera à 15 accords de libre-échange de nouvelle génération. Jusqu’en août 2018, 24 des 28 pays de l’UE ont investi dans 2.141 projets au Vietnam, pour un fonds total de 24,17 milliards de dollars. L’UE se classe ainsi au 5e rang parmi les investisseurs étrangers au Vietnam. Les Pays-Bas arrivent premiers avec 318 projets totalisant 9,16 mil-liards de dollars, suivis de la France, du Royaume-Uni, de l’Allemagne...

Selon le rapport intitulé “L’EVFTA: regards croisés du Vietnam” de la Chambre européenne de commerce au Vietnam (EuroCham), près de 80% des entreprises européennes interrogées se sont déclarées convaincues que cet accord permettrait au Vietnam d’augmenter sa compétitivité et 72% d’entre elles ont estimé que le pays deviendrait un avant-poste commercial pour les entreprises européennes en Asie du Sud-Est. Toujours d’après elle, le traité de libre-échange devrait faciliter le règlement des questions sociales et environnementales au Vietnam. Concrètement, un tiers des entreprises a jugé que l’accord serait très bénéfique au développement durable au Vietnam. Selon l’enquête de l’EuroCham, la plupart des entreprises européennes attendent l’adoption puis l’application de cet accord en 2019 voire aussitôt que possible.

Une nouvelle dynamique pour les deux parties

Les Pays-Bas, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, l’Autriche et la Belgique sont les huit plus grands importateurs de produits vietnamiens au sein de l’UE avec des chiffres d’affaires annuels de plus d’un milliard de dollars chacun. Le Vietnam y exporte, pour l’essentiel, produits textiles et aquatiques, chaussures, café, ordinateurs, composants téléphoniques...

Suite à la signature de l’EVFTA, il est prévu que les exportations du Vietnam vers l’UE augmentent de 30% à 40%, et en sens inverse de 20% à 25%. La hausse des exportations de l’UE vers le Vietnam permettra, d’une part, à l’UE de réduire son déficit commercial et, d’autre part, au Vietnam d’importer des technologies avancées. Cet accord créera donc de nouvelles opportunités, aidant les deux parties à valoriser leurs potentiels, permettant à l’Europe d’envisager un accord de libre-échange étendu sur l’ASEAN.

L’EVFTA devrait créer égale-ment de solides opportunités commerciales pour le Vietnam dans les années à venir, notamment dans les secteurs de l’habillement et des chaussures. Une fois qu’il sera entré en vigueur, les taxes douanières sur de nombreux articles seront ramenées à 0%. Aux dires d’experts, le pays occuperait toujours une position avantageuse grâce à des coûts de main-d’œuvre et de production inférieurs à ceux des pays voisins. Les produits du vêtement et du cuir vietnamiens ont ainsi établi leurs marques sur le marché de l’UE. Le chiffre d’affaires à l’exportation de ces articles vietnamiens devrait augmenter considérablement avec la suppression progressive des barrières tarifaires.

Vu Duc Giang, président de Association vietnamienne du textile et du vêtement (VITAS), évoque toutefois certaines difficultés rencontrées par les entreprises textiles nationales, qui doivent importer un grand volume de matériaux en provenance de nombreux pays. Chaque année, ce secteur utilise quelque 820.000 tonnes de matériaux, dont environ 70% de Chine. Afin de bénéficier des tarifs préférentiels de l’EVFTA, les entreprises devront se conformer à la réglementation relative à l’origine des mar-chandises si elles ne veulent pas payer le tarif normal. D’après le Dr Nguyên Ðình Cung, directeur de l’Institut central de gestion économique, l’EVFTA jouera un rôle
important dans le processus d’intégration du Vietnam en lui apportant des avantages économiques considérables. Selon lui, le traité pourrait contribuer pour environ 2,5% à la croissance du PIB national en 2020 et 4,6% en 2025. Les exportations vietnamiennes vers l’UE devraient fortement augmenter, ce qui fera croître le revenu réel et créera de nouveaux emplois. Selon les estimations, quelque 300.000 personnes sortiront de la pauvreté grâce à cet accord. -CVN/VNA