Tân Dinh, le quartier qui ne dort jamais à Hô Chi Minh-Ville

Quartier chic par excellence, Tân Dinh était un lieu de convergence des coutumes et d’un certain savoir-vivre de la mégapole du Sud dans les années 1960 et 1970.
Hô Chi Minh-Ville, 27 janvier (VNA) - Quartier chic par excellence, Tân Dinh était un lieu de convergence des coutumes et d’un certain savoir-vivre de la mégapole du Sud dans les années 1960 et 1970. Ses habitants, notamment ceux qui y sont installés depuis toujours, en parlent avec fierté et nostalgie.

De l’arrondissement de Phu Nhuân et après avoir traversé le pont Kiêu, voici le quartier de Tân Dinh, espace où les valeurs morales des Saïgonnais se perpétuent depuis des siècles. Le quartier a connu son âge d’or. Évoquer Tân Dinh fait penser à une multitude d’éléments familiers, à commencer par les cafés (Thu Huong, Van Hoa ou ceux des trottoirs). Cela renvoie aussi à ses rues ombragées sous les grands arbres et ses anciens bâtiments d’architecture américaine ou européenne. Tân Dinh était appelé «le quartier des riches», avec ses maisons vastes et spacieuses. Elles étaient isolées et à l’abri des véhicules. Le quartier était tranquille et peu bruyant.
Tân Dinh, le quartier qui ne dort jamais à Hô Chi Minh-Ville ảnh 1L’église du Sacré-Cœur dans le quartier de Tân Dinh fait partie des bâtiments historiques de Hô Chi Minh-Ville. Photo: CVN
Élégance, courtoisie et respect d’autrui

Il y a environ 50 ans, Tân Dinh se trouvait éloigné du centre-ville de Saïgon (aujourd’hui Hô Chi Minh-Ville). Son calme attirait les cadres et les élites qui s’y installaient pour échapper au tumulte urbain. Née en 1944 dans le quartier, Nguyên Thi Khoi raconte : «C’était un quartier où régnaient la bienséance et le respect d’autrui. Les habitants étaient simples, courtois et généreux».

Les rues étaient toujours propres. Les commerçants transportaient des marchandises en charrettes et chariots. En 1966-1967, les premières motos, importées du Japon, sont apparues à Saïgon.

À cette époque-là, les natifs de Tân Dinh se sentaient fiers. Être riche était important bien sûr, mais l’élégance comptait encore plus. C’est un peu comme les Hanoïens qui ne manquent jamais une occasion de vanter leur origine.

L’église du Sacré-Cœur de Tân Dinh a été construite entre 1870 et 1876. C’est la plus grande de la ville après la Cathédrale Notre-Dame de Saïgon. «J’aimais contempler les femmes qui portaient l’ áo dài en allant à la messe chaque dimanche. Quelle belle image !», se souvient Nguyên Thi Khoi.

Par ailleurs, le marché de Tân Dinh, créé en 1926, est également un patrimoine historique de Saïgon. C’était un marché réservé aux riches. Les prix affichés étaient plutôt élevés, en rapport néanmoins avec la qualité proposée. Les Saïgonnais désireux d’acheter des choses dites européennes ou plus tendance se donnaient rendez-vous ici. Le café français tenait la vedette avec les marques Jean Martin ou Meilleur Goût. De plus, les plus jeunes fréquentaient la rue Hiên Vuong (Vo Thi Sau aujourd’hui) pour se faire une nouvelle beauté capillaire.

Un quartier en pleine mutation
Tân Dinh, le quartier qui ne dort jamais à Hô Chi Minh-Ville ảnh 2Le restaurant de Bánh xèo (crêpes salées) Dinh Công Tráng, spécialité de Tân Dinh, est toujours bondé. Photo: CVN
À l’heure de la modernité, la culture et les traditions de Tân Dinh se perdent peu à peu. Ce que regrette profondément Nguyên Thi Khoi et tous les habitants du quartier même s’ils n’ont pas le choix et doivent accepter son développement et son intégration. L’horloger Phat est installé devant l’église de Tân Dinh depuis une trentaine d’années. «Tân Dinh change perpétuellement et ne dort jamais», exprime-t-il.

Depuis 20 ans, Tân Dinh est connu pour le commerce au détail et en gros. Spécialisé dans les tissus, une vingtaine de tailleurs d’áo dài  (la tunique traditionnelle des Vietnamiennes) sont installés face au marché de Tân Dinh. Ces boutiques offrent une large palette de modèles, de styles, et ce pour tous les âges.

Travaillant depuis 19 ans dans le magasin de lingerie ABC, Nguyên Van Liêm  informe : «Nos clientes viennent de tous les horizons. Elles sont Saïgonnaises, professeures ou Viêt kiêu. Par ailleurs, nous distribuons des tissus dans les autres villes et provinces».

Autre spécialité qui fait la renommée du quartier : la gastronomie. Les nouvelles générations continuent de mettre en valeur le bánh xèo (crêpe salée) dans la rue Dinh Công Tráng, connu depuis 1975. Tout le monde veut y avoir sa table. Le giò (pâte de viande pilée) et le cha (hachis de porc grillé) Phu Huong, situé dans la rue Vo Thi Sáu, est lui aussi une adresse très courue. De plus, les allées limitrophes vendent des fruits et légumes. 

Enfin, dans la rue Nguyên Huu Câu, la restauration locale et rapide bat son plein (soupe de côtes de porc, nouilles croustillantes). Et lorsque la nuit a étalé son noir manteau scintillant, le quartier reste constamment en éveil. Des véhicules y circulent en permanence et les restaurants servent toute la nuit. Pour la quiétude d’autrefois, c’est une autre histoire... – CVN/VNA

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