L’enseignante Pham Thi Trà My et ses élèves de la commune de Rang Mi. Photo: BM/CVN
 
Hanoï (VNA) - Depuis une décennie, bravant les difficultés, de nombreux enseignants se dévouent aux petits élèves de l’ethnie Xê Dang, commune de Mang Ri, district de Tu Mo Rông, province de Kon Tum (hauts plateaux du Centre). 

Située à 100 km de la ville de Kon Tum, province du même nom, Mang Ri est séparée du monde extérieur par le col de Mang Roi, en pente raide et escarpée, extrêmement périlleux à franchir. L’un des premiers à franchir le col de Mang Roi pour s’installer dans la commune de Mang Ri, l’enseignant Nguyên Xuân Hanh, vice-directeur de l’École semi-internat primaire de Mang Ri, se souvient de ses premiers jours d’enseignement. C’était il y a dix ans. Ce jour-là, pour y arriver, M. Hanh a dû  emprunter un chemin boueux et glissant.

Conquérir le col

"Lors de mes premiers jours ici, le froid de canard me rendait constamment malade. De plus, en raison du transport difficile, les aliments frais comme viande ou poisson étaient des produits de luxe. Moi et plusieurs autres enseignants avons dû manger du poisson séché pendant des mois", raconte M. Hanh.

"Au début, je rencontrais beaucoup de difficultés pour encourager les  élèves têtus à aller à l’école. Et puis, j’ai trouvé une solution. Je leur faisais cours le matin et l’après- midi, je les suivais à la pêche dans les ruisseaux. En quelques jours, j’ai pêché beaucoup de poissons. Dès lors, certains d’entre eux m’ont admiré et il a été plus facile de leur enseigner", partage-t-il.

Allumer pour enseigner 

À 30 ans, l’enseignante Pham Thi Trà My travaille à Mang Ri depuis plus de huit ans. Elle a affronté beaucoup de difficultés à cause des rudes conditions naturelles de cette région montagneuse. "Les premiers jours, je pleurais tout le temps en voyant la forêt tout autour. Quand j’étais triste, je ne savais pas à qui me confier. Aujourd’hui  je suis habituée aux chemins de terre, aux pentes ou aux piqûres douloureuses des insectes. J’aime cet endroit", confie-t-elle.    

Le soir, lorsque les maisons à Mang Ri s’éclairent progres-sivement et que l’air devient plus froid, c’est le moment où des dizaines d’élèves vont en classe, torches électriques en main. À 18h00, quand le ciel est sombre, la classe de Mme My commence dans une salle de l’école de Mang Ri. Il y a environ trois ans, Mme My enseignait la lecture et l’écriture à quelques élèves. Au vu de leur niveau tellement bas, elle a décidé d’ouvrir une classe nocturne pour les soutenir. Au début, elle devait inciter les parents à amener leurs enfants en classe. Mais beaucoup de ces derniers ne voulaient pas étudier. Elle devait acheter des bonbons pour les encourager. 
 
L’enseignant Nguyên Xuân Hanh et sa femme. Photo: BM/CVN


Après son accouchement, elle a dû confier son enfant à ses parents. "Bien des nuits où je ne pouvais pas dormir, je suis allée au village pour bavarder avec des élèves. Ensuite, j’ai décidé d’ouvrir cette classe le soir pour les élèves ayant un faible niveau. À présent, leur niveau s’est amélioré. Je me sens heureuse et ma nostalgie est atténuée", exprime l’enseignante.

Loin de sa famille

Parlant de sa petite famille, Mme My se détourne en cachant la tristesse au coin de ses yeux: "J’ai rencontré mon mari quand j’étais étudiante. Je suis venue de Dak Lak (hauts plateaux du Centre) et mon mari de Quang Nam (Centre). Il y a plus de trois ans,  nous nous sommes mariés et puis chacun est rentré chez soi. Il travaille actuellement à Quang Nam, moi à  Kon Tum et mon enfant chez ses grands-parents à Dak Lak". Pendant les vacances du Têt (Nouvel An lunaire), parfois, elle prend la moto pour parcourir près de 200 km à travers la montagne de Ngoc Linh pour rendre visite à son mari à Quang Nam ou 400 km pour pouvoir serrer son enfant sur son cœur, à Dak Lak. "Une fois, lors de mon anniversaire, mon mari avait acheté un gâteau à Quang Nam pour me l’offrir car ici, il n’y avait pas de boulangerie. Quand il est arrivé, le gâteau était tout écrasé et j’ai pleuré dans ses bras", se souvient Mme My.

M. Hanh, quant à lui, se rappelle que lorsqu’il était allé à Quang Nam pour une mission, il avait rencontré, par hasard, l’étudiante en pédagogie Trân Thi Huyên Diêu. Fraîchement diplômée, celle-ci a décidé de travailler pour l’école de Mang Ri et une petite famille s’est formée. "Notre cérémonie de mariage a eu lieu dans la cour de l’école et nous sommes donc mari et femme. Après plus de cinq ans, nous avons deux enfants", confie-t-il avec joie.

Actuellement, leurs deux enfants sont élevés par leurs grands-parents à Quang Tri (Centre), lui et sa femme restent dans la commune de Mang Ri. "Nous nous encourageons mutuellement et à chaque Têt traditionnel, nous rendons visite à nos enfants, chacun à tour de rôle... ", explique M. Hanh. Dans cette région montagneuse, les  repas en famille sont un luxe pour les enseignants. En raison des conditions de travail, de nombreux enseignants ont dû sécher leurs larmes et accepter de s’éloigner de leurs foyers pour se consacrer à leurs élèves d’ethnies minoritaires. Un beau sacrifice! -CVN/VNA