Propos sur la maison traditionnelle des Viêt

Le mot vietnamien nhà (maison) a une résonance affective, sociale et idéologique, d’une ampleur et profondeur que ne connotent pas ses homologues en Occident.

Hanoi (VNA) - Le mot vietnamien nhà (maison) a une résonance affective, sociale et idéologique, d’une ampleur et profondeur que ne connotent pas ses homologues en Occident.

Propos sur la maison traditionnelle des Viêt ảnh 1La maison traditionnellea son ossatureet ses meubles entièrementen bois. Photo :CTV/CVN

Répétons que la maison typique vietnamienne comprend trois travées (ba gian) et deux appentis (hai trái). Les travées ne sont pas des chambres fermées, elles sont séparées par des colonnes de bois ou de bambou, ce sont donc des compartiments qu’on pourrait baptiser entrecolonnements. La travée centrale, la plus large, est réservée à l’autel des ancêtres qui est précédé parfois d’un lit de camp.

Le chef de famille reçoit les visiteurs sur ce lit en bois (ou devant ce lit, dans un espace de la véranda où se trouvent une table et deux canapés). Les deux travées adjacentes ont des lits de camp pour les enfants et les visiteurs. Ces deux appentis latéraux (travées à droite et à gauche) sont des chambres pour le chef de famille et sa femme et aussi des dépôts pour les provisions et les ustensiles d’usage quotidien. Le plancher en terre battue n’est jamais dallé même chez les riches pour permettre l’échange harmonieux entre les principes mâle (yang) et femelle (yin) de l’univers.

Aucune ouverture n’est pratiquée dans les murs latéraux et de derrière afin de prévenir les vols, ce qui rend l’intérieur assez obscur mais lui maintient plus de fraîcheur face au soleil tropical. La cuisine ne se trouve pas dans le bâtiment principal comme dans la maison paysanne chinoise. La maison a une armature qui le soutient. L’unité architecturale est la ferme, assemblage d’éléments de charpente disposé verticalement pour servir de support à une ouverture.

La maison vietnamienne est ainsi un assemblage de bois, aucun clou ou autre pièce métallique, fait de colonnes supportant une poutre faîtière qui, avec son système de solives, supporte à son tour le poids énorme du toit en tuiles ou en paille. L’ensemble tient solidement grâce à un engrenage de mortaises et de tenons. La charpente est indépendante des murs.

Des différences dans le style de construction

Les Européens construisent leur maison à l’inverse des Vietnamiens : ils commencent par les fondations. Les Vietnamiens commencent par poser les fermes de la toiture sur leurs colonnes d’appui reposant sur le soubassement (nền). Le toit et la massive charpente constituent la partie essentielle de la maison. La construction de la demeure des vivants (nhà ở) et des morts (mồ mả) était un acte quasi-mystique. Celle des vivants pouvait préparer un avenir heureux ou malheureux pour les membres de la famille. Celle des morts pouvait en faire de même pour les descendants, leur donner richesse, honneur, longévité, nombreuse progéniture. La construction, loin d’être un acte simplement matériel, exige en même temps des rites spécifiques. Il faut choisir l’espace favorable (configuration du site, le terrain, surtout l’orientation), un temps propice (le jour, l’heure), des dimensions convenables. Pour tout cela, il fallait recourir à la compétence magique du géomancien (thầy địa lý) qui appliquait certains rites. Par exemple, au moment de la pose du  thượng lương (poutre faîtière), opération inaugurale, on y écrivait la date et y fixait une bande d’étoffe rouge (le rouge éloignait le Génie du feu, l’incendie) et une feuille de la plante thiên tuế (dix mille ans, le cycas) symbolisant la pérennité. Pour une maison de briques, on dressait deux pans de mur pour y fixer la poutre faîtière. Un festin était offert à cette occasion aux charpentiers qui recevaient une gratification.

Importance du choix de l’orientation

Propos sur la maison traditionnelle des Viêt ảnh 2Une maison traditionnelle entourée de verdure. Photo : CTV/CVN

Pour l’orientation de la maison, un adage populaire recommande : «Lấy vợ đàn bà, làm nhà hướng nam»  (Quand on se marie, on prend une femme ; quand on construit une maison, c’est au sud qu’il faut l’orienter). En effet, le sud représente le principe mâle (yang). Sans doute pour bénéficier des vents frais apportés par la mousson d’été venant de l’océan.

Le géomancien, avec sa boussole, déterminait le site et l’orientation de la maison. Mais c’est à l’astrologue (thầy phù thủy) de protéger la nouvelle habitation contre tous les malheurs possibles : ce dernier fabriquait une maquette en papier de la future maison sur laquelle il fixait cinq roseaux munis chacun d’un mannequin en paille représentant les cinq diables destructeurs (ngũ quỷ). Le tout était brûlé après le sacrifice. Dans certaines maisons villageoises comme dans les maisons en ville, il y a des bassins d’eau d’où s’élève une montagne en miniature décorée d’arbres nains et de figurines.

Au cours du XIXe siècle, les cases en torchis à la campagne ont progressivement disparu, remplacées par des maisons en briques ou en préfabriqués. Le vietnamologue Louis Bezacier remarque : «Il existe une différence notable entre la maison du paysan et celui du citadin. Tandis que l’une comprend un ensemble de bâtiments édifiés au pourtour d’une cour, la maison urbaine est composée d’un ensemble de bâtiments se succédant en profondeur et séparés par des cours intérieures. La première salle est, suivant la profusion de l’occupant, un magasin ou le salon de réception. Les salles suivantes remplissent le rôle de chambres, cuisine, etc.». (L’art vietnamien, 1955).

N’empêche que des traits et l’esprit de la maison paysanne se retrouvent dans la maison citadine (autel des ancêtres et autels secondaires, cour garnie de pots de plantes d’agrément remplaçant le jardin, bassin d’eau de pluie, sentences parallèles, fêtes rituelles et cérémonies familiales...). Le village est envahi par la cité.

Au terme d’un long processus de modernisation de l’habitation, dès le début de la colonisation française, la maison traditionnelle villageoise et son homologue urbaine ont fini par disparaître. C’est le règne de l’acier et du béton, du cosmopolitisme et de l’anarchie architecturale. Les mœurs ont changé dans le sens de l’occidentalisation : égotisme vulgaire, consumérisme. Les voisins s’ignorent. On passe plus de temps hors de la maison, on se voit moins en famille, le repas familial a perdu son caractère sacré.

De la spiritualité de la maison traditionnelle, il ne reste pas grand-chose hormis la présence de l’autel des ancêtres dans de nombreuses maisons et chez les commerçants et hommes d’affaires, d’un pagodon en bois pour adorer le Génie de la richesse (thần tài). -CVN/VNA

Voir plus

Des activités immersives à Khanh Hoa permettent aux jeunes Vietnamiens à l'étranger de mieux comprendre l'histoire et les traditions de leur pays. Photo : VNA

Camp d’été Vietnam 2026 : un retour aux sources

Plus de 100 jeunes Vietnamiens d’outre-mer originaires de 32 pays et territoires ont poursuivi leur parcours du Camp d’été Vietnam 2026 à Khanh Hoa au Centre, où ils ont participé à des activités de mémoire, d’échanges et de découverte, renforçant ainsi leurs liens avec leur pays d’origine.

Lors de la cérémonie de signature des accords de prêt et de subvention pour deux projets majeurs : le projet "Gestion intégrée des zones côtières du delta du Mékong, 2e phase" et le projet "Protection, restauration et développement durable des forêts au Tay Nguyen, dans les Hauts Plateaux du Centre". Photo : MOF

L'Allemagne accorde 60 millions d'euros au Vietnam pour deux projets environnementaux

La cérémonie de signature des accords de prêt et de subvention pour deux projets majeurs : le projet "Gestion intégrée des zones côtières du delta du Mékong, 2e phase" et le projet "Protection, restauration et développement durable des forêts au Tay Nguyen, dans les Hauts Plateaux du Centre" a eu lieu dans le cadre de la séance de travail entre le vice-ministre des Finances, Tran Quoc Phuong et l'ambassadrice d'Allemagne au Vietnam, Helga Margarete Barth.

Campagne des « 500 jours et nuits » : un appel venu du cœur

Campagne des « 500 jours et nuits » : un appel venu du cœur

La « Campagne des 500 jours et nuits pour intensifier la recherche, le regroupement et l’identification des restes des martyrs » (ci-après « Campagne des 500 jours et nuits »), en préparation du 80ᵉ anniversaire de la Journée des Invalides de guerre et des Martyrs, constitue bien plus qu’une importante mission politique.

 Centre de services administratifs publics du quartier Thu Duc, Hô Chi Minh-Ville. Photo : VNA

Une plateforme nationale de gouvernance numérique à l’étude

Les autorités préconisent la création d'une plateforme nationale de gouvernance numérique. Il ne s'agirait pas d'un nouveau logiciel destiné à remplacer les systèmes existants, mais d'une couche opérationnelle commune permettant de coordonner l'ensemble des services numériques de l'administration.

L'exposition "Agent Orange – Conscience et Justice" Da Nang 2026 au Musée de Da Nang. Photo: VNA

Da Nang accueille l'exposition "Agent Orange – Conscience et Justice"

L'exposition présente au public plus de 400 images, documents et objets illustrant la catastrophe de l'agent orange au Vietnam. Les éléments exposés mettent en lumière les efforts de l'État, de l'armée, des associations, des entreprises et des citoyens pour surmonter les séquelles de la guerre et venir en aide aux victimes.

Les enseignants de vietnamien du CVCEC et du Viet Youth Readiness Hub animent un cours de vietnamien destiné aux enfants de la communauté vietnamienne au Canada. Photo : VNA.

Au Canada, Phan Thi Quynh Trang œuvre pour préserver l’identité vietnamienne des jeunes générations

Selon Phan Thi Quynh Trang, fondatrice et présidente du Conseil de la culture et de l'éducation Canada-Vietnam (CVCEC), des cours de vietnamien en ligne aux programmes culturels consacrés aux racines, en passant par les projets d'accompagnement des jeunes, toutes ses initiatives poursuivent un même objectif : permettre aux jeunes Vietnamiens du Canada de préserver leur identité culturelle, de renforcer leur capacité d'intégration et de conserver un lien fort avec leur pays d'origine.

Le Comité d'organisation a remis des cadeaux aux bénéficiaires des politiques sociales. Photo : VNA

Hanoï ouvre une Semaine du film en hommage aux Héros morts pour la Patrie

Organisée du 21 au 28 juillet, cette Semaine du film propose des projections gratuites de films consacrés aux guerres de résistance et aux personnes ayant rendu des services méritoires à la Patrie, à l'occasion du 79e anniversaire de la Journée des Invalides de guerre et des Héros morts pour la Patrie.

Le spectacle « Au fil des années », placé cette année sous le thème « Les chevaux des frontières ». Photo: Le Comité d'organisation

Le Vietnam rend hommage à ses héros à travers une riche programmation artistique

À l’occasion du 79e anniversaire de la Journée des Invalides de guerre et des Martyrs (27 juillet), des spectacles artistiques sont organisés dans tout le Vietnam afin d’honorer les héros tombés pour la Patrie, les invalides de guerre, les anciens combattants et les personnes ayant rendu des services méritoires à la Révolution, tout en transmettant aux jeunes générations la tradition de reconnaissance et de patriotisme.

Des officiers et des soldats du commandement de la région 2 des garde-côtes remettent le drapeau national et des cadeaux aux pêcheurs. Photo : VNA

La confiance des pêcheurs, clé de la levée du « carton jaune »

Lorsque les pêcheurs se sentent soutenus et compris, le respect du journal de bord et des réglementations internationales cesse d'être une simple contrainte administrative pour devenir une responsabilité personnelle, seule capable de convaincre durablement la Commission européenne de lever définitivement son avertissement.