Phât Lôc, une ruelle unique à Hanoï

Située au cœur de la capitale Hanoï, Phât Lôc mérite le détour. Cette courte ruelle sans trottoirs conserve des vestiges précieux dont la maison de culte familiale des Bùi.
Phât Lôc, une ruelle unique à Hanoï ảnh 1La ruelle Phât Lôc d’antan... Photo : CTV/CVN

Hanoï (VNA) - Située au cœur de la capitale Hanoï, Phât Lôc mérite le détour. Cette courte ruelle sans trottoirs conserve des vestiges précieux dont la maison de culte familiale des Bùi.

Phât Lôc est une ruelle unique à Hanoï. Elle l’est à plusieurs titres. Située au cœur de l’ancien quartier baptisé "Les 36 Rues et Corporations", elle est aussi étroite que courte (une centaine de mètres) et débouche sur les rues jouxtant la digue du fleuve Rouge d’une part, les rues des Saumures (Hàng Mam) et des Jarres (Hàng Chinh) d’autre part. Elle a vécu, depuis 200 ans, des moments historiques et connu des changements sociaux hauts en couleur.

La ruelle Phât Lôc d’autrefois

Au début du XVIIIe siècle, quand la rue actuelle était encore très proche de la berge, un étudiant de l’École des Enfants de la Nation (dans l’enceinte de l’actuel Temple de la Littérature ou Van Miêu, cet établissement (Quôc Tu Giam) au début du XIe siècle fut notre première université) de la famille des Bùi du village de Phât Lôc (district de Dông Quang, province de Thái Binh) vint s’y établir avec sa famille. D’autres familles du village suivirent, formant un nouveau village, noyau de la future ruelle. La maison N°30 est devenue la maison de culte familiale, des Bùi. L’ancien Hanoï s’est constitué à partir de l’adjonction de villages se transformant à la longue en quartier. L’origine des villageois est diverse : regroupement de gens partis d’un même village (cas de Phât Lôc), ou de gens exerçant le même métier ou le même commerce (d’où les rues du Chanvre, de la Soie, etc.). Ces rues ont toujours conservé chacune leur maison communale consacrée au culte du génie tutélaire de leurs anciens villages. Tel est le cas de la ruelle Phât Lôc dont la maison communale était bâtie à côté de celle d’un autre ancien hameau (au numéro 46A).

Il fut un temps où le village-ruelle de Phât Lôc était occupé presque entièrement par les membres du clan familial des Bùi. Par la suite, arrivèrent quelques familles du clan des Ngô. Après les bouleversements causés par les deux guerres d’Indochine pendant trente ans, il ne resta plus beaucoup d’habitants descendant des gens de Phât Lôc.

Phât Lôc, une ruelle unique à Hanoï ảnh 2…et d’aujourd’hui. Photo : CTV/CVN

J’ai visité en mars 1997 la maison N°30, dont l’autel familial des Bùi occupe, avec des autels dédiés au Seigneur Tigre, aux Déesses Mères et à Bouddha, tout l’étage du milieu. Le propriétaire, Bùi Huy Tuyên, coiffeur de 67 ans, est le chef de la lignée des Bùi. Il y habite avec sa femme, également coiffeuse, et les ménages de quatre (sur sept) de leurs enfants, tous petits employés et petits marchands. Leurs conditions de vie visiblement modestes ne leur ont pas permis de moderniser leur habitation comme l’ont fait la plupart des habitants de Phât Lôc, ce qui nous a donné l’occasion de visiter une maison typique de Hanoï fin XIXe-début XXe siècle.

Maison-tubes de Hanoï

Dans les rues marchandes très exiguës se pressent des maisons dites "nhà ông" (maison-tube) beaucoup plus longues (70 m à 100 m et plus) que larges (3 m à 6 m), pouvant déboucher sur deux rues parallèles. La demeure est divisée (dans le sens de la longueur en plusieurs compartiments non murés (4-5 ou plus) séparés par de petites cours intérieures parfois à ciel ouvert. Comme il n’y a pas de jardin, on met dans les cours des pots de plantes d’ornement ou des montagnes miniatures artificielles. La cour terminale est attenante au compartiment culinaire. La façade sert souvent de boutique. Elle peut être surmontée d’un étage très petit et très bas pour stocker des marchandises ou pour dormir. Le mur de devant de l’étage est percé d’une petite ouverture en guise de fenêtre lorgnant la rue. Le badaud se baladant dans le vieil Hanoï pourrait identifier encore ces étages caractéristiques dans la rue du Marché de Dông Xuân, la rue des Orfèvres, etc. Certains compartiments comportent une mezzanine (entrepôt et chambre à coucher). Mais il faut vite aller admirer ces vieux logis parce que je crains fort qu’ils ne tiennent pas longtemps devant la fièvre des hautes constructions en béton et en verre qu’affectionnent nos nouveaux riches.

Au début du XXe siècle, Phât Lôc abritait des familles d’artisans et de marchands (tissage, fabrication de tonnelets pour le nuoc mam, commerce du nuoc mam, fabrication de sucre…). Pendant les années 1920-1930, la proximité des quais fréquentés par les chaloupes du fleuve Rouge favorisa l’apparition de pickpockets, de prostituées, de fumeurs d’opium, de pauvres marchands ambulants (thé, soupe, riz gluant cuit à la vapeur, etc.).

Au début de la guerre de résistance contre les colons français, en 1946-1947, au cours des combats de rue dans Hanoï assiégé, la ruelle Phât Lôc offrait une entrée pour le ravitaillement de l’extérieur et une sortie pour la traversée clandestine du fleuve.

Aujourd’hui, la ruelle, assainie et quelque peu modernisée mais toujours sans trottoirs, recèle des vestiges précieux qu’il faut sauver de la dégradation. -CVN/VNA

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