Phan Thi Thuân, la gardienne de la soie de Phung Xa

Situé en banlieue de Hanoï, jadis, le village de Phung Xa était la capitale de la sériciculture du Nord. Originaire de ce village, Phan Thi Thuân met tout son cœur dans la préservation de ce métier.
Phan Thi Thuân, la gardienne de la soie de Phung Xa ảnh 1Phan Thi Thuân. Photo: VOV

Hanoï (VNA) – Situé dans le district de My Duc, en banlieue de Hanoï, jadis, le village de Phung Xa était la capitale de la sériciculture du Nord. Depuis les années 1990, lorsque l’économie vietnamienne s’est ouverte au monde, Phung Xa a fait face à une rude concurrence des produits importés et a dû se battre pour perdurer. Originaire de ce village, Phan Thi Thuân, 68 ans, met tout son cœur dans la préservation de ce métier ancestral.  

Phung Xa a commencé à pratiquer la sériciculture, en 1929. Pendant plusieurs décennies, les deux rives de la rivière Day, qui traverse le village, étaient couvertes de mûriers. Mais, avec l’arrivée de la soie importée, cette végétation ainsi que le bruit des métiers à tisser ont petit à petit disparu.

Lorsque la sériciculture de Phung Xa périclitait, Phan Thi Thuân était comptable dans une coopérative séricicole. Elle souffrait de voir les artisans démissionner l’un après l’autre, et surtout, les métiers à tisser abandonnés partout dans le village. Elle a décidé d’assembler l’un de ces métiers chez elle.

«J’ai hérité l’amour pour la sériciculture de mes parents. Ce métier coule dans mes veines. Nos aïeux l’ont dit: ‘Chaque feuille de mûrier vaut de l’argent. Le ver à soie en mange et donne de l’or’. C’est la soie qui a créé des emplois. Mais tout a changé. Je me souviens encore très bien le jour où la Société générale de mûrier et de soie a déposé son bilan. Les habitants de My Duc avaient beaucoup de mal à trouver de nouveaux acheteurs. Les dirigeants du district m’ont demandé de trouver une solution pour préserver ce métier ancestral», raconte-t-elle.

Pour promouvoir la soie de Phung Xa et notamment pour comprendre les goûts des consommateurs, Mme Thuân a participé à un grand nombre d’expositions et de foires de la soie. Puis, elle a inventé de nouveaux produits originaux qui ont reconquis le cœur des clients. En 2012, Mme Thuân a mis sur le marché les premières couvertures tissées par des vers à soie, sans participation humaine.

Comprenant parfaitement la nature et les habitudes des vers à soie, Mme Thuân a réussi à leur faire tisser des cocons plats à partir desquels elle a confectionné des couvertures et des oreillers doux et légers, mais résistants. Cette gamme de produits lui a rapporté 121.000 euros de bénéfice en un an.

«À l’ère d’industrialisation, il est très facile de produire en grande quantité avec une forme homogène. Pour faire concurrence aux produits industriels, il faut mettre en valeur les caractéristiques spécifiques de l’artisanat. Il faut également faire en sorte de répondre aux envies des consommateurs. Je me suis creusé la tête pour pouvoir utiliser les cocons imparfaits. J’ai aussi découvert qu’on pouvait utiliser la matière fécale des vers à soie pour fertiliser les mûriers ou créer un remède à base de la pupe», explique-t-elle.

La soie de Phung Xa a retrouvé sa réputation, ce qui incite les villageois, dont Dô Huu Tin, à revenir à ce métier.

«Grâce à Mme Thuân, de plus en plus d’habitants reviennent à la sériciculture. Elle fait l’admiration de tout le monde par sa passion sans égal, mais également par sa créativité extraordinaire. Elle est capable de ‘commander’ les vers à soie pour qu'ils tissent eux-mêmes des couvertures», déclare-t-il.

Sous la direction de Phan Thi Thuân, la société de mûrier et de soie My Duc emploie aujourd’hui de milliers de travailleurs saisonniers, dont le revenu moyen s’élève à 180 euros par mois, un salaire satisfaisant pour cette région.

Vu Manh Hai, président de l’Association des artisans de Hanoï, se réjouit de la renaissance de la soie de Phung Xa.

«Nous sommes fiers des artisans talentueux et créatifs comme Mme Thuân. Elle a créé de nouveaux produits originaux et surtout a sauvé tout un métier traditionnel», dit-il.

En dehors de la soie naturelle, Mme Thuân est également l’inventrice de la soie de lotus, un produit extraordinaire, typiquement vietnamien. Sa créativité lui a valu le premier prix lors du 6e Concours national d’Innovation et de Technique agricoles en 2015. Quatre ans après, sa soie de lotus a été sélectionnée par le Premier ministre comme cadeau officiel du Vietnam lors du Sommet du G20 organisé en 2019 au Japon. En 2021, Mme Thuân a été honorée parmi les neuf citoyens exemplaires de la capitale.-VOV/VNA

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