Pham Thi Huê, la passerelle entre le ca trù et la jeunesse

Pham Thi Huê… Ce nom n’est pas inconnu des amateurs de ca trù, le chant des courtisanes classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.
Pham Thi Huê, la passerelle entre le ca trù et la jeunesse ảnh 1De gauche à droite: l'artiste du "đáy" Nguyên Phu De, l'artiste Pham Thi Huê et l'artiste défunte Nguyên Thi Chuc. Photo: Facebook/Pham Thi Huê

Hanoï (VNA) - Pham Thi Huê… Ce nom n’est pas inconnu des amateurs de ca trù, le chant des courtisanes classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et pour cause, Pham Thi Huê est l’une des artistes les plus illustres de sa génération. Mais elle n’est pas seulement une chanteuse de grand talent, elle est aussi un passeur, au sens le plus noble du terme.

Le «ca trù», aussi appelé «A đào», «Cửa Đình» ou «Nhà Trò» est une forme d’art traditionnel qui a fait son apparition à la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle, qui a connu son apogée à la cour royale dans les années 1930, et une consécration définitive avec sa reconnaissance par l’UNESCO en tant que patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde d’urgence. C’était en 2009.

Bien, ces choses étant précisées, fermons maintenant les yeux et laissons-nous porter par les mélopées tantôt graves tantôt aigues qui caractérisent l’univers du ca trù.

Pham Thi Huê, la passerelle entre le ca trù et la jeunesse ảnh 2Pham Thi Huê (centre) lors d'un concert de ca trù. Photo: Facebook/Pham Thi Huê

Sur la «scène», qui consiste en fait en une natte déposée au milieu de la salle, se tiennent trois artistes habillées d’ao dài de velours rose et bleu. Pham Thi Huê est au milieu. Elle déclame des poèmes anciens tout en joueant d’une cithare rectangulaire à trois cordes, le «đáy». Deux autres artistes jouent de la claquette de bois, le «phách», et du tambour, le «châu». Née dans une famille d’artistes, Pham Thi Huê a eu la chance de baigner dans la musique traditionnelle depuis la plus petite enfance avant de trouver sa voie avec le ca trù.

«C’est en 1992 que j’ai pu découvrir le ca trù en écoutant un enregistrement de Quach Thi Hô. J’ai été tout de suite captivée par les rythmes du ‘phách’ et du ‘đáy’. J’ai alors appris à en jouer. En 2001, j’ai eu la chance de rencontrer Nguyên Thi Truc et ça a été le grand tournant. Elle a accepté de m’enseigner toutes ses techniques vocales», souvient-elle.

De là à tutoyer la gloire, c’est une toute autre affaire, évidemment. Mais Pham Thi Huê n’est pas du genre à se laisser décourager. Et non contente d’être devenue l’une des divas du ca trù, elle chante en s’accompagnant du dàn day, ce qu’elle est la seule affaire.

Une artiste exceptionnelle qui s’est vue décerner de nombreux prix, notamment en 2021 par l’organisation non-gouvernemetale sud-coéreenne «World Master». En 2015, à 42 ans seulement, elle a aussi été récompensée du titre d’«artiste émérite» par l’État vietnamien. Pham Thi Huê consacre tout son temps et son énergie à faire connaître le chant des courtisanes de ses cendres. On témoigne son club de ca trù – le club Thang Long qui a vu le jour il y a 10 ans et qui vise à montrer et à démontrer aux jeunes générations que la musique traditionnelle  est encore une musique bien vivante. 

«Nous organisons toutes les semaines un concert dans le vieux quartier de Hanoi. Certains des chanteuses que nous formons sont très motivées. Au bout d’un an, plusieurs maîtrisent déjà bien toutes les subtilités rythmiques du ca trù», dit-elle.

Ce club est devenu pour beaucoup de jeunes de la capitale un lieu de rendez-vous comme nous le confirme volontier Linh Huong.

«Je suis toujours impatiente de venir ici pour suivre les cours de ca trù. J’adore ça. Pham Thi Huê est vraiment un très bon professeur. Grâce à elle, je commence à bien maîtriser les cliquettes», ajoute-elle.

Pham Thi Huê, la passerelle entre le ca trù et la jeunesse ảnh 3Pham Thi Huê et sa fille Huê Phuong. Photo: Facebook/Pham Thi Huê

Comme bon sens ne serait mentir. La fille de Pham Thi Huê – Huê Phuong – est, elle aussi, une passionnée.

«Je suis fière de ma mère et j’ai la chance de bénéficier de son accompagnement dans cet art. J’ai envie de contribuer à préserver le ca trù et à le faire connaître au monde», dit-elle.

Pour Pham Thi Huê, la musique traditionnelle, et à fortiori le ca trù, a une vitalité qui doit être entretenue et transmise aux générations futures. Pour cette artiste dite «traditionnelle», le passé se conjugue au présent, et même au futur.-VOV/VNA

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