Nguyên Xuân Khoát, l’homme de deux musiques

Nguyên Xuân Khoát (1910-1993) fut le premier président de l’Association vietnamienne des compositeurs. Il est considéré comme le chef de file de la musique vietnamienne moderne.
Nguyên Xuân Khoát, l’homme de deux musiques ảnh 1Le compositeur Nguyên Xuân Khoát. Photo : Archives/CVN


Hanoï, 5 avril (VNA) - Nguyên Xuân Khoát (1910-1993) fut le premier président de l’Association vietnamienne des compositeurs. Passionné de musique occidentale, il est considéré comme le chef de file de la musique vietnamienne moderne.

En entrant chez Nguyên Xuân Khoát dans un grand immeuble d’habitation à Hanoï, je suis intrigué de voir, fixé en haut du mur, un autel de Bouddha avec de nombreux brûle-parfums. J’ai pensé dans mon for intérieur : "Si je ne me suis pas trompé, Khoát devrait être catholique. Il habitait rue de la Mission, près de la Cathédrale de Hanoï ! Ce qui ne l’a pas empêché de servir la Révolution de 1945 dès les premiers jours. Mais pourquoi la conversion au bouddhisme ?".

Khoát devine ma pensée. L’octogénaire me présente sa femme, octogénaire aussi, qui vient de rentrer du marché en disant : "Quoi d’étonnant ! L’autel de Bouddha est à elle. Depuis notre mariage, il est convenu que chacun pratique sa religion. Sincèrement, je pense que le bouddhisme a du bon".

Un des pionniers de la musique moderne

Nous parlons de la musique vietnamienne moderne dont Khoát est considéré comme un des pionniers.

Il est probable que la musique occidentale a fait son entrée au Vietnam d’abord par le canal des fêtes et des chœurs de l’Église catholique. Tout petit, Khoát était déjà envoûté par la musique liturgique. Il s’est ensuite passionné pour la musique occidentale transmise par ses oncles qui jouaient des cuivres à la cathédrale et aussi pour la musique traditionnelle vietnamienne - violon à deux cordes et luth à quatre cordes -, grâce à l’influence de la famille maternelle.

Il a commencé la mandoline à l’école primaire supérieure tout en cherchant à pratiquer d’autres instruments et à suivre des cours privés de musique.

- "En été, raconte-t-il, nous allions attraper des cigales au bord du Lac de l’Épée. Souvent, au retour, nous nous arrêtions rue Paul Bert, sur le trottoir face à l’Hôtel français Coq d’Or pour nous abreuver de son concert-apéritif entre six et huit heures du soir. L’orchestre était composé d’exécutants venus d’Europe".

- Vous-même avez reçu une formation régulière ?

- "Autodidacte pour la musique traditionnelle, il n’y avait pas d’école. Pour la musique occidentale, à seize ou dix-sept ans, je suis entré au Conservatoire d’Extrême-Orient ouvert par les Français en 1927 et j’en suis sorti au bout de trois ans. J’y ai appris le violon et la contrebasse. L’école a d’ailleurs fermé à cause de la crise financière mondiale. En tout cas, à dix-neuf ans, j’ai pu réaliser mon "rêve de trottoir" tenir la contrebasse au Coq d’Or, et pour quelques bars de Khâm Thiên, rue des chanteuses".

- "Il est regrettable que le "ca trù" ou "hát a đào" cultivé par ces chanteuses de Khâm Thiên, sorte de geisha, soit tombé en désuétude. Sauf Thê Lu, vous êtes, je crois, le seul musicien vietnamien du pays à approfondir des recherches sur ce genre à cheval entre littérature et musique, essentiellement vietnamien".

- "Quand j’étais tout petit, mon père, clerc d’avocat - un "monsieur" à l’époque coloniale m’amenait souvent chez les chanteuses. Quelle merveilleuse initiation !"

Mme Khoát, jusque-là silencieuse, ajoute son mot :

- "Mon mari est non moins épris de l’opéra populaire de "chèo". Vers 1937-1938, il a invité un maître chèo et son fils à venir de la campagne s’installer chez nous pendant plusieurs mois. Ils ont joué et chanté pour nous à longueur de journée, en tout cinq pièces tombées dans l’oubli. Mon mari en a noté la musique, moi les paroles".

- "Quelle aubaine ! Vous les avez publiées ?"

- "Hélas non ! Khoát esquisse un sourire railleur. En 1947, alors que je faisais partie de l’orchestre de Quan Liên, nous avons été surpris par un parachutage français qui a détruit tous nos effets".

- "À la fin des années 1930 et début 1940, vous avez fait cavalier seul. Tandis que le public raffolait de chansons modernes langoureuses à la Tino Rossi, vous avez créé avec succès des chansons genre populaire dân ca pour parler d’actualité ?"

- "En particulier deux : Thang Bom (Le petit Bom) évoque la misère de notre peuple accablé par le double joug japonais et français, Con cò mà đi an đêm (La cigogne cherchant pitance pendant le nuit) plaint les jeunes Vietnamiens raflés par la Kampetai japonaise. En réalité, mes efforts pour revenir à la source nationale n’ont été alors appréciés que par une élite".

- "Bien moins que vos chansons révolutionnaires".

- "Évidemment. En 1945, "Haine" (Uât hân) a été écrite au début de la Révolution, quand je travaillais pour la troupe Trân Huyên Trân".

- "Votre "Sons de cloche de l’église paroissiale" condamnant le vandalisme des mercenaires étrangers est devenue un classique dès 1946-1947. Une dernière question : vous possédez les deux musiques, la vietnamienne et l’occidentale. Auriez-vous des préférences ?"

- "C’est difficile de répondre, car en moi, elles se complètent. La vietnamienne, c’est ma chair et mon sang mais l’occidentale me séduit par son côté systématique, scientifique. L’architecture musicale occidentale est verticale, cathédrale magnifique, faites de gradins, de sons de hauteurs définies, un ensemble harmonieux et fermé. Notre musique, comme nos temples, s’étire à l’horizontale. Ils reposent sur des colonnes, ne se murent pas, se fondent dans la nature". Huu Ngoc/CVN (Avril 2004)
source

Voir plus

La Birmane Soe Myintzu Lwin (au centre) est couronnée Miss Monde Multiculturel 2026. La Vietnamienne Nguyên Tran Hà Linh (deuxième à partir de la gauche) remporte le titre de deuxième dauphine. Photo : organisateurs

La Birmane Soe Myintzu Lwin sacrée Miss Monde Multiculturel 2026

Soe Myintzu Lwin, 23 ans, a surpassé 19 autres candidates pour remporter la couronne. Outre le titre, elle a également reçu le prix "Meilleur corps". La représentante vietnamienne Nguyên Trân Hà Linh a été élue deuxième dauphine et a reçu deux prix spéciaux.

La cérémonie d'ouverture du 4e Festival du film asiatique de Da Nang (DANAFF IV). Photo : VNA

Ouverture de la 4ᵉ édition du Festival du film asiatique de Da Nang

Le 4e Festival du film asiatique de Da Nang (DANAFF IV) s'est ouverte le 28 juin à Da Nang. Réunissant cinéastes, artistes et experts vietnamiens et étrangers, l'événement confirme son ambition de devenir une plateforme régionale majeure pour les échanges cinématographiques, tout en contribuant au développement de l'industrie culturelle et au rayonnement international du Vietnam.

Le groupe Xâm Ha Thanh participe à un atelier artistique pour les élèves du système éducatif Hoang Mai Star (Hanoï). Photo : NSHM

Le chant Xẩm, un patrimoine vivant porté par la jeunesse

Dans un contexte où la préservation et la valorisation du patrimoine culturel immatériel suscitent un intérêt croissant, rapprocher les arts traditionnels des jeunes générations apparaît comme l’une des clés pour assurer leur transmission et leur pérennité.

L'ambassadeur du Vietnam en Israël, Nguyen Ky Son, offre des cadeaux à des enfants à l'occasion de la « Journée de la famille vietnamienne » en Israël. Photo : VNA

Célébration de la Journée de la famille vietnamienne en Israël

À l'occasion de la Journée de la famille vietnamienne, la communauté vietnamienne en Israël s'est réunie à Netanya pour célébrer les valeurs de solidarité et de cohésion. La rencontre a également été l'occasion de réaffirmer le soutien de l'ambassade du Vietnam et l'attachement de la diaspora à ses racines culturelles malgré un contexte sécuritaire toujours incertain.

Le 6e Festival culturel du peuple Cham, organisé à Khanh Hoa, met à l'honneur un patrimoine historique et culturel exceptionnel. Photo: VNA

Le Vietnam met à l'honneur le patrimoine culturel du peuple Cham

Réunissant des représentants du peuple Cham de plusieurs villes et provinces vietnamiennes, le 6e Festival culturel de l’ethnie Cham, organisé à Khanh Hoa, met à l'honneur un patrimoine historique et culturel exceptionnel, tout en réaffirmant la volonté des autorités de préserver la diversité culturelle et d'en faire un levier du développement durable.

Les délégués, invités internationaux et troupes artistiques posent pour une photo commémorative. Photo : VNA

Hô Chi Minh-Ville renforce ses liens d’amitié par la culture

Organisé le 27 juin à Hô Chi Minh-Ville, le programme « Les mélodies de l’amitié » a réuni représentants diplomatiques, organisations internationales et communautés étrangères autour d’échanges culturels destinés à renforcer l’amitié entre les peuples.

Démonstrations de clubs d’arts martiaux à Hanoï. Photo : VNA

Du patrimoine à l’industrie culturelle : les arts martiaux de Hanoï en quête de valorisation

Héritage vivant de la culture de Thang Long, les arts martiaux traditionnels de Hanoï incarnent à la fois l’histoire, les valeurs morales et l’identité culturelle vietnamiennes. À l’heure où la capitale mise sur les industries culturelles comme moteur de développement, leur valorisation apparaît comme un enjeu majeur pour transformer ce patrimoine séculaire en ressource économique, touristique et créative.

Un représentant du Vietnam prend la parole lors de la session à Paris. Photo : UNESCO

L’UNESCO accorde au Vietnam une nouvelle voix dans l’évaluation du patrimoine mondial

Lors de la 11e session de l’Assemblée générale des États parties à la Convention de 2003 pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, tenue les 17 et 18 juin 2026 à Paris, le Centre de recherche et de valorisation du patrimoine culturel (CCH) a officiellement obtenu le statut d’organisation non gouvernementale (ONG) accréditée pour exercer des fonctions consultatives auprès du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Les organisateurs espèrent que le festival deviendra un événement culturel et touristique annuel incontournable, contribuant à promouvoir l’image de la capitale, à préserver les valeurs culturelles traditionnelles et à enrichir l’offre touristique de Hanoi. Photo: VNA

Le Festival du lotus de Hanoi célèbre l’héritage culturel de la fleur emblème

Cet événement vise à mettre en valeur les atouts culturels et touristiques de Thang Long-Hanoi, à célébrer la beauté et l’importance du lotus dans la vie vietnamienne et à promouvoir les produits à base de lotus dans le cadre des efforts déployés pour dynamiser les industries culturelles et touristiques de la capitale.

Santuaire de My Son. Photo: VNA

My Son conjugue préservation du patrimoine et innovation numérique

Face à une concurrence croissante entre les destinations touristiques, le sanctuaire de My Son multiplie les initiatives pour préserver l’authenticité de son patrimoine tout en développant des outils numériques destinés à enrichir l’expérience des visiteurs.